LE SERPENT AUX MILLE COUPURES
France - 2017
Image de « Le Serpent aux mille coupures »
Genre : Policier
Réalisateur : Eric Valette
Musique : Divers
Durée : 106 minutes
Distributeur : New Story District
Date de sortie : 5 avril 2017
Film : note
Jaquette de « Le Serpent aux mille coupures »
portoflio
bande annonce
LE PITCH
Un motard blessé quitte les lieux d’un carnage. Le mystérieux fugitif trouve refuge chez les Petit, une famille de fermiers qu’il prend en otage. A ses trousses : des barons de la drogue colombiens, le lieutenant colonel Massé du Réaux, et un tueur à gage d’élite, qui sont bien décidés à le neutraliser, par tous les moyens. L'homme a déclenché une vague de violence dont personne ne sortira indemne…
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Le Film aux mille visages

Réalisateur du génial Une affaire d'état, Eric Valette avait déserté le grand écran depuis La Proie. Et pour cause : entre deux contrats télévisuels, il développait secrètement une adaptation ambitieuse d'un roman de DOA. Film de kidnapping, de tueur en série, d'espionnage et de cartel, mais aussi western contemporain rendant hommage à Open Range de Kevin Costner, Le Serpent aux Mille Coupures est une expérience hybride étonnament cohérente.

 

Tout commence une nuit de pleine lune, au milieu d'un champ. Tapi dans un coin du Cinémascope, un raciste du cru est bien décidé à vandaliser la propriété d'un exploitant parasite, car un peu trop noir au goût des habitants. Certes ancrée dans une actualité sociale et politique brûlante, la séquence renvoie à un cinéma typique des seventies, qui avait vu naître des joyaux comme Dupont-Lajoie d'Yves Boisset. Mais sans crier gare, Eric Valette exécute un dérapage à 90°, et nous assène une scène d'exécution à la chorégraphie implacable, et à la brutalité tout droit sortie d'un polar de Hong Kong. Le Serpent aux Mille Coupures trouve dans ce grand écart stylistique et tonal sa vraie raison d'être : toute sa mise en image se bâtit, consciemment ou non, sur la juxtaposition d'un réel sordide et d'une vision fantasmée foncièrement cinématographique.

 

Au-delà du méta

 

On ressent perpétuellement à travers Le Serpent aux Mille Coupures un bouillonnement de genres, lesquels vont s'entrechoquer selon les envies du réalisateur. Valette donne successivement dans le polar, le film de serial killer, le giallo, le thriller en huis-clos et le western, sélectionnant les codes et les conventions selon les besoins d'un script millimétré. Le résultat aurait pu sombrer dans le délire méta et référentiel, mais la démarche instinctive de Valette annule rapidement tout risque de complaisance. Très premier degré dans son approche, au point de faire preuve d'un pragmatisme qui ne plaira pas à tout le monde (le climax en forme de mano a mano est expédié en trois plans aussi brefs qu'intenses), l'auteur d'Une affaire d'état et La Proie ne cherche jamais une excuse au fait qu'il tourne un film d'action français, peuplé de gendarmes moustachus et de voitures de police bas de gamme. Son refus de copier les méthodes absurdes d'un Olivier Marchall (chez qui les flics se déplacent en voitures de sport et en longs manteaux, avant de converser dans la grotte humide qui leur sert de commissariat) traduit au contraire un traitement réellement pertinent.

 

Le réel dans l'ombre

 

Alternant entre trois points de vue, Le Serpent aux Mille Coupures souligne son éclatement narratif dans chaque groupe de personnage. Il y a déjà le "terroriste en cavale" campé par Tomer Sisley (magnétique dans le rôle), tueur implacable et surentraîné envahissant un soir le quotidien très crédible d'un couple d'agriculteurs. Il y a ensuite ce vieux flic espagnol qui embarque un commissaire de campagne (Pascal Greggory) dans une impossible lutte contre les cartels. Enfin, il y a le personnage de Terence Yin, assassin sadique au langage corporel hypnotisant, que la caméra iconise dès la première apparition, alors même que la scénographie l'annonçait comme un figurant. Véritable créature de cinéma, Yin traverse cette petite bourgade comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, interagissant sans le moindre filtre avec quiconque a le malheur de croiser son chemin (une conversation dans une morgue s'avère hilarante ; une scène de torture dans une grange, beaucoup moins). Le génie de Valette est d'adjoindre à ce protagoniste "bigger than life" un sidekick improbable : un voyou local d'une maladresse attendrissante, semblant se demander dans chaque plan comment il a bien pu se retrouver embarqué dans cette galère. Toujours dans l'ombre de Yin, comme un vulgaire humain côtoierait un puissant extraterrestre, Stéphane Debac devient pour le réalisateur un authentique outil de mise en scène, questionnant par sa présence l'incongruité d'un tel projet en France. Oui, Le Serpent aux Mille Coupures est une tentative rare dans une industrie gangrénée par les drames parisiens et les comédies "populaires". Il est aussi la preuve que l'on peut proposer un divertissement politiquement chargé, tendu, décalé et parfois réellement spectaculaire, sans avoir à gommer le contexte culturel qui l'aura vu naître.

Alexandre Poncet







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