LES ENFANTS LOUPS : AME & YUKI
Okami kodomo no ame to yuki - Japon - 2012
Image de « Les Enfants loups : Ame & Yuki »
Réalisateur : Mamoru Hosoda
Musique : Masakatsu Takagi
Durée : 115 minutes
Distributeur : Eurocom
Date de sortie : 29 août 2012
Film : note
Jaquette de « Les Enfants loups : Ame & Yuki »
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LE PITCH
Hana et ses deux enfants, Ame et Yuki, vivent discrètement dans un coin tranquille de la ville. Leur vie est simple et joyeuse, mais ils cachent un secret : leur père est un homme-loup. Quand celui-ci disparaît brutalement, Hana décide de quitter la ville pour élever ses enfants à l'abri des regards. Ils emménagent dans un village proche d'une forêt luxuriante…
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Rêverie bucolique

Après la frénésie naïve du magnifique La Traversée du temps et la virtuosité graphique du magistral Summer Wars, Mamoru Hosoda revient avec Les Enfants loups : Ame et Yuki, une œuvre au rythme beaucoup plus posé, mais à l'ambition démesuré, qui par sa beauté et son époustouflante poésie fait définitivement entrer Hosoda parmi les plus grands cinéastes d'animation de notre époque.

 

Dès le départ, Les Enfants loups est un pari un peu fou pour le réalisateur. Tout d'abord, parce que celui-ci s'essaye, pour la première fois, à un récit d'envergure, en dressant le portrait d'une famille d'hommes-loups sur une quinzaine d'années, tandis que jusqu'alors il n'avait raconté que des histoires denses mais très brèves, étalées sur quelques jours tout au plus (trois jours pour Summer Wars et une journée, certes répétée à l'infini, mais une seule journée quand même pour La Traversée du temps). Avec ce nouveau film, Hosoda se devait donc de penser la transformation psychologique de cette famille au fil de la croissance de leurs deux enfants aux facultés si particulières, mais aussi et surtout de la matérialiser de façon crédible à l'écran. Ensuite, Les Enfants loups est un pari osé parce qu'avec ce film le réalisateur bouleverse radicalement son esthétique et donc sa mise en scène résolument modernes, afin d'opter pour un savant mélange entre animations traditionnelles, à partir de dessins fait à la main, et images de synthèses. Cette volonté artistique que l'on a pu apprécier dernièrement dans des œuvres comme Arriety d'Hiromasa Yonebayashi, affecte ainsi la mise en scène et le montage habituellement tonitruante du cinéaste et donc le rythme qui devient plus calme. Toutefois, le cinéaste s'autorise quelques séquences d'une virtuosité absolument jouissive comme le plan séquence qui suit les années scolaires passer en avance rapide, ou encore celle en vue subjective du louveteau qui traverse la forêt enneigée. Plus enclin à la contemplation, chaque image gagne alors une puissance picturale renversante et se charge ainsi d'une dimension poétique réellement ahurissante. Ce qui n'est pas pour déplaire au sujet du film, tant ici cette expérimentation esthétique sublime le récit. Car en effet, s‘il y a une chose dans cette nouvelle œuvre sur laquelle le cinéaste ne revient pas c'est son approche du fantastique.

 

réalisme magique

 

Dans La traversé du temps, le réalisateur traitait avec beaucoup de subtilité du voyage dans le temps et de l'importance de l'art dans le devenir de la civilisation, deux sujets à la foi très adultes et fantastiques, et ce à travers le destin d'une jeune adolescente écervelée éperdument amoureuse d'un de ses meilleurs amis. Dans Summer Wars, par son traitement de la réalité virtuelle et donc de l'élément « fantastique », à travers le destin de ce jeune homme obligé de se faire passer pour le fiancé d'une inconnue, l'approche s'avère similaire. Il en est de même dans Les Enfants loups, puisque le traitement du fantastique (l'existence légendaire des Hommes-loups) se déploie à travers un récit beaucoup plus réaliste, dramatique et complexe dont les thématiques majeures sont la gestion du deuil, la dureté de la vie d'une mère célibataire, ou encore la relation qu'entretient l'homme avec la nature sauvage. Ce mélange crée ainsi une ambiance à mi-chemin entre drame et conte de fée, telle que celle que l'on trouve dans les films du Studio Ghibli et plus particulièrement dans les films du grand Miyazaki. Et c'est justement cette ambiguïté que l'esthétique employée ici transcende magistralement. Dès les premières images, qui nous emplissent d'une émotion incommensurable, on réalise alors à quel point le nouveau film d'Hosoda va être un choc, une expérience mémorable. Baignés par des couleurs somptueuses, un trait subtil et harmonieux, ainsi qu'une musique enchanteresse, nous assistons à la rencontre fantasmée des deux êtres. Puis la narration prend le pas sur l'émotion et nous sommes projeté dans le récit de la vraie rencontre de ces deux personnages, mit en scène avec une pudeur déroutante. Et bientôt, la rencontre laisse la place à la relation et à la vie de famille que ces deux jeunes gens construisent, ponctuée de moments de grâce, comme cette magnifique séquence où le jeune homme révèle à sa bien-aimée la malédiction dont il est affublé, qui apparait comme un des plus magnifiques moments de cinéma de l'année 2012 et une des plus belles transformation en loup-garou sur grand écran.

Quentin Boutel










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