L’ULTIMATUM DES TROIS MERCENAIRES
Twilght’s Last Gleaming - Etats-Unis / Allemagne - 1977
Image de « L’Ultimatum des trois mercenaires »
Genre : Action, Thriller
Réalisateur : Robert Aldrich
Musique : Jerry Goldsmith
Durée : 140 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 1 mai 2013
Film : note
Jaquette de « L’Ultimatum des trois mercenaires »
portoflio
LE PITCH
Le dimanche 16 novembre 1981 s’annonce comme une journée tranquille pour David Stevens. Le président des États-Unis ignore qu’au même moment des évadés de prison sont en train de s’infiltrer dans une base militaire du Montana, afin de prendre le contrôle de neuf missiles nucléaires. Leur meneur, Lawrence Dell, est un ancien général de l’US Air Force condamné pour meurtre. Introduit avec succès dans le silo 3, Dell contacte l’état major et impose ses conditions : de l’arg...
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Dernières lueurs

Longtemps invisible, ou alors dans des conditions hasardeuses (versions charcutées et vieillottes), boudé et quasiment oublié, le dernier grand film de Robert Aldrich ressort sur grand écran dans une copie entièrement restaurée en numérique 2K et conforme à la vision de son créateur. Une revanche.   

 

Même pour les monstres sacrés, la vie n'a rien de facile au sein du système hollywoodien. Comme beaucoup avant et après lui, Robert Aldrich, réalisateur de Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? et Les douze salopards, en fait cruellement les frais au cours des années 70 voyant ses production injustement boudées et sa société s'effondrer peu à peu. Ainsi pour adapter le  roman d'anticipation Vipère 3 de Walter Wager, il se voit contraint de budgétiser son film au plus serré et de se délocaliser en Allemagne aux cotés de ses coproducteurs. Résultat : des effets de miniatures pas des plus discrets (les missiles prêts à décoller), un bureau ovale reconstitué dans le studio Bavaria et une campagne vaguement reconfigurée pour faire croire aux plaines du Montana. Peine perdue, L'Ultimatum des trois mercenaires a, à priori, tout de la série B fauchée où les mitraillettes tirent à blanc et où l'implacable apocalypse nucléaire annoncée se déjoue dans quelques décors serrés, écrasants et pesant. Un trait qui pourtant sert à la perfection le métrage, rapidement un double huis clos entre deux lieux cadrés à l'extrême : les trois « terroristes » cloitrés dans leur silo contre les représentants du gouvernement planqués dans les murs de la maison blanche. L'extérieur n'existe pas si ce n'est par les paroles, quelques images, et surtout une lourde menace, celle d'un équilibre au bord de la rupture alors que le peuple américain éreinté par la guerre du Vietnam enfin achevé (en 73, seulement 4 ans plus tôt) sont confrontés à une suite ininterrompue de scandales politiques.

Cold War


Entre l'establishment et le peuple (les trois terroristes justement en quête de vérité) le dialogue est fermé, fragmenté, impossible comme le souligne inlassablement l'accumulation d'écrans de contrôle, d'outils de deshumanisation de la communication (hauts parleurs, téléphones...) et des séquences entières jouant sur des split-screens plus ou moins complexes. Un découpage forcé, fictionnalisant, qui démontre une nouvelle fois le talent de narrateur de Robert Aldrich, auteur engagé certes, mais maniant avec brio un suspens tranchant, alternant les lentes montées en puissance et les brèves exultations de violence comme un compositeur aguerri, aidé magnifiquement par un Jerry Goldsmith qui sans le savoir prépare sa future trilogie Rambo. Le thriller est haletant, tendu à l'extrême et ne perd jamais le cap, s'extirpant de long dialogues acérés grâce aux prestations de quelques vétérans à contre-emploi : Burt Lancaster en militaire patriote mais revendicatif,  Joseph Cotten et Richard Widmark (deux démocrates assumés) en représentants figés d'une armées fascisantes... Le plus impressionnant n'en reste pas moins l'incroyable Charles Durning, incarnant avec humanité un président dépassé, anéanti par la brutalité de la réalité et que même la colère froide et légitime ne pourra sauver du sacrifice. Les héros n'ont pas le beau rôle ici, lardés de regards froids, exécutés par les non-dits et quelques manigances honteuses : d'où le rapprochement naturel entre le  vétéran du Vietnam évadé de prison et le président des USA, tous deux habités par un même besoin de moralité, tous deux frappés d'un même silence. Un film désabusé, fataliste au final nihiliste au possible qui ne fait que rappeler à quel point le système et les intérêts obscurs du pouvoir ne font qu'écraser les bonnes volontées et considérer le peuple comme une masse stratégique négligeable. Une critique éclairée qui n'est bien entendu appréciable que dans son montage définitif. Autrefois charcuté de 20 ou 60 minutes selon les versions, ou distribué sauvagement sur certains territoires, L'Ultimatum des trois mercenaires est un miraculé qui retrouve ici tout son sens et sa force.

Nathanaël Bouton-Drouard










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