CREED - L'HéRITAGE DE ROCKY BALBOA
Creed - Etats-Unis - 2016
Image de « Creed - L'Héritage de Rocky Balboa »
Genre : Drame
Réalisateur : Ryan Coogler
Musique : Ludwig Göransson
Durée : 136 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 13 janvier 2016
Film : note
Jaquette de « Creed - L'Héritage de Rocky Balboa »
portoflio
bande annonce
site officiel
LE PITCH
Adonis Johnson n'a jamais connu son père, le célèbre champion du monde poids lourd Apollo Creed décédé avant sa naissance. Pourtant, il a la boxe dans le sang et décide d'être entraîné par le meilleur de sa catégorie. À Philadelphie, il retrouve la trace de Rocky Balboa, que son père avait affronté autrefois, et lui demande de devenir son entraîneur. D'abord réticent, l'ancien champion décèle une force inébranlable chez Adonis et finit par accepter…
Partagez sur :
Au nom du père

Il y a une décennie, nous quittions le boxeur le plus célèbre de l'histoire du cinéma dans un torrent de larmes, Rocky Balboa soufflant une tempête d'émotion inespérée sur la carrière alors chancelante de Sylvester Stallone. Cette somptueuse conclusion à l'odyssée de l'Etalon Italien, Creed n'en diminue en aucun cas la portée... bien au contraire.

 

Etant venu frapper à la porte de Sly pour lui proposer un concept de spin-off qui lui tenait particulièrement à cœur, Ryan Coogler permet certes à la star et à son public de retrouver leur précieuse icone, tout en jouant d'un déplacement de point de vue absolument brillant. La notion de perspective est d'ailleurs au cœur du projet Creed, le script exceptionnel de Coogler et Aaron Covington ne cessant de prendre à contre-pied les acquis de la saga initiale. Puisqu'il trouve ses racines dans l'épisode le plus faible, le plus caricatural et le plus mégalomaniaque de la série, Creed en vient à combler les lacunes de Rocky IV, et remet en question sa débauche de testostérone et ses délires ostentatoires. En une introduction inattendue dans les couloirs d'une prison juvénile, puis lors d'une brève confrontation entre le bouillonnant fils illégitime d'Apollo Creed (Michael B. Jordan) et sa mère adoptive, veuve du champion, Coogler ramène le drame dans une réalité concrète. Une réalité cruelle, clinique, débarrassée du glamour et de l'esthétisme clippesque d'antan. Décrite dans Rocky IV comme une expression du rêve américain, la Boxe est présentée, dans Creed, comme une bête rampante, apte à révéler l'âme des combattants mais aussi capable de les transformer en vulgaires légumes. A peine entamé, le film parvient déjà à bâtir une véritable allégorie autour de la discipline, instillant une peur tétanisante dans les combats qui vont suivre. Une peur que seul Rocky Balboa saura transfigurer, en soufflant à son jeune protégé les véritables enjeux de la bataille : le principal adversaire d'Adonis ne sera autre qu'Adonis lui-même.

 

Nouveau départ

 

Réussissant l'exploit de remettre les compteurs à zéro, après six longs-métrages généreusement chargés en face-à-face homériques, Creed gagne à la sueur de son réalisateur et de sa star montante son statut de "nouveau départ". Plutôt que de tenir leur héritage pour acquis, Coogler et Michael B. Jordan / Adonis se battent en effet comme des tigres pour le mériter, quitte à se placer d'emblée dans l'ombre d'un "Père" intouchable, ou à affronter son fantôme (une idée poétique portée littéralement à l'écran, avec à la clé un choc émotionnel durable). Pugnace, Coogler se met volontairement en position de faiblesse, en convoquant l'une après l'autre les composantes narratives du chef-d'œuvre de 1976. Si la structure est reconnaissable, le cinéaste joue en réalité un match avec son public au sein même de chaque séquence, redoublant constamment d'invention et d'humanité pour imposer son propre style, son propre rythme, sa propre voix. La hargne de Coogler est implacable, irrésistible, au point de brouiller progressivement l'impression de confort et de convention que l'on était en droit de craindre de l'entreprise. Tissant une toile de relations complexes autour du personnage d'Adonis (avec Rocky, sa mère, sa petite-amie, ses rivaux et ses adversaires), le film atteint des sommets d'intensité lors de ses moments les plus attendus, d'un "Training Montage" ponctué par des césures déchirantes (la voix de Tessa Thompson interrompant quelques secondes durant l'incroyable fanfare de Ludwig Göransson) à un combat final ébouriffant, jouant tellement sur la notion de déséquilibre qu'on en tomberait presque du bord de son siège.

 

Confirmations

 

Poignant et à fleur de peau, y compris (surtout ?) lors de ses terrassants morceaux de bravoure, Creed est donc une confirmation. Du charisme incandescent de Michael B. Jordan, déjà, physiquement transfiguré et gagnant en subtilité au contact de Sly. Confirmation pour Stallone également, grand comédien ô combien mésestimé dont la performance à vif sonne comme le plus chaleureux des testaments. Confirmation pour Ryan Coogler enfin, dont l'élégance formelle et la pertinence filmique défient les normes hollywoodiennes. Il faut voir, par exemple, avec quelle justesse le cinéaste use de la figure éculée du plan-séquence, en dressant un parallèle entre les deux premiers combats professionnels d'Adonis. L'un, situé au Mexique donc non avalisé par la Fédération américaine, se voit cadré exclusivement depuis l'extérieur du ring. Le second, enfin reconnu de tous, sera à l'inverse capté depuis l'intérieur du ring, au gré d'une prise continue techniquement extraordinaire. Suivant les pas d'un Alfonso Cuaron, ce jeune prodige pourrait bien être ce que le Septième Art a enfanté de plus inspirant en dix ans.

Alexandre Poncet







Partagez sur :

 

Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2019