TRANCE
Royaume-Uni - 2013
Image de « Trance »
Genre : Thriller
Réalisateur : Danny Boyle
Musique : Rick Smith
Durée : 95 minutes
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie : 8 mai 2013
Film : note
Jaquette de « Trance »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandre...
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Trou de mémoire

Deux ans après 127 Heures, son impressionnant huis-clos sous acide, Dany Boyle, cinéaste anglais que l'on adore détester en raison de ces choix esthétiques et narratifs furieux, revient avec Trance, un thriller à la forme originale aussi sulfureux qu'hypnotique plongeant le spectateur au cœur de la psyché humaine.

 

Hasard de la distribution française, le film de Danny Boyle débarque sur nos écrans le même jour que L'Hypnotiseur, l'immonde soupe suédoise commandée par un Lasse Hallström en perdition, encore saoul de ces effarantes productions hollywoodiennes (Le Chocolat, Des Saumons dans le désert, etc.). Tous deux prennent le concept de l'hypnose comme fil conducteur de leur intrigue, l'un via le procédé lui-même et l'autre à travers un personnage d'hypnotiseur. Mais, dans son film Hallström ne parvient jamais à prendre à bras-le-corps ce riche concept et se noie finalement dans les mélodrames de personnages à peine effleurés et dans des situations à la limite du ridicule. Danny Boyle, au contraire, s'empare avec génie de ce concept et structure une histoire sensée et noire, ainsi que des personnages complexes, tout en le plaçant au centre de ses obsessions narratives et visuelles. Cinéaste frénétique et véritable artiste de l'image, il joue avec les cadrages, toujours soignés et évocateurs, les filtres et les effets en post productions, renforçant ainsi systématiquement son sujet d'une dimension esthétique brillantes, là où généralement ses détracteurs y voient du mauvais goût. C'est d'ailleurs particulièrement visible dans 28 Jours plus tard où la texture de l'image en basse résolution illustre l'ambiance déliquescente, post apocalyptique du monde, ou encore dans 127 Heures qui fait preuve d'une véritable fulgurance en canalisant les obsessions esthétiques et narratives du cinéaste au service d'une descente au enfer essentiellement psychologique. Cinéaste de l'exaltation visuelle, de l'excitation narrative et donc toujours en « Trance », le sujet de son dernier film était donc pour lui une évidence. Et, une fois encore, Boyle, se révèle totalement maître de son style et sublime son sujet afin de livrer une œuvre hallucinante et hypnotique qui, au même titre que sa narration, s'amuse à brillamment déstructurer les codes de cette banale histoire de thriller en se moquant presque des figures de « dépendances » des films de gangsters modernes (Guy Ritchie en tête), où drogue, argent, sexe et manipulations structurent habituellement le scénario.

 

réalité parallèle

 

Ici, a contrario elles le déstructurent constamment, guidant le spectateur vers de fausses pistes, vers des caractérisations et des stéréotypes dont Boyle n'a que faire. Ici proche, très proche de cinéastes comme Cronenberg et même, osons le dire, de William Friedkin, Boyle construit, à travers les différentes states de cette longue hypnose, des personnages complexes qui refusent inlassablement tout principe de manichéisme en adossant différents rôles. Et rien de tout cela ne fonctionnerait sans l'interprétation remarquable du trio d'acteurs toujours crédible, quel que soit le rôle qu'ils incarnent : Dawson jouant par exemple aussi bien la femme prude, que la femme fatale, tandis que McAvoy passe du gentil gars au fou furieux et Cassel, lui se complait dans le rôle de psychopathe faillible, à l'image de son personnage dans le délicieusement noir Les Promesses de L'ombre. Dommage alors que le faux rythme pourtant tout à fait logique du deuxième tiers, qui s'articule autour de l'imbrication des multiples fantasmes des divers personnages, écrase quelque peu la première partie absolument vertigineuse, où Boyle parvient avec maestria à poser en quelques plans l'intrigue, les personnages et le ton du film dans une succession bien sentie de cadrages impressionnants au rythme d'un score hypnotisant qui transcende par la suite la totalité de cette œuvre maligne. Comme toute œuvre fantasmatique, le film de Boyle joue en permanence avec le spectateur, troublant ses repères et la conception même de réalité, comme aimait le faire Hitchcock à qui il emprunte d'ailleurs la construction de la séquence du chignon de Kim Noack dans Vertigo pour la mémorable séquence de nudité intégrale de Rosario Dawson.

 

Amour imaginaire

 

Pour autant, plus qu'Hitchcock, dont il est toujours facile de trouver des références réelles ou fantasmées de la part d'un réalisateur, avec son ambiance hallucinogène, Boyle se range ici davantage du côté de Satochi Kon ou de De Palma et de leurs obsessions pour des réalités complexes représentées à travers des esthétiques aussi denses que significatives. La comparaison avec Inception de Christopher Nolan, n'a alors plus lieu d'être et ce malgré une fin aux multiples révélations, aussi maladroite que dans le film du réalisateur de Memento. Et, malgré une similitude dans leur sujet (la plongée au cœur du rêve), Boyle, en accord avec son ton adulte et violent, a lui la bonne idée de marquer chacune des strates de réalité, non pas aussi grossièrement et génériquement que Nolan (quitte à être moins sidérant), mais esthétiquement, via un ensemble de filtres conférant à l'image une aura surréaliste, de cadrages obliques étourdissants, ou encore de lucarnes ouvrant sur des réalités parallèles et autres objets de simulacre, comme par exemple les différentes vitres, miroirs et autres tablettes numériques qui procurent au spectateur un sentiment de jouissance infini et une impression de vertige, d'immersion sensorielle totale. Et, le cinéaste, lui, se désintéresse totalement de la dimension spectaculaire de cette plongée fantastique pour finalement s'attacher à une romance tragique aussi cruelle que touchante  et à l'obsession des personnages pour une femme qui passe de personnage fonction à celui de pivot de cette œuvre sur le désir et sur l'origine intrinsèque de tout personnage masculin qui ne se définissent finalement toujours qu'à travers le prisme d'un personnage féminin, qu'il soit maternel, ou objet de désir.

Quentin Boutel












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