POESIA SIN FIN
Chili / Japon / France / Royaume-Uni - 2016
Image de « Poesia sin fin »
Réalisateur : Alejandro Jodorowsky
Musique : Adan Jodorowsky
Durée : 128 minutes
Distributeur : Le Pacte
Date de sortie : 5 octobre 2016
Film : note
Jaquette de « Poesia sin fin »
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site officiel
LE PITCH
Dans l’effervescence de la capitale chilienne Santiago, pendant les années 1940 et 50, « Alejandrito » Jodorowsky, âgé d’une vingtaine d’années, décide de devenir poète contre la volonté de sa famille. Il est introduit dans le cœur de la bohème artistique et intellectuelle de l’époque et y rencontre Enrique Lihn, Stella Diaz, Nicanor Parra et tant d’autres jeunes poètes prometteurs et anonymes qui deviendront les maîtres de la littérature moderne de l’Amérique Latine...
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"je serais poète"

Quelque trois ans après La Danza de la Realidad, l'immense Alejandro Jodorowsky est venu présenter en avant-première à l'Étrange Festival, auquel il est intimement lié depuis des années, le second volet de sa trilogie autobiographique, Poésie sans fin. Au programme, la fin de l'adolescence et le passage à l'âge adulte, dans un récit dense et fourmillant de détails et d'interprétations.

Il est toujours extrêmement difficile de s'atteler à une critique, et plus encore à une analyse, de l'œuvre d'Alejandro Jodorwsky. Selon les observateurs abscons et inintéressant ou mystique et intense, l'homme ne laisse pas indifférent, et ses créations encore moins. À cette fin, Poésie sans fin peut constituer une porte d'entrée intéressante à la création cinématographique de l'artiste, à son approche entière et sans concession. Même si les esprits chagrins - cyniques... réalistes ? - ne s'empêcheront de s'interroger sur la sincérité du propos (le financement participatif très rodé qui a accompagné la production du film leur fournira des arguments), il est impossible de n'être pas sensible au combat de Jodo contre une certaine industrie du cinéma, qui oublie l'art et l'artiste au profit du simple gain pécunier et qui oublie la démarche créative pour de la formule établie. S'il ne faut pas nier les obligations financières qui accompagnent toute création artistique, Jodo semble clairement veiller à les cloisonner au maximum dans leur rapport à l'art créatif. Ainsi, il travaille en famille, créant par ce biais des mises en abîme d'une densité et d'une intensité hallucinantes : son fils Brontis joue son père, son plus jeune fils Adan le joue lui-même à l'âge adulte, et lui-même apparaît dans son propre rôle, encore vieilli dans les crédits du film (il y est défini comme « Alejandro » centenaire), sorte de présence extérieure, parole du Jodo d'aujourd'hui à celui qu'il a été plus jeune, apparaissant à divers moments du récit dans des séquences impressionnantes de justesse.

 

humain et cosmique, précieuse alchimie


Le film joue ainsi sur le fait qu'il a parfaitement conscience d'être un objet-film ; mais, au lieu de sortir le spectateur du récit par ce biais (des figurants de noir vêtus viennent installer certains décors, donnent et récupèrent des accessoires, et ainsi de suite), l'artifice contribue à le plonger dans l'atmosphère étrange qui imprègne l'ensemble du métrage. L'ensemble, s'il reste certes fort décalé, suit pour autant une narration assez linéaire, rendant l'accès au film plus aisé que d'autres créations du réalisateur. Mais le tout n'en reste pas moins un film profondément « jodorowskien », avec ses audaces visuelles, ses tableaux inattendus (avec une fabuleuse direction photo de Christopher Doyle, connu notamment pour ses collaborations avec Wong Kar-Wai), et quelques fulgurances émotionnelles qui confinent au sublime (l'intense scène des marionnettes, les différentes apparitions du « vieux » Jodo) et transcendent par la justesse d'image et d'écriture les simples actes mis en scène. Comme souvent avec Jodorowsky, le tout fonctionne comme un mélange alchimique d'une rare justesse, où mise en scène, images, narration et acteurs (comme toujours, Brontis est exceptionnel, d'autant dans un rôle extrêmement compliqué) s'entremêlent pour former un résultat plus que marquant.

Dense à l'extrême, Poésie sans fin s'exprime autant au niveau cosmique, en pure déclaration d'amour à l'Art avec son grand, son immense « A », qu'au niveau le plus humain qui soit, le fond du film restant une tardive mais absolument poignante réconciliation sous forme de reconnaissance entre Jodorowsky et son père aujourd'hui disparu. Profondément humain, intensément cosmique, Poésie sans fin passe de l'un à l'autre de façon invisible, et emporte et entraîne, touchant le spectateur par l'infinité d'échos qui se feront forcément jour en lui. Il en ressortira touché, secoué, ébahi. Apaisé.

Dimitri Pawlowski












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