ROGUE ONE - A STAR WARS STORY
Etats-Unis - 2016
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Genre : Space Opera
Réalisateur : Gareth Edwards
Musique : Michael Giacchino
Durée : 134 minutes
Distributeur : Walt Disney Pictures
Date de sortie : 14 décembre 2016
Film : note
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LE PITCH
A bord de vaisseaux spatiaux opérant à partir d'une base cachée, les Rebelles ont emporté leur première victoire sur le maléfique Empire Galactique. Au cours de la bataille, des espions rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l'arme absolue de l'Empire : l'Etoile de la Mort, une station spatiale blindée dotée d'un équipement assez puissant pour annihiler une planète tout entière...
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Le Réveil de la Force

Rogue One était annoncé comme un désastre ? C'était mal connaître Gareth Edwards, qui nous offre ni plus ni moins que le meilleur épisode de Star Wars depuis L'Empire contre-attaque. Attention, cet article peut contenir de très légers spoilers, tous déjà inclus dans les synopsis et bandes-annonces dévoilées depuis des mois par Disney et Lucasfilm.

 

De nombreux arbres ont été coupés pour répandre de sinistres nouvelles concernant la post-production contrariée (ce qui est un fait établi, et relayé par des sources impliquées) de Rogue One. Sous-titré A Star Wars Story, cet épisode intermédiaire voire annexe était sans doute passé un peu en-dessous du radar des pontes de Disney, trop occupées par la gestation complexe, les enjeux financiers et le lancement épineux du Réveil de la Force entre 2014 et fin 2015. Recruté sur la base du succès de Godzilla (que nous aimons beaucoup ici, en dépit de faiblesses de caractérisation évidentes), Gareth Edwards avait pour mission d'ouvrir le bal des produits dérivés du nouvel univers étendu, sans avoir à subir de front les retours de bâton d'un public toujours très anxieux vis-à-vis des épisodes officiels. Pendant plus de deux ans, Edwards a donc eu les coudées franches pour porter à l'écran le concept initial du célèbre superviseur VFX de la saga John Knoll, scénarisé par Chris Weitz (auteur entre autres de l'excellent Pour un garçon avec Hugh Grant et Nicholas Hoult). L'argument de l'affaire : raconter en détails ce qu'évoquait le déroulant d'ouverture d'Episode IV, à savoir la première grande victoire de l'Alliance Rebelle sur l'Empire galactique et le vol des plans de l'Etoile noire par des courageux espions. Grand admirateur d'Apocalypse Now (la conception de son superbe Monsters renvoie d'ailleurs à une prédiction de Francis Ford Coppola lui-même, incluse dans le fabuleux documentaire Heart of Darkness), Edwards promettait une approche stylistique audacieuse pour Rogue One, s'éloignant du cadre opératique des épisodes classiques pour embrasser une esthétique guerrière autrement moins confortable.

 

La Mort en face

 

Six mois avant sa sortie, l'essence même de Rogue One semblait être mise en péril par un sursaut de dernière minute du studio, commandant à Tony Gilroy (la série Bourne) des réécritures drastiques, et donc à Edwards des reshoots épiques sur plusieurs semaines. Si l'on ne connaîtra jamais vraiment tous les détails de ce processus tardif, il semble évident, à la vue du résultat final, que ces efforts ont été mis au service d'une amélioration de la fluidité, voire d'une amplification de l'intrigue, plutôt qu'à une remise en question de la proposition de départ. Car en l'état, Rogue One est probablement le plus crépusculaire, adulte et agressif de tous les films Star Wars, et semble répondre plus ou moins directement aux manquements de certains épisodes clés... plus précisément du Réveil de la Force de J.J. Abrams. Oubliée, l'exécution hors-champ totalement honteuse de plusieurs milliards d'êtres vivants sous le feu de la base Starkiller : lorsque l'Etoile Noire passe ici à l'action, au gré d'un test meurtrier entr'aperçu dans plusieurs bandes-annonces, le choc émotionnel est total. Vécue de deux points de vue antagonistes, paramètre annoncé par un montage alterné très intimiste entre la mise à feu de l'arme et la lecture d'un message holographique, la séquence lie viscéralement la narration aux obsessions millénaristes chères à Edwards, et pose les bases d'un drame guerrier inéluctable, propulsé dans un mouvement d'urgence permanente.

 

En ébullition

 

