UNE VIE ENTRE DEUX OCéANS
The Light Between Oceans - Etats-Unis - 2016
Image de « Une Vie entre deux océans »
Genre : Drame
Réalisateur : Derek Cianfrance
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 133 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 5 octobre 2016
Film : note
Jaquette de « Une Vie entre deux océans »
portoflio
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LE PITCH
Australie, au lendemain de la Première Guerre mondiale. Un gardien de phare et sa femme adoptent en secret un bébé rejeté vivant par la mer. Mais un beau jour, la véritable génitrice de la petite fille refait surface.
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Vents contraires

Nous avions quelque peu perdu de vue le sympathique Derek Cianfrance, cinéaste inspiré de Blue Valentine et The Place Beyond the Pines. Il revient là où l'on ne l'attendait pas avec ce mélodrame classique produit par les studios Dreamworks et adapté du best-seller éponyme de M.L. Stedman. Surprenant de la part d'un jeune réal' issu du circuit indépendant, habitué des scénarii sophistiqués et des personnages en marge, encrés dans le réel de notre époque moderne. Une Vie entre Deux Océans est une épopée intimiste dans la grande tradition hollywoodienne. Un drame conjugal et social qui frôlerait presque le « cul-cul la praline » s'il n'était pas si délicatement mis en image et élégamment incarné par deux comédiens au firmament : Michael Fassbender et la novice Alicia Vikander.

La trame d'Une Vie entre Deux Océans est on ne peut plus romanesque. Tom, un soldat revenu du front accepte le poste de gardien de phare sur la petite île de Janus, perdue au large du continent australien. Sur ce rocher isolé soumis aux orages et aux vents turbulents, il tente, jour après jour, de guérir ses traumatismes et d'y faire taire ses démons. Puis l'amour pointe le bout de son nez en la personne d'Isabel (Alicia Vikander). C'est la passion, l'éveil des sens et la fusion amoureuse. Jusqu'à cette fausse couche soudaine qui entache violemment le bonheur naissant. Ensuite, les choses s'accélèrent : une petite fille surgit des flots comme un don divin. Le secret, la culpabilité. Puis cette révélation tragique qui détruit tout sur son passage.

De ce postulat digne d'un téléfilm de la TNT en milieu d'aprem', Cianfrance propose une œuvre à la narration très littéraire. La trame regorge de douleurs, de non-dits, de sanglots étouffés. On y traite des ravages de la guerre, de l'ambivalence des liens amoureux et de la perte insurmontable d'un enfant. Les secrets y sont lourds, les silences éloquents. Bien des fois, le long-métrage nous évoque le cinéma de David Lean ou de Douglas Sirk ; deux inspirations évidentes. Mais Cianfrance parvient à se détacher de ces influences pesantes grâce à un travail visuel au traitement quasi-pictural. Le grain est délavé, les plans tour à tour amples et resserrés. Epaulé par la musique du compositeur-star Alexandre Desplat, le metteur-en-scène filme cette île du bout du monde comme s'il s'agissait d'un paysage mental. A ce titre, le décor détonne réellement : l'Australie du début du siècle dernier, avec ses petits ports peuplés d'exilés au passé tumultueux, de marins burinés et de puissants propriétaires. Une scénographie rarement vue au cinéma et qui ne fait qu'amplifier l'originalité du film. Cianfrance multiplie les scènes en contre-jour ; sa caméra erre au ras du récif, au pied de roches balayées par les embruns, au bord de plages interminables ou au sommet d'un phare chahuté par la tempête.

 

de la délicatesse


La photographie, somptueuse, scrute chaque mouvement de protagonistes meurtris. Parmi lesquels, le singulier Michael Fassbender. De loin, le principal atout d'Une Vie entre deux océans. Cianfrance aime les acteurs (rappelons qu'il est l'un de ceux qui a lancé la carrière de Ryan Gosling sur orbite) et ils le lui rendent bien : le comédien irlandais livre une prestation à la fois physique et cérébrale dans la peau de cet ancien soldat ravagé par quatre années passées dans l'enfer des tranchées. Silencieux, timide et introverti, son personnage de Tom dégage une émotion à fleur de peau, une sensorialité retenue, un héroïsme contrarié. Et sa rencontre avec Isabel n'en que plus remuante. Elle est son exact opposé : une jeune femme pleine de vitalité et d'espoirs, de désir et d'envies. La ravissante Alicia Vikander (récemment croisée dans Ex Machina, Agents très Spéciaux et Jason Bourne) apporte une véritable fougue, un feu intérieur. C'est simple, sans ce tandem amoureux, Une Vie entre deux océans serait limite irregardable. Trop cliché, bien trop pathos. Mais grâce à eux et quelques autres (le personnage du marin confident, celui de l'enquêteur ou de la mère bafouée campée par Rachel Weisz, alias madame Daniel Craig), le long-métrage tire son épingle du jeu. Comme dans Blue Valentine («love-story» cahoteuse d'une justesse inattendue) et The Place Beyond the Pines (étonnant thriller, erratique et intense), Cianfrance tisse une toile complexe, ultra-sensuelle et souvent déroutante. Alors oui, l'œuvre a les défauts de ses qualités : un film d'époque avec une unité de lieu et de temps, une intrigue à l'inévitable crescendo émotionnel directement hérité du roman (les dix dernières minutes nous semblent totalement dispensables) mais la délicatesse des rapports humains et l'art cinématographique de Cianfrance permettent à Une Vie entre deux océans d'être autre chose qu'une énième bouse à Oscars.

Gabriel Repettati












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