MY WONDER WOMEN
Professor Marston and the Wonder Women - Etats-Unis - 2017
Image de « My Wonder Women »
Réalisateur : Angela Robinson
Musique : Tom Howe
Durée : 108 minutes
Distributeur : Sony Pictures
Date de sortie : 20 août 2018
Film : note
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LE PITCH
Etats-Unis, années 30. William et Elizabeth Marston sont deux psychologues officiant à l’université d’Harvard. Alors qu’ils sont à deux doigts de mettre au point le tout premier détecteur de mensonges, William convainc sa femme de faire entrer une de ses étudiantes comme sujet d’études dans leurs recherches.
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identitées secrètes

C'est dans le sillage du premier film dédié à Wonder Woman que sortit aux USA celui-ci, consacré à son créateur. On pourrait logiquement croire qu'il n'en serait qu'un prolongement, une sorte d'addendum penser comme une promotion de l'univers DC. Un doute levé dès les premières minutes du film, montrant clairement les objectifs de sa réalisatrice et scénariste à travers la complexité de cet homme très largement en avance sur son temps.

William Moulton Marston n'est pas que le créateur de Wonder Woman. Il est bel et bien, aussi, le créateur du tout premier détecteur de mensonges. Une machine pensée et réfléchie entre les murs de l'université d'Harvard, dans les années 30, avec l'aide de son épouse et assistante Elizabeth. Assistante ? Vraiment ? Diplômée en Droit et en psychologie, Elizabeth était finalement bien plus douée que son mari et ne dut se résoudre à le seconder que parce que l'Amérique de l'époque n'était pas encore préparée à un génie féminin comme le sien. Privée d'enseignement et de plaidoirie, Elizabeth fut donc une aide précieuse pour son époux voire à l'origine de sa plus grande découverte. Une découverte dans laquelle intervint un troisième personnage : Olive Byrne, soit l'une des étudiantes les plus douées de Marston. Premier sujet du détecteur de mensonges, Byrne fut aussi la maîtresse de William Marston... et d'Elizabeth. Le couple cachant (et donc mentant!) un ménage à trois dans une Amérique au puritanisme chevillé au corps. Et c'est lors de leurs jeux sexuels (à base de bondage et autres joyeusetés considérées comme hautement déviantes à l'époque) que naquit la super héroïne bientôt lut par toute la jeunesse américaine. So shocking !

 

féminisme et libertés


Sur un tel sujet, difficile de passer outre la couleur de peau et l'orientation sexuelle d'Angela Robinson, réalisatrice et scénariste de ce biopic consacré aux Marston. Car oui, My Wonder Women est bien un film sur les époux Marston. Comme il est un film sur le féminisme et le droit irréfragable des femmes de pouvoir jouir de leur corps selon leur bon vouloir. Un pamphlet déguisé mettant à l'honneur l'ouverture d'esprit d'un homme très (trop?) en avance sur son temps et de ses deux femmes, qu'il aima et qui continuèrent de s'aimer et d'élever leurs enfants ensemble (issus de l'une comme de l'autre mais tous du même père) bien après sa mort. On sent chez la réalisatrice activiste le besoin de raconter cette vérité, quitte à faire des concessions.

A commencer par le traitement du sujet lui même, bien trop sage malgré la tension sexuelle palpable et permanente entre les trois personnages principaux à l'écran. Trois personnages incarnés à la perfection par Luke Evans (toujours aussi classe), Rebecca Hall (toujours aussi belle et sophistiquée) et la jeune Bella Heathcote (vue précédemment dans le Neon Demon de Nicolas Winding Refn). Séance de masturbation en cachette, échangisme, participation dans des clubs dédiés au bondage... Tout ou presque est mentionné mais sans que, jamais, les images filmées par la réalisatrice ne dévient de leur beauté formelle ; lumière trop parfaite, plans trop travaillés, musique à l'avenant... On a parfois l'impression qu'Angela Robinson veut emmener son histoire jusqu'aux Oscars. Autre problème aussi, celui de Wonder Woman elle même, personnage introduit par des séquences de flashforward où Marston la défend devant un comité de censure qui n'y voit qu'une bande dessinée pervertissant ses jeunes lecteurs. Des bonds en avant qui seraient utiles si le personnage était le vrai sujet du film, ce qu'il n'est clairement pas.

Au centre du débat, il est bien sûr question de liberté sexuelle, clairement prônée haut et fort, face à une Amérique qui n'y entend rien et ne sait même pas reconnaître l'amour véritable tapie derrière ces pratiques jugées perverses et répugnantes. Un fait d'ailleurs particulièrement bien traité et désamorcé avec humour dans une des meilleures scènes du film, lorsque les petits jeux sexuels du trio finissent par être révélés au grand jour. Même si le travail et les objectifs d'Angela Robinson se voient et se sentent, il manque donc au film le sel de sa propre alchimie : un léger soupçon d'idées punks à la saleté rassérénante et au fuck off salvateur. Cela aurait certainement conduit le film vers une classification qui l'aurait privé d'un certain nombre de spectateurs (déjà peu nombreux) mais permis de fusionner plus logiquement avec son sujet. Reste que l'essai, dans l'Amérique de Trump aux trop forts accents de #metoo et même chez nous, dans une France divisée il y a encore peu sur la question du mariage pour tous, mérite clairement d'être salué par son courage et sa ferveur.

Laurent Valentin










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