POINT DE CHUTE
France - 1970
Image de « Point de Chute »
Genre : Thriller
Réalisateur : Robert Hossein
Musique : André Hossein
Durée : 77 minutes
Distributeur : TF1 Studio
Date de sortie : 5 juin 2018
Film : note
Jaquette de « Point de Chute »
portoflio
LE PITCH
Une cabane isolée en bord de mer. Séquestrée par des truands, une jeune fille attend que ses parents versent sa rançon. Elle est laissée à la garde d’un seul homme, Vlad dit « le Roumain » …
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seuls sur la plage...

Depuis le décès de Johnny Hallyday le 5 décembre dernier, l'heure est aux souvenirs. Souvenirs d'une carrière de chanteur, bien sûr, mais aussi d'une carrière d'acteur qui, malgré la tentation de la facilité (à la façon d'Elvis Presley), aura su évoluer au gré de choix souvent audacieux.

Preuve en est ce Point de Chute que réalisa Robert Hossein en 1970 et qui ressort ces jours-ci dans une copie remise à neuf et aux côtés de deux autres films de l'Idole des Jeunes, D'Où Viens-Tu Johnny ? (1963, Noël Howard) et Le Spécialiste (1969, Sergio Corbucci). Dans la peau d'un truand sensible et taiseux, Johnny fait ici le pari d'un jeu minéral à la Alain Delon. Avec un certain bonheur d'ailleurs, puisque sa carrure et son regard bleu azur suffisent à composer un personnage dont on ne saura que peu de choses. Seuls comptent ses actes.
Le jeune âge de Vlad le rapproche de la jeune femme (Pascale Rivault, fragile et émouvante dans un rôle quasi muet) qu'il retient prisonnière. Ils ne sont pas du même milieu (on imagine le premier grandir dans un orphelinat et dans la délinquance tandis que la seconde se fait raccompagner de son lycée de jeune fille dans une Rolls avec chauffeur en tenue) mais ils ont en commun ce besoin vital d'émancipation, au propre comme au figuré. Leur duo improvisé se heurte à un autre duo, bien plus rôdé celui-ci et formé par Albert Minski et Robert Hossein lui-même, des criminels de la vieille école, endurcis par les années. Que le décor choisi pour illustrer cet affrontement des générations soit une vieille cabane délabrée mais pourtant insensible à la force des éléments (le vent, le sable, la mer) ne fait que renforcer un sentiment d'oppression généralisée et de lutte désespérée (perdue d'avance ?).

 

caméra, mon amour


Si Point de Chute doit à sa star d'être aujourd'hui exhumé, son intérêt réside aussi ailleurs. Dans les choix de mise en scène de Robert Hossein, notamment. Artiste prolifique et polyvalent, bosseur acharné, celui qui restera sans doute éternellement lié à son rôle de Joffrey de Peyrac dans Angélique Marquise des Anges de Bernard Borderie, démontre une maîtrise très réfléchie du langage cinématographique.
Avec très peu de dialogues et une musique (signée André Hossein, père de Robert) minimaliste, des effets sonores omniprésents et une ouverture très solennelle en noir et blanc, Point de Chute est un pur exercice de style, souvent brillant mais aussi un peu trop maniéré (les dernières minutes flirtent malheureusement avec le comique involontaire). Ce qui interpelle pourtant, c'est la précision avec laquelle la caméra cherche à débusquer le moindre regard, le moindre geste pour créer, petit à petit, un lien puissant entre les personnages principaux. Les cadres et les déplacements sont travaillés avec un soin maniaque et le jeu constant sur l'échelle des plans en dit autant sur la géographie des lieux que sur les rapports de force entre protagonistes et antagonistes. De toute évidence, Robert Hossein a retenu les leçons de sa collaboration avec Sergio Leone sur Une Corde, Un Colt ..., le western qu'il signe un an plus tôt, tant l'ombre du maestro plane sur tout le film. Jusque dans un usage quasi-onirique du ralenti ou un casting de « gueules » (Albert Minski, cité plus haut, mais aussi et surtout Robert Dalban en vieil inspecteur au regard triste). Un emprunt stylistique sans doute surprenant mais payant et qui justifie à lui seul la (re)découverte.

Alan Wilson






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