LITTLE BIG MAN
Etats-Unis - 1970
Image de « Little Big Man »
Genre : Western
Réalisateur : Arthur Penn
Musique : John Hammond Jr.
Durée : 139 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 20 juillet 2016
Film : note
Jaquette de « Little Big Man »
portoflio
LE PITCH
Interviewé par un journaliste, Jack Crabb, 121 ans, raconte l’histoire de sa vie : le massacre de ses parents par les indiens pawnees, son adoption par les Cheyennes, son retour parmi les blancs et sa rencontre avec le Général Custer lors de la sanglante bataille de Little Big Horn.
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Pierre angulaire

Œuvre charnière, inclassable... indétrônable. Little Big Man est l'un des premiers grands westerns à traiter de front la question des Indiens d'Amérique. Cette fresque grandiose d'Arthur Penn ressort en salles dans une version entièrement restaurée. L'occasion rêvée de se pencher sur un monument à la fois épique, picaresque et contestataire, qui bouscula en profondeur les codes et les légendes du cinéma hollywoodien.

1970. La Guerre du Vietnam est à son apogée. En « direct live » à la télé : les bombardements au napalm, les massacres de masse, les mines anti-personnelles et les exécutions sommaires. De leur côté, les mouvements pour les Droits Civiques comptent leurs morts tandis que, partout dans le monde, souffle un vent de musique, de liberté et de révolution. Logiquement ébranlée par cet ouragan déflagrateur, « l'Usine à Rêves » est à un tournant de son histoire. Les grands cinéastes classiques (Walsh, Ford, Hawks...) sont, comme qui dirait, en fin de carrière et une bande de trublions s'amuse à dynamiter la machine de l'intérieur. Parmi eux, un certain Arthur Penn, l'un des pères fondateurs du «Nouvel Hollywood». Formé au théâtre et à la télévision, l'homme est déjà un habitué des coups d'éclat. A chacun de ses films, il a su faire preuve d'originalité en captant l'air du temps avec une sensibilité héritée de la « Nouvelle Vague » européenne. Qu'il s'agisse de Le Gaucher (western introspectif et psychanalytique consacré au mythe de Billy The Kid), de La Poursuite Impitoyable (drame explosif sur fond de racisme et de lutte des classes) ou de Bonnie and Clyde (fulgurante histoire d'amour « à mort » qui fit couler beaucoup de sang et s'attira les foudres de la censure), l'œuvre de Penn est marquée par la nouveauté, l'esprit critique et la prise de risques.


Des risques, Little Big Man en prend pas mal. Pour la toute première fois, un artiste dirige sa caméra du côté des Indiens, de leurs croyances et de leurs coutumes. Certes, quelques pionniers comme John Ford avaient déjà un peu ouvert la voie mais Little Big Man ressemble à un cri du cœur. Les tribus originelles des Etats-Unis n'y sont plus perçues comme des hordes barbares, primitives et analphabètes mais comme un grand et beau peuple, vaillant, digne et humaniste. Adapté du roman éponyme de Thomas Berger paru en 1964, le scénario est signé Calder Willingham (qui collabora, entre autres, avec Stanley Kubrick sur Les Sentiers de la Gloire) et suit la destinée hors-du-commun de Jack (Dustin Hoffman), un petit blanc enlevé puis élevé par des Cheyennes.

 

elixir chamanique


Fidèle à ses principes de renouveau et d'exploration, Arthur Penn orchestre ce récit d'apprentissage et d'initiation en empruntant tout un tas de directions. Il y a dans Little Big Man plusieurs films en un. C'est à la fois une épopée lyrique, une tragédie sanglante, une comédie burlesque et une réflexion philosophique. Penn y glorifie les grands espaces et le souffle d'aventure (ces vastes plaines interminables, les chevauchées exaltées, les campements nomades qui se déplacent au rythme des saisons...), il y dénonce la violence de l'époque (lors des scènes terribles des tueries perpétrées par les Tuniques Bleues) tout comme il ponctue certains passages de savoureux effets comiques, notamment lors de cette rencontre inattendue entre Jack, pitoyable « gunfighter », et Wild Bill Hickok, légendaire gâchette de l'Ouest. A bien des égards, le personnage de Jack (génial Dustin Hoffman, attachant et pittoresque) évoque un candide voltairien. Un jeune naïf qui se forgera une personnalité au contact des autres : Peau de Vieille Hutte, son grand-père adoptif (incarné par un véritable chef indien), la séductrice et désopilante Louise Pendrake (Faye Dunaway) ou le tristement risible Général Custer (Richard Mulligan), principal responsable de la défaite de Little Big Horn qui opposa, en 1876, le 7ème régiment de cavalerie de l'armée américaine à une coalition de Cheyennes et de Sioux rassemblés sous l'influence de Sitting Bull.

Semblable à un élixir de chamane, Little Big Man brille de mille feux sacrés. En authentique franc-tireur, Arthur Penn propose une œuvre totale. Ample, romanesque et politique. En dénonçant le génocide des Amérindiens et en remettant en cause l'imagerie traditionnelle du western, le metteur-en-scène démythifie la légende de la conquête de l'Ouest, traditionnellement abordée du point de vue des colons. Le « sauvage » n'est plus l'Indien mais plutôt le blanc, symbolisé par le mégalomane et sanguinaire Custer ou le charlatan opportuniste Merriweather. Selon ses propres dires, Arthur Penn souhaitait « que les spectateurs portent un regard critique sur les différentes étapes de l'histoire et sur les protagonistes, des prêtres aux vendeurs ambulants, des bandits armés aux femmes de l'Ouest. » Ses vœux sont exaucés. Little Big Man est un chef-d'œuvre dont la puissance d'évocation demeure intacte. Les thèmes y sont doubles : le massacre des Indiens bien sûr, et en filigrane, l'effroyable réalité de la Guerre du Vietnam. A l'instar du cinéma de Sam Peckinpah, l'œuvre de Penn fut l'un des points déclencheurs de l'Hollywood des années 70, où bon nombre de réalisateurs (de Martin Scorsese à Francis Coppola, en passant par William Friedkin, Hal Ashby, Alan J. Pakula ou Sidney Lumet) s'en donnèrent à cœur joie pour dynamiter les codes de la narration et tirer à boulets rouges sur les fondements mêmes de l'Amérique. L'influence de Little Big Man reste immense. Dans son sillage, bon nombre de tours de force, parmi lesquels Un Homme nommé Cheval (avec Richard Harris dans le rôle d'un Lord anglais capturé par les Sioux), Jeremiah Johnson, sublime fable écologique de Sidney Pollack ou Le Convoi Sauvage de Richard Sarafian, « survival movie » dont s'inspire avec vigueur le récent The Revenant. Sans bien évidemment omettre Danse avec les Loups, film-fleuve de Kevin Costner qui rendait lui-aussi un vibrant et déchirant hommage à la civilisation indienne. Ugh !

Gabriel Repettati










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