Cette urgence se ressent dès les premières scènes de Rogue One, et l'on devine entre les ellipses quelques coupes sauvages (il faut voir le nombre de dialogues visibles dans les trailers, et absents du montage final). Si le premier acte souffre légèrement de cet empilement frénétique d'enjeux (tous passionnants), la suffocation qui en découle donne au film un aspect rugueux franchement surprenant, évoquant par certains aspects le Mensonges d'état de Ridley Scott. La guérilla urbaine qui agite la Lune de Jedha, le portrait de stormtroopers épuisés et affamés, ou les agissements clandestins du trouble Cassian Andor (excellent Diego Luna) sur une station orbitale perdue dans la bordure extérieure sont autant de pierres apportées à l'univers Star Wars dans son ensemble. A vrai dire, l'hyper-réalisme de la démarche d'Edwards donne au contexte politique de la saga une immédiateté que ni les préquelles, ni la trilogie originale n'étaient parvenues à capturer. C'est peut-être l'une des plus grandes réussites de Rogue One : le film parvient à développer les conflits politiques de la prélogie sans jamais tomber dans son verbe épuisant, et trouve en même temps une justification plausible au manichéisme qui avait toujours défini Episode IV. Le tout s'opère d'ailleurs à travers un glissement stylistique à l'équilibre invraisemblable, arrivant à marier certains choix de lumière d'Episode III (le brouillard bleuté lors de la première apparition de Vader) aux prises de vue très seventies d'Un nouvel espoir. Clairement ancré dans un carrefour narratif aux débouchés multiples, Edwards décrit l'Alliance comme une entité désunie et fragile, gangrénée par les conflits internes et encore marquée par des actes criminels inavouables. L'ex-frange terroriste guidée par Saw Guerrera (dont la parenté visuelle avec le Général Grievous est frappante) est d'ailleurs traînée comme un boulet par Mon Mothma, guide pas encore tout à fait assumée de l'Alliance. Investi, Edwards met sur pied un thriller politique sophistiqué, dont le dénouement sera conditionné par une somme de décisions individuelles... pour ne pas dire rebelles dans l'âme. En d'autres termes et sans trop en dire, Rogue One raconte ni plus ni moins qu'un moment charnière entre les Episodes III et IV, celui où l'Alliance devient officiellement la Rébellion ; une idée soutenue par un dernier plan et une dernière réplique annonçant avec une grâce folles les événements du film de 1977.

 

Un nouveau regard

 

Alors que l'on craignait une Fan Fiction artificielle, proposant un éclairage ludique mais dispensable sur un univers balisé, Rogue One réussit le miracle de légitimer beaucoup d'erreurs d'Episode III, et de rendre Un nouvel espoir encore meilleur. La finesse de l'inclusion de Darth Vader, dans un décor fantasmé depuis des décennies par les fans de la première heure, permet aussi de remettre en perspective les relations que le personnage entretiendra avec Tarkin dans La Guerre des Etoiles, dont le rapport hiérarchique avait été très maladroitement explicité par Lucas. Edwards suit la même logique en donnant un nouveau contexte émotionnel, voire incroyablement intimiste, à la fameuse faille de l'Etoile Noire qu'exploitera Luke Skywalker dans la tranchée. L'information est ici incarnée par une tragédie familiale tangible, portée par l'interprétation toute en retenue de Felicity Jones et Mads Mikkelsen, à des années-lumière de la candeur surlignée de Daisy Ridley dans Le Réveil de la Force. Brut, le personnage de Jyn Erso est en soi un modèle de mythologie campbellienne, comme l'ensemble de ses comparses mercenaires. Edwards et ses scénaristes assument ici une trajectoire dramatique digne de la trilogie Matrix des Wachowski, en définissant chaque personnage par une fonction vitale dans le récit, et en "punissant" uniquement les personnages guidés par leur seul égo. Inspiré par ce superbe traitement, Ben Mendelsohn compose pour l'occasion un méchant inoubliable, s'imposant instantanément parmi les plus magnétiques de toute la saga.

 

Sur les pas de Fuller

 

Risqué, très violent, trouvant dans ses rares maladresses (montage précipité durant l'exposition, Performance Capture expérimentale pour ressusciter des acteurs disparus) un côté abrasif très excitant, Rogue One regorge également de visions de Hard Sci-Fi comme on n'espérait plus en voir dans le genre. Le film se distingue enfin par un spectacle époustouflant, dont l'ampleur dépasse fort logiquement tout ce que les trilogies d'origine avaient pu nous offrir ; car si l'on pensait tout juste profiter ici d'une bataille spatiale et terrestre anecdotique, Edwards a préféré faire honneur au déroulant d'ouverture d'Episode IV, évoquant la première Grande Victoire de l'Alliance Rebelle sur l'Empire Galactique. Comprenez : les forces en présence sont au firmament des capacités de la Rébellion, pas encore essorée par les conflits de Yavin, Hoth et Endor. Construit comme un film à part entière, dont l'échelle ne fera que grandir durant près de quarante minutes, le dernier acte est ainsi un fantasme pur, une démonstration de virtuosité et de fureur rendant tantôt hommage à Lucas, Coppola, Verhoeven, McTiernan, Kurosawa et Fuller. On pense effectivement beaucoup à Apocalypse Now, Starship Troopers, Predator, Les Sept Samuraïs et Au-delà de la gloire face à ce climax estomaquant, qui parviendra à remuer les tripes et enserrer le cœur d'une séquence à l'autre, sans jamais perdre de sa lisibilité et de sa cohérence. Lors d'un échange poignant situé en fin de premier acte, le rebelle torturé interprété par Forest Whitaker implore Jyn Erso de sauver son Rêve. Soutenu par John Knoll, les génies d'ILM, Chris Weitz, Tony Gilroy et un studio dont l'engagement ne fait plus le moindre doute, Gareth Edwards a réveillé le nôtre.

Alexandre Poncet
















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