THE WITCH
The VVitch: A New-England Folktale - Etats-Unis / Royaume-Uni / Canada / Brésil - 2015
Image de « The Witch »
Genre : Horreur
Réalisateur : Robert Eggers
Musique : Mark Korven
Durée : 93 minutes
Distributeur : Universal Pictures
Date de sortie : 15 juin 2016
Film : note
Jaquette de « The Witch »
portoflio
LE PITCH
1630, en Nouvelle-Angleterre. William et Katherine, un couple dévot, s’établit à la limite de la civilisation, menant une vie pieuse avec leurs cinq enfants et cultivant leur lopin de terre au milieu d’une étendue encore sauvage. La mystérieuse disparition de leur nouveau-né et la perte soudaine de leurs récoltes vont rapidement les amener à se dresser les uns contre les autres…
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loin du village

Présenté dans de nombreux festivals, avec une reconnaissance immédiate, mais seulement auréolé d'un Prix Syfy au dernier Fantastic'Arts de Gerardmer, The Witch est sans aucun doute l'un des films d'horreur les plus aboutis de ces dernières années. Une œuvre où la terreur suinte de chaque plan.

Dans une ferme perdue de la Nouvelle-Angleterre du 17ème siècle, survit une famille puritaine, priant dieux que la moisson soit à nouveau fructueuse et que leurs âmes soient pardonnées de leur simple existence. Le cadre est austère, tout autant que leur mode de vie, étouffé par un ciel grisâtre, une brume opaque et une nature décharnée, comme si le mal suintant de la forêt environnante l'avait déjà contaminée. Pour son premier long métrage Robert Eggers impressionne d'emblée par la maturité de ses choix, évacuant toute forme de sensationnalisme, facilité ou cliché dans un genre qui peine ces derniers temps à retrouver de sa force ésotérique, de son impériosité primale. Inspiré des contes d'autrefois dans leurs version première, c'est à dire cruelles et ténébreuses, mais aussi de documents historiques retraçant divers procès en sorcellerie, The Witch mêle sensiblement une certaine imagerie des livres de fables (on pense aux gravures de Gustave Doré) et un réalisme troublant, autant dans une reconstitution parfaite et précise, que dans la matière même des personnages et jusque dans dialogues aussi économes que pointus. A ce titre la direction d'acteurs est exceptionnelle. Tout sonne juste, et c'est ce qui accentue inévitablement le trouble provoqué par une lente, mais implacable, monté en puissance.

 

maléfique


Le bébé est enlevé, disparaît sans laisser de trace, et c'est le point de départ d'une chute vertigineuse pour l'équilibre de la famille. Un événement qui renforce tout d'abord la foi des restants, et en particulier du père, figure monolithique mais déjà faillible, mais qui rapidement va faire apparaître les non-dits, creuser les incompréhensions et les dissensions. En particulier pour Thomasin, la première fille, s'usant à gérer la ferme et garder ses frères et sœurs, mais sur laquelle pèse la jalousie de sa mère et la culpabilité du père. Surtout, dans cette rigidité des postures, voir dans l'enfermement des cadres formels, sommeille une sexualité tellement absente qu'elle en devient centrale. Un léger regard du jeune Caleb sur la poitrine naissance de sa sœur, un jeu de pré-ado qui glisse légèrement, la paternel qui se fait retirer sa chemise souillée, la mère à la sécheresse quasi-frigide... tout est là pour laisser entrer le malin. A l'image du diable The Witch est un film subtil, qui sait prendre son temps pour faire affleurer la tension, l'ambiguïté malsaine et la paranoïa. Ainsi, la présence qui habite les bois, la sorcière, réelle ou non, en deviendrait presque secondaire, comme une excroissance métaphorique de l'indicible horreur qui nait dans le cœur de chacun. Cela n'empêche pas le réalisateur de la faire apparaître dans des séquences fantasmagoriques aussi magnifiques que macabres, appuyant là encore une mise en scène d'une beauté renversante, retrouvant dans sa photographie la lumière révélatrice de Georges de La Tour ou du Caravage. Tout ici n'est donc qu'ombres, opacités, ténèbres naissantes... et peur. Car indubitablement The Witch fait peur, triture dans les frayeurs nocturnes, chope à la gorge par ses quelques jaillissements ensorcelés (la mort de Caleb, méphitique à souhait, le cauchemar de la mère), hypnotisant jusqu'à une émancipation glaçante, mais d'une telle beauté vénéneuse qu'elle renvoit aux plus belles séquences d'Haxan, aka La Sorcellerie à travers les âges. Une merveille à un doigt du chef d'œuvre. Oui, juste un doigt.

Nathanaël Bouton-Drouard








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