QUELQUES MINUTES APRèS MINUIT
A Monster Calls - Espagne / Canada / Etats-Unis / Royaume-Uni - 2016
Image de « Quelques minutes après minuit »
Genre : Fantastique
Réalisateur : J.A. Bayona
Durée : 108 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 4 janvier 2016
Film : note
Jaquette de « Quelques minutes après minuit »
portoflio
bande annonce
LE PITCH
Conor a de plus en plus de difficultés à faire face à la maladie de sa mère, à l’intimidation de ses camarades et à la fermeté de sa grand-mère. Chaque nuit, pour fuir son quotidien, il s’échappe dans un monde imaginaire peuplé de créatures extraordinaires. Mais c’est pourtant là qu’il va apprendre le courage, la valeur du chagrin et surtout affronter la vérité…
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à la vie, à la mor

Qui a dit que l'enfance était le plus bel âge de la vie ? Terre d'incertitudes, c'est une période faite d'effrois et d'angoisses incontrôlables, de questions sans réponses et de violence permanente. Le cinéaste catalan Juan Antonio Bayona l'a puissamment saisi. Avec Quelques Minutes après Minuit, il signe un conte d'un noir profond, parfois très drôle, souvent tragique, pour ne pas dire morbide. Un exercice de style à la délicatesse certaine et à la beauté plastique assez saisissante.

 

Adapté du roman jeunesse de l'américain Patrick Ness, également co-scénariste, la trame de Quelques Minutes après Minuit va à contre-courant de la représentation traditionnelle (hollywoodienne) de l'enfance. Ici, nulle atmosphère mièvre et sirupeuse, point de câlins tout doux. Quelque part au Royaume-Uni, dans une obscure banlieue pavillonnaire, grisâtre et pluvieuse, Conor, 12 ans, doit supporter la souffrance et les râles de sa mère, atteinte d'un cancer en phase terminale. Pis, sa grand-mère (glaçante Sigourney Weaver) l'étouffe, l'oppresse au plus haut point tandis qu'à l'école, on ne cesse de l'humilier et de le passer à tabac. Comment surmonter autant de coups durs au même moment ? En faisant jouer son imagination. Ca tombe bien, le long-métrage en déborde. Bayona s'était révélé, il y a près de dix ans, avec L'Orphelinat, un élégant film d'horreur inspiré de l'épopée de Peter Pan et dramatiquement très proche de deux joyeux de terreur gothique à l'hispanique : Les Autres d'Alejandro Amenábar et Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Toro. On l'a retrouvé, en 2012, à la réalisation de The Impossible, un film-catastrophe assez bien troussé plongeant une famille au coeur du terrible tsunami qui dévasta les rives de la Thaïlande. Quelques Minutes après Minuit mêle donc deux influences : le goût du fantastique et le sens du spectacle.

 

Démons intimes

 

L'œuvre évoque un fastueux livre d'images, empli de visions oniriques ou cauchemardesques. Bayona fusionne prises de vue réelles et séquences animées de façon fluide et hyper créative. Tous les soirs, quelques minutes après minuit, Conor a rendez-vous avec une créature dantesque : un arbre colossal à l'aspect humanoïde et à la voix d'outre-tombe (incarné, en motion capture, par Liam Neeson ; le choix parfait). Ensemble, à deux pas d'un cimetière, ils se racontent des histoires où il est question de culpabilité et de trahisons, de sorcières et de dragons, de maléfices et de mort. La grande faucheuse rôde, telle une ombre malveillante et menaçante, non loin de la maman de Conor (Felicity Jones, à l'affiche de Rogue One : A Star Wars Story). Et la grande énigme du film, c'est de savoir si Conor acceptera de lui dire au-revoir et de la laisser partir.

 

En plein coeur

 

Quelques Minutes après Minuit traite de sujets réellement éprouvants : le harcèlement psychologique, le deuil et la perte d'un être cher. Le quotidien de Conor n'a rien d'une partie de plaisir. C'est un chemin de croix brutal, mal aimable, suprêmement douloureux. Mais également grisant, enivrant et, d'une certaine manière, libérateur. L'intrigue parvient à transformer les failles en forces, les fêlures intimes en autant d'armes pour se défendre. Le petit garçon, incarné avec fougue par le prometteur Lewis MacDougall, ne vous laissera pas indifférents. On est à la fois émus et ébranlés, bousculés et fragilisés. Il nous arrive de rire aussi, lors de séquences cathartiques pleines de bruits et de fureur ou en la personne du père de Conor, qui apporte une relative bouffée d'oxygène dans un univers particulièrement mortifère. Cette épreuve de force traversée par Conor, le réalisateur nous la jette en pleine poire avec une conviction jusqu'au-boutiste qui impose le respect. Juan Antonio Bayona connaît ses classiques. A plusieurs reprises, son conte initiatique rend hommage au King Kong de 1933, chef-d'oeuvre absolu, intouchable, dès qu'il s'agit d'invoquer la toute puissance de l'imaginaire. On ne peut non plus s'empêcher de penser au Tim Burton, époque Edward aux Mains d'Argent ou Sleepy Hollow, qui, d'un simple plan, savait faire jaillir une poésie teintée d'étrangeté, directement héritée de nos peurs ancestrales. Spielberg ne s'est pas trompé en annonçant Juan Antonio Bayona à la réalisation du prochain Jurassic World. On ne saurait dire si le monde lui appartient. En tous les cas, le cinéaste espagnol a su nous toucher en plein coeur.

Gabriel Repettati







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