HéRéDITé
Hereditary - Etats-Unis - 2018
Image de « Hérédité  »
Genre : Horreur
Réalisateur : Ari Aster
Musique : Colin Stetson
Durée : 126 minutes
Distributeur : Metropolitan Filmexport
Date de sortie : 13 juin 2018
Film : note
Jaquette de « Hérédité  »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Suite au décès de sa mère, Annie, artiste de maquettes, est confrontée à des événements de plus en plus étranges, aux côtés de son mari et de ses deux enfants…
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Poisseux

Dans une grande pièce encombrée de bric-à-brac, le regard s'ajuste et détoure des maquettes posées un peu partout. Des paysages, des maisons, tout est d'une précision impeccable, d'un sens de la composition parfait. Lentement, la caméra s'oriente vers un intérieur, une tranche de demeure, se dirige plus précisément vers une chambre, qui finit par emplir l'ensemble du cadre. Naturellement, quelqu'un toque à la porte, l'ouvre, et pénètre dans la chambre. Ce plan et cet effet, certes globalement prévisible, posent les enjeux d'Hérédité : il sera ici question de faux semblants et de jeux de l'esprit.

Pour son premier long-métrage, Ari Aster choisit de se tourner vers une approche des grands classiques de l'horreur sous-jacente, à la Rosemary's Baby, Ne vous retournez pas, ou, plus proche de nous, évoquant cette vague d'horreur indépendante qui veille à éviter le jumpscare facile, entre The Witch et It Follows. Son approche est de distiller les situations étranges, avec une approche de fantastique extrêmement classique ; on pourrait qualifier cela de « fantastique à la Maupassant », en ce que le propos est de venir troubler ce qui pourrait être une étude de mœurs par une irruption d'événements étranges qui, petit à petit, vont venir prendre possession du réel en faisant douter personnages et spectateurs.

 

héritages


À travers le portrait d'Annie, une mère de famille qui a longtemps vécu dans un rapport dysfonctionnel avec sa propre mère, dont l'entourage a souffert de troubles mentaux, et dont certains passifs laissent planer le doute sur son propre équilibre, le film choisit de prendre son temps, de dérouler un premier tiers très posé. Mais, tout autant, l'ambiance reste lourde, les détails dérangeants émaillent les plans, à l'aide notamment d'un sens du cadre qui ne faillira jamais. Nombre de plans offrent ainsi une vue de profil, le bas de l'écran coupé par un trait horizontal (via un tapis ou encore une séparation entre deux pièces), rappelant en permanence l'impression d'assister au jeu d'un enfant avec une maison de poupées à la précision implacable, contribuant au trouble imprégnant le récit. La question taraude : assistons-nous à une mise en abîme des dérives psychiques d'Annie amenée par la bande de la seule mise en scène ? Est-ce une fausse piste ? Se trame-t-il quelque chose d'autre ?

 

de la fine frontière entre réel et folie


Au milieu de ce rythme lent et poisseux, parfois contemplatif, jouant sur les attentes pour créer le trouble chez le spectateur, viennent frapper des séquences chocs, notamment au premier tiers du récit, qui fera basculer celui-ci vers une longue descente aux enfers. Celle-ci est accompagnée par des effets de mise en scène toujours plus troublants, comme un jeu de passer en un éclair d'un plan à un autre avec un même élément commun, que ce soit pour faire ressentir une bascule temporelle surprenante, marquer le trouble d'un personnage, ou créer un sentiment d'étrangeté par une rupture de montage inspirée. Le tout accompagné d'un travail hallucinant sur la bande-son, notamment par l'utilisation d'une mélodie lancinante en toile de fond, qui accompagne le récit d'une façon aussi troublante qu'obsédante pour le spectateur, refusant même de s'éclipser lorsque la bande-son principale cherche à s'imposer.

Si l'on pourra regretter une narration peut-être un peu confuse - mais qui s'éclaire en prenant le temps de remettre les pièces du puzzle dans le bon sens une fois sorti de la salle -, et surtout une conclusion qui, pour tétanisante qu'elle soit dans sa radicalité et sa mise en scène, embrasse et assume peut-être par trop une approche spectaculaire qui s'oppose à la grande subtilité du reste de film - même si certains choix d'analyse peuvent la justifier -, on ne peut qu'être emporté par l'ensemble, son ambiance redoutable, ses acteurs « du quotidien » (une fois n'est pas coutume, formidable Toni Collette). La confirmation qu'une angoisse sans effets dans tous les sens, sans explosions de surprise, peut happer son spectateur et l'emmener très loin dans les tréfonds de l'horreur, qu'elle soit purement humaine ou plus insidieusement fantastique, et le hanter longtemps après qu'il est sorti de la salle...

Dimitri Pawlowski












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