EVIL DEAD
The Evil Dead / Book of the Dead - Etats-Unis - 1982
Image de « Evil Dead »
Genre : Horreur
Musique : Joseph LoDuca
Durée : 80 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 24 août 1983
Film : note
Jaquette de « Evil Dead »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Cinq jeunes vacanciers s'installent dans une baraque au coeur d'une sinistre forêt. En descendant dans une cave lugubre, les deux garçons de la bande découvrent un vieux magnétophone qui, une fois remis en marche, émet une incantation magique. Laquelle réveille les forces du mal, déclenchant ainsi une horreur sans nom.
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Le gore en héritage

 

Il aura fallu vingt ans à Sam Raimi avant d'accéder aux plus hautes marches de la hiérarchie hollywoodienne, et de donner ses lettres de noblesses au comic-book movie via Spider-Man. Tandis que Jusqu'en Enfer le ramène au cinéma d'horreur, retour sur le film par lequel tout commença, à la fois pour le cinéaste et pour des millions de fantasticophiles à travers le monde.

 

Au début des années 1960, un metteur en scène totalement sain d'esprit (à ce qu'on dit) inventait un nouveau genre : le cinéma gore. Ainsi les œuvres les plus connues de Hershell Gordon Lewis, Blood Feast et 2000 Maniacs, exposaient pour la première fois à l'écran des sévices inimaginables (amputations, ablations d'organes, perforations diverses...) perpétrés sur des êtres humains, dans une ambiance davantage bon enfant que réellement terrifiante. La Nuit des Morts-Vivants (George Romero, 1968), Zombie (Romero again, 1978), La Baie Sanglante (Mario Bava, 1971) ou encore Suspiria (Dario Argento, 1977) contribuèrent à la reconnaissance du genre par une majorité de la critique internationale, qui leur reconnut une approche innovante de la mise en scène et un art consommé dans la manipulation émotionnel du spectateur. D'autant plus difficile, au début des eighties, de tirer son épingle du jeu. Avec quelques dizaines de milliers de dollars en poche et une implication charnelle dans son projet, Sam Raimi y parvient. Tourné entre 1979 et 1981 dans des conditions épiques et distribué simultanément en vidéo (marché naissant à l'époque) et en salles dès 1982, The Evil Dead, ex-Book of the Dead, aura l'effet d'un cataclysme dans les milieux fantasticophiles. Inédit dans ses débordements, à la fois grotesque, tétanisant et imaginatif dans sa mise en image (voir cette vue subjective qui survole une rivière sans coupures), Evil Dead va jusqu'à se mettre Stephen King dans la poche, dont le plébiscite sera placardé des années durant sur les jaquettes des éditions vidéo successives.

 

Une certaine idée de cinéma

 

Au-delà du caprice de jeunesse évident (notamment dans sa volonté de désapprendre la grammaire filmique la plus élémentaire), Evil Dead expose une perception très personnelle de l'entité Cinéma, mêlant un certain classicisme narratif (toute l'introduction, linéaire en Diable) à des expérimentations sensorielles un peu folles (la personnification de la maison par le son par exemple). Sans compter, bien sûr, des hommages en pagaille. Entre deux séquences de son film, Sam Raimi zappe ainsi de La Colline a des Yeux (l'affiche dans la cave) aux trois stooges, de George Romero à Chuck Jones. Pas de limite ni d'interdit dans Evil Dead, l'absence d'un réel scénario (au sens académique du terme) permettant aux auteurs de modeler leur métrage autour de leurs fantasmes du moment. Se bonifiant sur la durée, tournage chronologique oblige, Evil Dead explose littéralement lors d'un climax d'une vingtaine de minutes, véritable festival d'idées branques en tout genre. La caméra y survole le visage de Bruce Campbell, glisse bruyamment entre les lattes du plafond et renverse finalement le cadre, se logeant dans le décor comme un prédateur observerait sa proie. En s'affranchissant des règles du « cinématographiquement correct » et en donnant un rôle actif à l'objet filmique, Raimi happe le public dans son univers, où la comédie dépend de la terreur et inversement. Un univers intemporel, aussi, le cinéaste ayant eu la bonne idée d'effacer tout repère trop ostentatoire (coiffures, costumes, etc.). Que les ayant-droit aient envisagé d'en tirer un remake, pour cause de décalage avec les attentes du spectateur contemporain, est d'autant plus risible. Nul besoin de préciser qu'ici, nous sommes tombés amoureux de Sam Raimi en voyant Evil Dead, et l'avons épousé pour le meilleur et pour le pire à la vision d'Evil Dead 2. Le pire (rappelez-vous, Kevin Costner) faisant aujourd'hui partie du passé, ne reste plus qu'à savourer le meilleur... Faut-il rappeler que Jusqu'en Enfer vient de sortir en salles ?

Alexandre Poncet


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