MUTAFUKAZ
France / Japon - 2016
Image de « Mutafukaz »
Réalisateur : Run, Shojiro Nishimi
Durée : 93 minutes
Distributeur : Tamasa Distribution
Date de sortie : 23 mai 2018
Film : note
Jaquette de « Mutafukaz »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Angelino est un jeune loser parmi tant d’autres à Dark Meat City, une mégalopole sans pitié sous le soleil de Californie. La journée, il livre des pizzas dans tous les recoins de la ville et la nuit, il squatte une chambre d’hôtel minable avec son coloc Vinz et une armada de cafards qui font désormais un peu partie de sa famille. À la suite d’un accident de scooter lorsque son chemin a croisé par inadvertance la divine Luna, une fille aux cheveux noir de jais, notre jeune lascar co...
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God bless this mess

Enfin ! Après quasiment un an de tournée en festival, l'adaptation des 600 pages et 6 tomes (hors spin offs) de la BD Mutafukaz, arrive en salle. Sept ans se sont écoulés depuis la mise en chantier du film, 12 ans depuis la sortie du premier tome de la BD, 16 ans depuis le court-métrage Mutafukaz, Operation Blackhead qui lança toute l'aventure, mais Guillaume « Run » Renard, auteur de la BD et co-réalisateur du film est un acharné.

Un fou sûrement aussi. Car il faut l'être pour développer une histoire aussi dingue que celle d'Angelino, loser parmi les losers, vivant avec son pote Vinz dans l'appartement le plus pourri du quartier le plus pourri de Dark Meat City, sorte de Los Angeles hallucinée rongée par les gangs. Suite à un accident de scooter, Angelino est victime d'hallucinations (à tendances complotistes) et va développer des capacités physiques hors du commun. Ça tombe bien, ils semblent être traqué par des men in black pas commodes et des groupes paramilitaires surarmés.

Vous voyez du Invasion Los Angeles là-dedans ? Du Akira ? Ça tombe bien, c'est le but. Dans toutes ses composantes, Mutafukaz est une histoire d'hybridation.
D'un point de vue stylistique d'abord. En choisissant l'excellent Studio 4°C (Animatrix, Amer Béton, notamment) pour superviser l'animation et Shôjirô Nishimi comme co-réalisateur, Run et son producteur Anthony Roux (de chez Ankama) ont réussi à marier le style ultra-référencé à la fois sombre, simple et dynamique de la BD, à la profusion d'un décor urbain malsain et déjanté proche d'Amer Béton (Nishimi-san en était le directeur artistique des décors, ça aide).
Par ailleurs, l'histoire elle-même nous raconte un croisement : Angelino se découvre mi-humain, mi-Macho (créatures composées de la matière noire de l'Univers, qui pénètrent l'esprit des humains et exploitent les ressources terrestres). Et il va passer une bonne partie du film à empêcher le Macho qui sommeille en lui prendre le contrôle de son corps.

 

il en reste un peu, je vous le mets quand même ?


On sent en tout cas l'émulation qui a présidé à la fabrication du film. Run et Nishimi nous donnent tout. A commencer par des moments de bravoure hallucinants (les séquences de l'assaut de l'appartement et de la course poursuite urbaine) servis par l'excellente et agressive musique électro de The Toxic Avenger et Guillaume Houzé. L'embêtant quand on a trop d'idées, c'est qu'on est parfois victime de sa générosité. Si la multiplication des références (on y voit du Jin-Roh, du The Thing, des catcheurs mexicains, etc) est amenée avec beaucoup d'appétit et sans aucune condescendance, on sent que les coupes dans les 600 pages de la BD se sont faites, elles, dans la douleur. Toute la partie de l'histoire se déroulant à Dark Meat City et qui concentre l'exposition des enjeux est parfaitement menée : speed, drôle, d'une inventivité visuelle constante, et d'une vraie sincérité dans la façon dont elle explore l'amitié qui lie ces personnages. En revanche, la partie développant le grand complot de domination du monde par les Macho fonctionne beaucoup moins bien. La faute à un script qui perd son spectateur dans les méandres d'une intrigue trop touffue.

On ne lui en voudra évidemment pas de ne pas être à la hauteur de certains des monuments dont il s'inspire, Invasion Los Angeles, en premier lieu. Et surtout, on souhaite du succès à cette production si atypique dans le morne paysage du cinéma de genre français. Malheureusement, la difficulté à trouver un distributeur, la promotion (très discrète malgré la présence du rappeur Orelsan en doubleur d'Angelino) et la sortie le même jour que l'ogre Solo : A Star Wars Story, n'augure pas du meilleur. On espère de tout cœur se tromper...

François Willig
















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