GRAVE
France - 2016
Image de « Grave »
Genre : Horreur
Réalisateur : Julia Ducournau
Musique : Jim Williams
Durée : 98 minutes
Distributeur : Wild Bunch
Date de sortie : 15 mars 2017
Film : note
Jaquette de « Grave »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Jeune étudiante vétérinaire, Justine est végétarienne. Suite à un violent bizutage, elle se découvre une attirance particulière pour la viande.
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les filles et justine, à table !

« Génial », « Violent », « Terrifiant », « Choquant », « Le meilleur film de genre français depuis longtemps ». Les superlatifs et autres adjectifs dithyrambiques qui accompagnent la campagne de Grave pourraient laisser penser que, à l'image du récent La La Land, vous allez être obligés d'aimer à défaut d'être pris pour des idiots n'ayant rien compris. Qu'en est il réellement ? Révélation filmique ou pelloche sympathique mais ne méritant pas non plus l'engouement préfabriqué populaire comme le dernier Chazelle ?

A trop en écrire, trop en dire, on dessert souvent le propos et la destinée d'un film, en créant une attente monumentale et superficielle (basée uniquement sur des « on dit »). Il faut dire qu'en plus, ces attentes sont nombreuses. Surtout en vue du parcours sulfureux du film depuis sa projection à Cannes et la propagation virale des étourdissements et évacuations ayant eu lieu pendant les projections, renvoyant aux légendes accompagnant la sortie de L'Exorciste. Ajoutez à cela la collection de prix remportés sans que les différents jury aient eu beaucoup à débattre (et pourtant la concurrence était présente), il y a de quoi s'attendre au film du siècle et croire du coup aux différents qualificatifs lus ici et là. Nous n'aiderons pas le film d'une certaine façon, mais il relèverait de la malhonnêteté intellectuelle de nier ces fameux qualificatifs. Car Grave est tout cela à la fois. Et même plus. Par dessus tout, comme l'a très bien expliqué la talentueuse Julia Ducournau,  est...grave. Désireuse de vouloir redonner à cet adjectif son sens premier, la jeune réalisatrice réussit parfaitement sa mission. Grave décrit une situation sérieuse, aux conséquences fâcheuses et faucheuses.

La gravité de la situation n'est pourtant jamais là où on l'attend. Si un film n'est pas forcément fait pour dénoncer ou livrer un message, ce serait mal aborder Grave que de le juger comme un simple film de cannibalisme moderne, aussi beau soit-il. Julia Ducournau inscrit son récit (elle en est également la scénariste) au sein d'une école vétérinaire, faisant de son héroïne, la jeune Justine, un être virginal, sur le point de basculer dans une abîme dont elle ne pourra jamais revenir. Vierge, végétarienne, studieuse, en bon termes avec ses parents, c'est un véritable choc qu'elle va subir en étant confrontée à un bizutage des plus contraignants. Une entrée rapide, violente et radicale dans une nouvelle vie, appuyée par une mystérieuse soeur, Alexia, à l'aura aussi troublante et envoutante que malsaine. Ce qui se passe à l'écran, des rituels initiatiques aux soirées orgiaques, va agir comme un détonateur dans le monde sans vagues de Justine. Que l'on décide d'y voir ou non une parabole sur la violence d'un environnement codifié (les études supérieures), d'un rituel (le bizutage), du passage à l'âge adulte (avec son lot de compétitions et de déceptions) ou de la découverte de la sexualité, le cannibalisme soudain dont fait preuve Justine est terrifiant aussi bien dans le fond, que dans la forme.

 

à pleines dents


Tout comme Clément Cogitore, réalisateur de Ni le ciel, ni la terre, sur lequel elle fut script doctor, Julia Ducournau n'accorde pas d'importance aux étiquettes. Ne voulant pas cataloguer Grave dans un genre précis (et le titre va dans ce sens), le restreindre à des cases limitées, sa réalisatrice pense avant tout à l'histoire et à ses personnages. Il est pourtant indéniable que certains codes sont bien présents et respectés. La preuve que, à l'image de Clément Cogitore, Julia Ducournau a réussi à assimiler les schémas classiques du genre, à les digérer et à livrer un cinéma à la fois personnel, total, et sans concession apparente. Un renouveau à la fois pour le cinéma de genre, qu'il soit français ou international, ainsi que pour les artistes sortis de la FEMIS, jetant un regard nouveau sur les élèves de la plus prestigieuse et inaccessible des écoles de cinéma.


Dans ses interviews, Julia Ducournau affirme que l'un de ses films d'horreur préféré est Massacre à la tronçonneuse. Si visuellement Justine est loin d'être Leatherface, elle n'en demeure pas moins aussi dangereuse de par sa discrète banalité et sa soif de découvertes. Evitant de placer ses personnages sur un piédestal mythologique en ne les représentant jamais comme des monstres, Julia Ducournau en extrait toute la gravité et la monstruosité latente, susceptible d'exploser n'importe quand du moment que les barrières morales cèdent à une irrésistible envie comme la faim ou le désir. Une envie, un mal, enfouie en Justine, inscrit dans ses gènes, qu'elle va découvrir en même temps que le spectateur.

 

cinéma total et visceral


Subtilement écrit, Grave se permet un humour noir dosé avec finesse ne désamorçant jamais la gravité des propos, mais adoucissant leur violence, les confondants parfois dans une banalité déconcertante et dangereuse. Une écriture portée à l'écran avec un savoir faire indéniable et une maitrise total de l'outil filmique. Par son cadrage classe et énergique, son utilisation des décors, sa gestion de la photographie et des couleurs, tantôt froides comme les murs de cette université ou chaude comme le sang qui coule dans les veine de Justine et sur le coin de ses lèvres, Grave respire une énergie aussi positive que son propos peut être sombre et pervers.


Ne se regardant jamais filmer et apportant un véritable point de vue, Julia Ducournau entre dans la cour des grands et crée une impatience immédiate quand à la suite de sa carrière. Une chose est certaine, Grave ne peut laisser indifférent, que l'on adhère ou non à son propos, que l'on soit réceptif ou fermé à la puissance du cinéma de Julia Ducournau. Grave fait parti de ces films qui vous hantent pendant longtemps après leur visionnage, méritant amplement les remarques dithyrambiques à son encontre.

François Rey






















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