TIGERS ARE NOT AFRAID
Vuelven - Mexique - 2017
Image de « Tigers Are Not Afraid »
Réalisateur : Issa López
Musique : Vince Pope
Durée : 83 minutes
Distributeur : inconnu
Film : note
Jaquette de « Tigers Are Not Afraid »
portoflio
LE PITCH
Après la mort de sa mère, Estrella trouve refuge auprès d'un groupe de cinq garçons également orphelins. Et lorsque le spectre de sa génitrice lui apparaît, la jeune fille se met à douter de sa santé mentale...
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Tiger Uppercut ?

Auréolé du Grand Prix du PIFFF 2017 (Paris International Fantastic Film Festival), adoubé par les rois de la punchline de jaquette, Stephen King et Guillermo Del Toro, la sortie du film d'Issa Lopez Tigers are not afraid était attendue avec impatience. Si les dithyrambes s'avèrent quelque peu exagérées, cette variation poético-fantastique sur les ravages du narcotrafic se révèle assez touchante.

La grande force du film est la façon dont il fait ressentir le conflit intérieur de ces enfants, piégés entre leur imaginaire, leur aspiration naturelle au bonheur, et la violence de la société mexicaine. Une violence à laquelle ils sont obligés de souscrire s'ils veulent survivre. La mise en scène joue de ce tiraillement, avec un style caméra portée «réaliste»  mis en balance par l'incursion dans le réel de parenthèses fantastiques assez belles, très signifiantes et chargées symboliquement. Ainsi la nécessité de mettre l'éducation au centre de la société est symbolisée par les trois craies blanches gardées précieusement par Estrella, la jeune héroïne du film, et qui représentent autant de vœux. La ligne de sang qui la poursuit et s'insinue partout, raconte comment la violence contamine toute la société. Et lorsque les peintures murales s'animent, on touche au cœur d'une des thématiques les plus passionnantes du film : le nécessité de donner aux enfants la possibilité d'explorer et de libérer leur imaginaire. Les confronter trop tôt à la violence, c'est risquer de les perdre définitivement. Ça manque parfois de subtilité, mais ce réalisme magique, utilisé dans une structure de conte initiatique, donne lieu à certaines des plus belles et des plus bouleversantes séquences du film, notamment dans sa première partie.

 

tigre de papier


Mais que reste-t-il, passées ces (très louables) intentions ? Pas grand-chose malheureusement. Le fil de l'intrigue, pourtant très simple (six enfants orphelins tentent d'échapper au gang qui les poursuit suite au vol d'un téléphone contenant des infos compromettantes), est étirée inutilement. La menace (le gang), mal caractérisée, est trop abstraite. D'autant plus qu'elle ne représente pas, le cœur du film, qui serait plutôt à chercher du côté parcours initiatique d'Estrella, dans son adieu impossible à sa mère qui revient la hanter sans cesse. Issa López, auteure et réalisatrice de comédie à succès qui réalise ici - c'est elle qui le dit - son film le plus personnel, semble avoir du mal à trouver son style. La caméra portée, omniprésente, fatigue. Ce style, sauf à de rares exceptions, ne favorisent ni l'empathie ni l'identification à un personnage. Il n'est opérant (et encore, il faut posséder un savant sens du découpage) qu'en termes d'immersion au cœur de scènes d'action. Or, celles-ci sont quasi-absentes du film.

Il est une mode actuelle du cinéma de genre de ne pas verser pleinement dans l'imaginaire, de toujours laisser planer le doute sur les éléments magiques du récit. Pour ne pas s'aliéner une partie du public ? Les exploitants ? Toujours est-il qu'ici, la réalisatrice cantonne en grande partie le fantastique à des images mentales, l'empêchant de contaminer le réel, et par la même, de sublimer un récit qui en aurait bien besoin. Une approche inverse de celle de Guillermo Del Toro, dont on sent clairement l'influence (impossible de ne pas penser à L'échine du diable), et qui, lui, croit véritablement en ses monstres. Et fait de cette croyance le cœur de son cinéma.

Malgré tout, Tigers are not afraid, grâce à sa direction d'acteurs impeccable (les enfants sont tous excellents), à son engagement politique et son sens de l'émotion, nous laisse espérer que la rencontre entre ces deux cinéastes (Del Toro produira le prochain film de López) pourra accoucher d'une œuvre plus aboutie que cet essai, aussi sincère soit-il.

François Willig












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