SKYFALL
Royaume-Unis / Etats-Unis - 2012
Image de « Skyfall »
Réalisateur : Sam Mendes
Musique : Thomas Newman
Durée : 143 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 26 octobre 2012
Film : note
Jaquette de « Skyfall »
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LE PITCH
Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance ...
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The fall of bond

Après un Casino Royal instantanément culte, qui associait le savoir-faire de Martin Campbell et l'évolution Jasonbournesque du personnage crée par Ian Fleming, ainsi qu'un épisode décevant dirigé par Marc [Neverland] Forster, la saga James bond de Daniel Craig trouve en Skyfall une apothéose absolument époustouflante, emmenant le personnage vers un point de non-retour, avant de lui faire faire un retour aux sources pour le moins inattendu mais salvateur.

 

Si les mésaventures de Jason Bourne au début des années 2000 avait considérablement changé le paysage cinématographique américain et par la même occasion l'esthétique de la saga James Bond, faisant de son héros un être aussi fragile que violent et impulsif, il est une autre trilogie qui a considérablement marquée le cinéma américain au point de transformer l'agent double zéro de façon indélébile. En effet, Christopher Nolan et sa vision moderne du super-héros, ce qu'est James Bond si l'on s'attarde quelque peu sur la mythologie du personnage, a fait du héros américain un looser, un homme meurtri physiquement, mais aussi et surtout mentalement, en proie au doute et au questionnement identitaire. Et c'est bien ce qu'illustre le film de Sam Mendes, un flou identitaire, une image à reconstruire, avec sa magistrale introduction du personnage de James bond flou et surgissant du fond du cadre pour se morfondre dans l'ombre. De la même façon, comment ne pas voir que la spirale visuelle et le coup de feu de Bond face caméra qui introduisent habituellement les épisodes de la saga ne sont ici pas présents. A la place on assiste avec étonnement à un coup de feu transperçant de façon tragique le héros et à une spirale, non pas visuelle mais narrative, nous plongeant au plus profond de la psyché du personnage, pour aboutir in fine au milieu des paysages désertiques et boueux de la lande Ecossaise, véritable décors des origines, aussi arides et violents que ce nouveau Bond.

 

this is the end

 

En poursuivant les pistes explorées dans les précédents épisodes sur les fondations du caractère de Bond et sur ses traumatismes, Skyfall creuse plus profondément encore l'humanité du personnage et son rapport avec les autres protagonistes, que ce soit « M », figure maternelle de substitution, jouant un rôle considérable dans cet épisode, comme l'illustre cette magistrale séquence où elle cite les vers d'un poème sur l'importance de ce battre et de la figure du héros, tandis que James Bond lui, en parallèle, cours vers son destin se reconstituant en tant que tel, ou encore le méchant, superbement interprété par Javier Bardem, double pervers du héros avec lequel il forme une incroyable figure de frères ennemis, qui structure les mythes depuis la création. Il en résulte alors un James Bond très inhabituel, particulièrement verbeux (peut-être même un peu trop par moment), troquant l'immuable romantisme de la saga (pas de James Bond girls ici) contre une forme opératique articulée autour de séquences d'action fulgurantes et terriblement viscérales, dirigée d'une main de maitre par Sam Mendes et sa réalisation au cordeau. En effet, quoi de mieux ici que le réalisateur des Noces rebelles, des Sentiers de la perdition ou encore de Jarhead, qui courbe les genres afin de toujours cerné l'humanité des personnages qu'ils dissimulent. Skyfall ne déroge ainsi pas à la règle tant le cinéaste fait de cette vingt-troisième aventure un parcours hybride au croisement de plusieurs genres.

 

old fashion

 

En exploitant l'aspect globetrotteur de la saga, Sam Mendes appréhende chaque lieu, comme une nouvelle plongée au cœur d'un univers générique propre qui, outre ses codes esthétiques que le cinéaste parvient à chaque fois à sublimer (l'incroyable séquence de combat en ombre chinois à Shanghai), sont pensés comme les parties d'une mise en scène baroque contribuant à l'exploration de ce personnage haut en couleur qui depuis cinquante ans est décliné sous toutes les coutures en fonction de l'évolution du cinéma américain. Au cœur de cette quintessence thématique et esthétique, tout le génie des scénaristes mais également de Sam Mendes est alors d'avoir articulé ce questionnement identitaire du Bond incarné par Daniel Craig avec une remise en question du personnage lui-même et de ses 50 années de bons et loyaux services. Plus que des simples clins d'œil, chaque référence à la mythologie de James Bond, quelque peu délaissée depuis Casino Royal (l'Aston Martin, Q, les gadgets, Moneypenny, etc.), se révèlent être ici de véritable questionnements sur les archétypes du personnage et sur le personnage de l'agent secret à travers l'histoire du cinéma américain pour in fine aboutir sur une magistrale conclusion « old fashion » qui boucle la boucle de ces cinquante années de Bond et ses vingt-trois films, en cernant le plus parfaitement tout ce qui fait personnage. Malheureusement, cette fin n'en est pas réellement une puisque le prochain épisode est déjà en route, ce qui ne gâche en rien la beauté de cette conclusion virtuelle.

Quentin Boutel










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