SHOWGIRLS
Etats-Unis - 1995
Image de « Showgirls »
Genre : Drame
Réalisateur : Paul Verhoeven
Musique : Dave Stewart
Durée : 131 minutes
Distributeur : Pathé Distribution
Date de sortie : 14 septembre 2016
Film : note
Jaquette de « Showgirls »
portoflio
bande annonce
LE PITCH
La jeune danseuse Nomi Malone se rend à Las Vegas dans l'espoir de se faire un nom. Après avoir oeuvré dans des bars à strip-tease, elle est remarquée et décroche un rôle dans le spectacle produit par l'un des plus grands casinos de la ville. Les coulisses, toutefois, sont plus cruelles que ce dont elle rêvait...
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Une seconde chance

Remercions Pathé de redonner sa chance en salles à l'un des longs-métrages les plus importants des années 90... mais aussi l'un des plus injustement décriés de l'histoire. Bide retentissant lors de sa sortie et désastre critique d'une magnitude spectaculaire, Showgirls avait été victime d'une hypocrisie collective absolument monstrueuse, aggravée par des ventes de VHS stellaires. L'hypocrisie d'une société américaine dans son ensemble, apte à vendre des armes mais incapable d'ouvrir un débat apaisé sur son rapport au sexe.

 

Il était sans doute rassurant en 1995 de faire passer Showgirls pour le délire lubrique d'un européen en roue libre, plutôt que de célébrer son imparable satire, dénonçant le culte du corps et de la célébrité qui anime depuis tant d'années l'American Way of Life. Aujourd'hui, Paul Verhoeven avoue avoir raté le coche, commercialement parlant : s'il devait refaire Showgirls, le cinéaste y injecterait sans doute une histoire de meurtre ou un élément de suspense permettant de raccrocher les wagons avec Basic Instinct, sa précédente collaboration fructueuse avec le scénariste Joe Eszterhas. Même si sa présence aux Razzie Awards a prouvé son sens de l'autodérision (l'intéressé était carrément monté sur scène pour accepter sa statuette du plus mauvais réalisateur), l'on peut aisément comprendre la frustration de Verhoeven vingt ans après la sortie du long-métrage. Mais en se normalisant, en s'accommodant des conventions scénaristiques et du cahier des charges le plus hollywoodien, le film aurait perdu ce qui fait justement sa valeur : une disposition pour le risque et les tonalités ambigües, une déconstruction par l'absurde du mauvais goût et des schémas de l'entertainment, et une étude de tous les types de racolage, en particulier ceux qui se dissimulent derrière un rideau de décence.

 

Eternel recommencement

 

Semblant dans un premier temps opposer les bars à strip tease glauques de Las Vegas et les grands spectacles de nu des casinos les plus prestigieux, Showgirls finit logiquement par inverser son échelle de valeur : au moins, les vendeurs de chair fraîche ne prétendent pas fournir autre chose, contrairement à ces grosses machines qui broient à la chaîne de la danseuse à poil sous des pluies de strass et de paillettes. Faussement naïve et assumant son rôle avec un courage qu'elle regrettera sans doute amèrement par la suite (sa carrière s'arrêtera net du jour au lendemain, en dépit de débuts ultra-populaires dans la série Sauvés par le gong), Elizabeth Berkeley compose avec Nomi Malone une allégorie de la jeune première encerclée par les loups, ces derniers adoptant les traits d'exécutifs en costard-cravate heureux de consommer de la bidoche de province entre deux réunions d'actionnaires. La métaphore sur le système hollywoodien est à peine masquée, de même que le postulat fondamentalement féministe sur lequel repose l'ensemble du film. Traversé de personnages masculins systématiquement négatifs, le film ne s'accroche qu'à un seul et unique repère moral : celui du personnage de Gina Ravera, amie de l'héroïne, qui finira violée et quasiment battue à mort par une horde de vedettes érotomanes. Poussant l'ironie au-delà de sa narration, Showgirls se clôt sur le départ de Nomi pour Los Angeles. Si le personnage rêve d'une seconde chance et de lendemains plus apaisés, on devine déjà un éternel recommencement. Ce choix narratif d'un implacable pessimisme, Verhoeven le réitérera en épilogue de Starship Troopers et Black Book, deux chefs-d'œuvre visionnaires... tout comme l'est Showgirls.

Alexandre Poncet





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