ÇA.
It - Etats-Unis - 2017
Image de « Ça. »
Genre : Horreur
Réalisateur : Andy Muschietti
Musique : Benjamin Wallfisch
Durée : 135 minutes
Distributeur : Warner Bros.
Date de sortie : 20 septembre 2017
Film : note
Jaquette de « Ça. »
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LE PITCH
À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s'intégrer se sont regroupés au sein du "Club des Ratés". Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l'école. Ils ont aussi en commun d'avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu'ils appellent "Ça"… Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfant...
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Près de vingt ans après l'adaptation télévisée de Tommy Lee Wallace, le clown dansant Pennywise ressurgit sur grand écran. Hommage sincère aux productions Amblin et déclaration d'amour aux écrits de Stephen King, Ça d'Andy Muschietti mérite sa réputation flatteuse, et son carton historique au box office international.

A l'évidence, Andy Muschietti est parvenu à saisir l'essence de l'œuvre de Stephen King, de la description du microcosme étouffant de Derry à la portée sociale de sa caractérisation. Dès son ouverture, cette nouvelle version de Ça (fragmentaire car uniquement consacrée aux enfants, en attendant le tournage du second épisode) capture l'extrême mélancolie du récit original. Dans la longue histoire des adaptations de King, seul le sublime Simetierre de Mary Lambert avait osé bâtir son récit sur la mort tragique d'un enfant, et le film de Muschietti ose réitérer avec une audace graphique digne des Dents de la mer. Le terrible prologue de Ça a exactement la même fonction que dans le roman : illustrer d'emblée l'implacable cruauté du Clown Pennywise, et soumettre les autres jeunes personnages à un danger constant. Et puisqu'ils peuvent mourir à tout moment, les gosses peuvent aussi jurer comme le feraient de vrais préadolescents, se comporter socialement de façon crédible, et connaître leurs premiers émois érotiques sans le filtre déformant d'un regard adulte (on aura tout de même échappé, à ce titre, à un chapitre très controversé du roman). Profondément attachants, les membres du Loser's Club sont les moteurs du long-métrage, la justesse des interprètes apportant encore un peu de poids à une écriture sans faille. Emouvants, ces ratés suscitent d'autant plus d'empathie qu'ils se retrouvent littéralement pris entre le marteau et l'enclume ; entre des parents irresponsables, absents, possessifs ou psychopathes, et un clown polymorphe qui s'abreuve de leurs craintes les plus intimes.

 

l'horreur old school


En termes de terreur pure, Muschietti ne réinvente pas la roue. Ça exhibe à vrai dire les défauts d'un film d'horreur old school, à commencer par une bande son parfois saturée de cris hystériques, et de prénoms scandés par des gosses inquiets. Les vieux codes s'enchaînent : lorsqu'un groupe de gosse entre dans un lieu hostile, le groupe se désolidarise de façon prévisible, et les portes se mettent à claquer spontanément pour isoler les victimes. Sorte de train fantôme sans prétention, Ça a heureusement les qualités de ses défauts : plutôt que de verser dans une nostalgie à la mode et des références opportunistes, Muschietti parvient à vraiment raviver une forme de divertissement propre aux années 1980. En filigrane, le cinéaste se permet de temps à autres de commenter les repères visuels du genre. Une scène en particulier impressionne par sa fausse simplicité, et son utilisation novatrice d'un cadre stéréotypé. Lorsqu'un enfant pénètre dans le bureau de son père, Muschietti installe un malaise en penchant la caméra sur le côté, selon une technique héritée du premier Evil Dead. Surprise : le gosse redresse un tableau mal épinglé au mur, et le Cinémascope dans le même temps. Le procédé de mise en scène se transforme en information intradiégétique... jusqu'à ce qu'un plan ne révèle la disparition soudaine du portrait. La caméra se penche à nouveau, annonçant l'arrivée imminente du spectre. C'est dans ces moments, subtils, ingénieux et atmosphériques, que Ça parvient à dépasser son schéma horrifique, globalement partagé entre Jump-Scares et effusions de gore. Il n'aurait pas fallu beaucoup plus d'expérimentation de la part du réalisateur pour que le film gagne ses galons de classique moderne. En l'état, on saura se satisfaire d'un ride à la fois éprouvant, drôle et tragique, dont l'honnêteté est dans le contexte hollywoodien actuel sacrément rafraîchissante.

Alexandre Poncet










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