THE LAST MOVIE
Etats-Unis - 1971
Image de « The Last Movie »
Genre : Drame
Réalisateur : Dennis Hopper
Durée : 108 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 18 juillet 2018
Film : note
Jaquette de « The Last Movie »
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LE PITCH
Kansas est cascadeur à Hollywood. A la fin du tournage d’un western au Pérou, il décide de rester sur place, pour prendre du recul sur sa vie.
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Theatre bizarre

Deux ans après Easy Rider, sa première réalisation, Dennis Hopper réalisa un film resté longtemps inédit chez nous. Renié par les studios, presque maudit, The Last Movie profite aujourd'hui, grâce à Carlotta Films, d'une resortie en version 4K. L'occasion de découvrir une œuvre qui ne ressemble (vraiment !) à aucune autre.

Dennis Hopper a toujours été un artiste à part dans le paysage holywoodien. Acteur et réalisateur, oui, mais aussi peintre, poète, photographe... Des arts synonymes de profondes réflexions et introspections, de contemplations du monde, d'intérêts pour son prochain, de sensibilité à fleur de peau. Loin du matérialisme d'un Hollywood mercantile et cynique. C'est sur le tournage de Les Quatre Fils de Katie Elder, de Henry Hathaway, six ans plus tôt, que Dennis Hopper prend conscience de l'impact parfois néfaste de son métier sur les autochtones d'une localité perdue au bout du monde. Recueillant le plateau et toute son équipe pendant un certain temps, les habitants du petit village mexicain où a lieu le tournage du film d'Hathaway sont totalement décontenancés, ne comprenant pas vraiment ce qui se joue chez eux. Coups de feu, bagarres, chutes de cheval, explosions et faux morts ensanglantés prennent la forme d'un théâtre bizarre à des années lumière du quotidien des paysans mexicains. Hopper imagine donc son futur scénario sur cette base, où un comédien resté sur place pour s'évader, profiter des paysages magnifiques et trouver l'amour sera rattrapé puis confronté à des locaux rendus fous par leurs difficultés à dissocier réalité et fiction et sera forcé de participer au tournage d'un simulacre où il y perdra peut être la vie.

 

dennis la malédiction


Mais Hopper veut aller plus loin. C'est l'occasion pour lui de vraiment prendre du recul sur son métier d'acteur, critiquer le système et livrer finalement un brûlot propre à faire réfléchir ses spectateurs. Une ambition qui commence par le lieu de tournage lui même, situé au Pérou, où les magnifiques paysages montagneux sont les premiers témoins du tournage d'un western mené d'une main de fer par un réalisateur proche du despote (Samuel Fuller, ami de Hopper et parfait dans le rôle). Pour les comédiens, Hopper appelle aussi des proches : Peter Fonda, Dean Stockwell, le musicien Kris Kristofferson (qui signe une partie de la musique folk du film) et leur offre de tout petit rôle de figurants. Pour la photo, le réalisateur embauche Laszlo Kovacs, avec qui il a déjà travaillé sur son précédent film. Contours incertains et effets vaporeux donnent au résultat un effet se mariant parfaitement aux exigences d'Hopper. Il se met alors lui-même en scène dans la peau de ce cascadeur un peu perdu avec lui même, qui va trouver l'amour auprès d'une prostituée locale, essayé de s'intégrer tout en étant de temps en temps rattraper par sa vie de débauche hollywoodienne et finalement devenir victime des locaux le voulant en star sacrifiée (voire crucifiée) sur l'autel d'un film de pacotille tourné avec des caméras en bois.
Scènes montées sans logique chronologique, raccords hasardeux, film dans le film, notes apparaissant sur la pellicule... The Last Movie est au final le négatif parfait du type de film qu'Hollywood pouvait produire à l'époque. Et sa conclusion, aperçu dès ses premières images, en forme de procession religieuse prenant de plus en plus la forme d'une bacchanale aux accents païens à la Wicker Man (tourné deux ans plus tard) ne fut pas du goût d'Universal qui décida finalement de ne pas distribuer le film. Hopper fut alors blacklisté pendant près de dix ans à Hollywood, et sa carrière faillit ne jamais s'en remettre.

Aujourd'hui, The Last Movie se vit encore réellement comme un trip expérimental, un essai pour traduire la pensée et les opinions d'un artiste libre qui refusa, pendant un temps, certains compromis. Son visionnage demandera donc toujours un recul nécessaire afin d'en comprendre les ambitions. Celles d'un rebelle, d'un rêveur, d'un artiste au sens le plus noble du terme.

Laurent Valentin












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