LE SPéCIALISTE
Gli specialisti - France, Allemagne, Italie - 1969
Image de « Le Spécialiste »
Genre : Western
Réalisateur : Sergio Corbucci
Durée : 99 minutes
Distributeur : TF1 Studio
Date de sortie : 13 juin 2018
Film : note
Jaquette de « Le Spécialiste »
portoflio
LE PITCH
Sur la route de Blackstone, les passagers de la diligence, sous le regard admiratif de quatre jeunes gens, sont sauvés de justesse par Hud. Grand, blond, des yeux bleus ironiques et glacés, Hud se rend à Blackstone pour venger son frère Charlie, lynché et pendu par la population qui l’accusait d’avoir volé l’argent de la banque. Son arrivée va inquiéter à juste titre les responsables du lynchage.
Partagez sur :
johnny Got his gun

Fin des années 60, Johnny Halliday, déjà superstar de la musique, se cherche encore d'un point de vue cinématographique. Lassé d'être abonné au rôle de chanteur à la Elvis (D'où viens-tu, Johnny ?), il cherche d'autres challenges. C'est alors qu'il voit Le Grand Silence, magnifique western glacial de Sergio Corbucci avec Jean-Louis Trintignant et Klaus Kinski. Johnny adore le film et veut tourner avec Corbucci. Ce dernier et ses producteurs, pas insensibles à l'idée d'un succès hexagonal, rencontrent le désir de la star, et la production se lance très vite. Naîtra de ce curieux mais séduisant attelage le dernier volet de la « Mud and blood trilogy » après les immenses Django (1966) et Le Grand Silence (1968). Le Spécialiste ne joue clairement pas dans la même cour. Mais a néanmoins de solides atouts.

Tout d'abord la patte de Corbucci. Contrairement à Leone, anarchiste qui rechignait aux messages politiques, Corbucci, comme bon nombre de cinéastes populaires italiens de l'époque, a le cœur très à gauche. Le spécialiste est une fable sociale qui met en scène un flingueur mystérieux (Hud joué par Johnny) de retour dans la misérable ville de Blackstone pour venger son frère lynché et assassiné par une communauté prête à tout pour protéger ses intérêts. En filmant la quête de vengeance de Hud, Corbucci nous fait évoluer parmi les pires raclures de l'ouest. On parle ici des notables de la ville, tous plus pleutres et veules les uns que les autres. Menée par une excellente Françoise Fabian (qui qualifiera pourtant Le Spécialiste de « film bifteck », en d'autres mots un film alimentaire), ces vautours ne cesseront de tourner autour d'un Johnny qu'ils préféraient voir mort pour mieux garder sous silence leurs vilaines combines. Autre archétype du western, le shérif occupe une position inconfortable entre la loyauté due à ceux qui l'emploient (les notables) et son sens de la justice. Corbucci en fait un personnage faible, totalement dénué d'héroïsme. Passionnant en théorie. Mais Gastone Moschin ne lui insuffle malheureusement pas la fragilité qui aurait pu en faire une figure à la fois bouffonne et tragique.

 

Johnny belle gueule


Outre un hors-la-loi mexicain accroc à la violence (Mario Adorf, faux manchot tout en cabotinage), s'ajoute au tableau, de manière surprenante et pour le moins anachronique, une bande de hippies totalement dégénérés ! Ils sont, au départ, filmés comme des parasites inoffensifs, mais finiront comme les plus pervers et dangereux des ennemis de Hud, dans une conclusion dantesque digne des grands westerns transalpins de l'époque. Corbucci a beau être de gauche, il n'aime pas chevelus ! Malheureusement, cette fin magnifique ne sauve pas un récit mené avec trop peu de conviction et de rythme. Si la verve politique de Corbucci, son découpage précis et dynamique (dans les scènes d'action notamment) font toujours mouche, sa froideur et son sens du tragique font défaut.

Et Johnny dans tout ça ? Silhouette mortifère habillée de noir, il participe grandement à l'efficacité des scènes d'action. Son corps souple saute, flingue, tabasse avec classe et élégance. Mais n'est pas Franco Nero qui veut. Et, malgré des traits communs avec l'interprète de Django, la figure tragique qu'est censé être Hud n'est que mollement incarnée. Le doublage (cinéma italien oblige) qu'il effectue lui-même est à ce titre particulièrement raté. On se plaît malgré tout à imaginer les beaux rôles qu'aurait pu jouer Johnny (et les vilaines chansons qu'il nous aurait épargnées) si le film avait fonctionné. Mais en 1969, la France n'était probablement pas prête à voir l'icône Johnny incarner autre chose que l'idole des jeunes.

François Willig








Partagez sur :

 

Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2018