FREE FIRE
Royaume-Uni / Etats-Unis - 2016
Image de « Free Fire »
Réalisateur : Ben Wheatley
Durée : 90 minutes
Distributeur : Metropolitan
Date de sortie : 14 juin 2017
Film : note
Jaquette de « Free Fire »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Etats-Unis, 70’s. Dans un entrepôt désaffecté, une jeune femme arrange la rencontre explosive entre des activistes de l'IRA et une bande de marchands d'armes.
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D'la balle

Ben Wheatley. Un lad à suivre de près. En activité depuis bientôt une décennie, ce jeune réalisateur fait souffler un vent punk dans le paysage cinématographique british. Dès 2011, le gusse a déboulé par la grande porte avec Kill List, surpuissante comédie de mœurs bifurquant insidieusement vers le fantastique gore. Puis ce fut le drolatique Touristes, en 2012, et l'atypique High Rise il y a deux ans. Un exercice de style ambitieux, hyper-graphique, adapté de la satire sociale I.G.H. de J.G. Ballard et calé quelque part entre Orange Mécanique de Stanley Kubrick et Brazil de Terry Gilliam.

Spécialiste du brouillage de pistes, Wheatley nous revient en grande forme et à grand coups de fusils à pompe avec Free Fire, une bombe de série B (produite par un certain Martin Scorsese). D'entrée de jeu, on vogue en terrain archi codifié. Aux abords des docks d'une ville anonyme, une transaction à haut risque se joue en huis clos derrière les grilles rouillées d'un hangar. L'enjeu de ce deal prohibé ? La vente d'une cargaison de mitrailleuses, menée par une horde de repris de justesse semblables à des hyènes en cage. Ça se toise, ça négocie, ça tergiverse, ça discutaille. Et bien entendu, rien ne se déroule comme prévu... Au premier abord, Wheatley semble ne rien inventer et suivre une ligne narrative toute tracée. S'appuyant sur une bande son bien rock et un traitement visuel à la fois vintage et cuivré, le cinéaste propose un pur divertissement viril à l'ancienne. Mais le ton monte crescendo, les échanges deviennent de plus en plus zarbis et la démence barbare pointe subrepticement le bout de son nez. Free Fire perd volontairement le contrôle. Il quitte les rails du film d'action classique pour sombrer avec délectation dans une sorte de nihilisme balistique aussi cradingue qu'hilarant. Yes, Sir ! Entre deux suintantes giclées d'hémoglobine, on rigole beaucoup. Avec les dents pétées, tant qu'à faire.

 

Association de malfaiteurs


Du côté de la distrib', Ben Wheatley frappe dur et droit dans le mille. On dirait un séminaire clandestin de têtes brulées ; un combo gagnant de tronches de cinoche. Rescapé de Peaky Blinders, le magnétique Cillian Murphy joue un membre de l'IRA aussi futé qu'une fouine des bas-fonds. Confirmant tout le bien qu'on pense de lui depuis The Social Network, cette grande bringue d'Armie Hammer (de loin, la valeur ajoutée la plus stylée de Free Fire) incarne un gangster américain à l'élégance aussi prononcée que son goût pour la chambrette, tandis que le Sud-Africain Shartlo Copley (fidèle compagnon de route de Neill Blomkamp) explose les compteurs dans son costard crème et cintré de trafiquant d'armes ; un abruti de première aussi clownesque que frappadingue. Ajoutez à cela Sam Riley (Control) en p'tit connard défoncé et la bombesque Brie Larson (Scott Pilgrim) plus revêche et burnée que tous les keums réunis, et vous obtenez un film comparable à un bâton de dynamite. Un plaisir immédiat (1h30, montre en main), croûteux et purulent. Au charme néanmoins déflagrateur.

 

shoot'em all


A moult reprises, on pense au Reservoir Dogs de Tarantino, référence ultime en termes de huis clos sanguinolent. Les protagonistes se la flambent sévère et jactent haut comme chez l'ami Quentin. Insistant à mort sur les divergences culturelles entres Yankees et Irlandais, les joutes verbales s'y veulent aussi décalées et percutantes que les scènes de gunfights. Bien des fois également, on se dit avoir déjà vu ça ailleurs, chez Guy Richie ou Shane Black par exemple. Mais là où Wheatley impose véritablement sa marque, c'est lorsqu'il laisse libre cours à la dinguerie, au trash, à l' imprévisible. Il maîtrise parfaitement l'art ludique de la rupture, du changement de ton vicelard ; ce truc impalpable qui fait tout le sel de son cinéma. La seconde partie de Free Fire est tout simplement ouf. Les bonbonnes de gaz valsent aux quatre coins de l'écran telles des torpilles de sous-mariniers. Les vannes fusent, les bastos pleuvent, les fractures ouvertes sont légion. Les personnages pris à leur propre piège marchent sur des seringues usagées, s'empalent à tire-larigot ou chopent le tétanos en jonglant âprement contre les parois du hangar, à l'image de chiens dans un jeu de quille. Comme dans Kill List ou High Rise, le metteur-en-scène irrigue la trame de discrètes saillies de sauvagerie (notamment lors d'une séquence particulièrement hardcore au volant d'un van) et l'action prend une tournure anormale, presque surnaturelle. Les vingt dernières minutes composent un maelstrom incandescent et peinturluré. Totalement déchainé. Nous voilà face à du cinéma qui cogne et qui tâche, dédié à la seule force du mouvement. On se croirait chez Sam Peckinpah, chez John Boorman époque Le Point de Non Retour ou chez John Carpenter période Assaut. Un jeu de massacre, un vrai.

Gabriel Repettati














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