DéTECTIVE DEE, LA LéGENDE DES ROIS CéLESTES
Di Renjie zhi Sidatianwang - Chine - 2018
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Réalisateur : Tsui Hark
Musique : Kenji Kawai
Durée : 132 minutes
Distributeur : The Jokers
Date de sortie : 8 août 2018
Film : note
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LE PITCH
Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués terrifie l’Empire de la dynastie des Tang. Alors que l’impératrice Wu est placée sous protection, le Detective Dee part sur les traces de ces mystérieux criminels. Sur le point de découvrir une conspiration sans précédent, Dee et ses compagnons vont se retrouver au cœur d’un conflit mortel où magie et complots s’allient pour faire tomber l’Empire…
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China Blues

Une vague de crimes perpétrée par des guerriers masqués. Une insupportable impératrice (très bien interprétée) placée sous protection. A moins que... On ne peut plus original donc (puisqu'on ne pose même pas la possibilité d'un whodunit final) ; inutile de s'attarder sur une narration déjà vue, entendue ou lue 1000 fois auparavant. Un complot dans les hautes sphères de l'état donc, orchestré pour prendre le pouvoir. Bien.

C'est toujours le problème avec Tsui Hark. Passer au-delà de l'excitation lorsqu'on connait le talent du bonhomme, magnifié dans des projets cultes tels que Zu, les guerriers de la montagne magique (1983), Il était une fois en Chine (1991) ou l'extraordinaire The Blade (1996). Il y a quatre ans, le réalisateur avait prouvé qu'il avait encore beaucoup de choses à dire et pas mal de chevaux sous le capot avec le spectaculaire La Bataille de la montagne du tigre. Pourtant déjà auteur des deux très réussis premiers volets, le metteur en scène se prend pour la première fois les pieds dans le tapis avec la franchise.


A bientôt 70 printemps, le hong-kongais rempile une troisième fois pour nous narrer les aventures du facétieux détective. Huit ans après sa découverte sur grand écran, ce mix jubilatoire entre Sherlock Holmes et les virevoltants héros du Wu Xia Pian s'emploie cette fois à révéler au grand jour une machination inouïe. Avant d‘évoquer les sujets qui fâchent, force est de constater que le bonheur de Hark transpire sur la pellicule. Une bobine généreuse. Tellement généreuse qu'elle semble totalement en roue libre ! Des masques de cire qui s'étripent sur les toits, des gorilles albinos (Oui oui, un peu comme dans le si subtil Rampage), du mobilier qui prend vie (la plus belle scène du film) et des lames de la taille d'un homme ! N'en jetez plus, le film est jouissif et sincère, ses combats dantesques : c'est une certitude. Sa galerie de personnages a elle aussi quelque chose de très attachante. La grande méchante a vraiment une tête à claque, le moine sage ou les seconds couteux de Lee sont bien interprétés et apportent eux de la fraicheur à un script oubliable ; mention spéciale à Sichun Ma, amazone ès casse-noisette géniale mais sous-exploitée. Malheureusement cela ne suffit pas à faire un grand film.

 

the sword ébréchée, la bride abandonnée


L'un des principaux griefs qu'il faudrait in fine retenir (ou pas) de ce troisième opus serait à n'en point douter (et avant son bestiaire) sa direction artistique. C'est moche, tout simplement. Les couleurs sont criardes, l'or abonde et les associations douteuses faites en dépit du bon sens. Au lieu d'étalonner son film avec trois teintes prédominantes et en justifier une quatrième pour illustrer un propos ; on assiste ici à une bouillie indigeste. Se prenant l'espace de quelques plans pour le Ang Lee de Tigre et Dragon ou le Zhang Yimou du Secret des poignards volants, ce n'est pas faire injure que de constater que le film est de plus particulièrement mal réalisé. Les cadrages sont souvent catastrophique, les mouvements de grue sur-soulignés empiètent sur le fond et le montage est chaotique. C'est la confusion totale, la pagaille, le bazar : au choix. Et ce n'est pas non plus la colorimétrie, malgré une utilisation de la 3D judicieuse mais par définition assombrie qui viendra jouer les contrepoids.
C'est un constat acide et bien dommage car on reste persuadé qu'avec plus de retenue, de pertinence artistique (en se penchant sur Hokusai pour une ambiance feutrée, propice aux manigances par exemple), le film aurait dévoilé un tout autre visage. Mais rien à faire, l'inspiration n'y est pas. Les tenues de l'impératrice sont honteusement pompées sur Padmé Amidala, certains dangers volants sur les marionnettistes tentaculaires de Naruto et la meilleure scène du film sur un personnage iconique de Dragon Ball Super. Etc etc etc. Bien entendu, les précités sont eux-mêmes issus du folklore historique (Le Roi Singe notamment) mais malgré sa caution « mythologique », le film ne pioche que trop peu dans sa pourtant si riche histoire artistique et géopolitique. Pourrait-on alors oser aller jusqu'à la fainéantise ? Même Kenji Kawai, surdoué compositeur derrière Ghost in the Shell, Ring ou son chef d'œuvre absolu Avalon, ne dépasse jamais ici l'esquisse d'un frisson. C'est trop peu pour une telle équipe de rêve.

Difficile de constater que cette fois, le résultat est raté tant la bienveillance, le travail et la générosité transpirent à l'écran... Mais cette accumulation de bonnes volontés ne suffit pas à faire oublier un script indigent, une esthétique indigeste et des inspirations paresseuses. C'est dommage car l'hexagone est cruellement en manque de pellicules de ce genre. Malgré un détective sous-exposé, on se doute que Tsui Hark, malicieux comme un singe, utilise son film pour détourner la censure chinoise en évoquant l'opium du peuple et les cadavres dans le placard. En attendant donc son prochain bijou (car nous en sommes sûrs, il arrive).

Jonathan Deladerrière












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