THE PREDATOR
Etats-Unis - 2018
Image de « The Predator »
Réalisateur : Shane Black
Musique : Henry Jackman
Durée : 107 minutes
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 17 octobre 2018
Film : note
Jaquette de « The Predator »
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site officiel
LE PITCH
Lors d’une mission en Amérique du Sud, Quinn McKenna, un sniper d’élite, assiste au crash d’un vaisseau extra-terrestre. Un Predator s’extraie des décombres et massacre l’équipe de McKenna avant d’être lui-même capturé par les services secrets…
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Aiguise-moi ça !

Les cadres de la Fox ne sont pas des idiots. En confiant les rênes de ce quatrième volet (vous voulez vraiment que l'on compte les AvP ?) à Shane Black, ils espéraient ainsi rassurer les fans en leur promettant un spectacle saignant et mal élevé et capitaliser sur la fibre nostalgique qui entoure le cinéma de celui qui fut le scénariste de L'Arme Fatale. Sincère dans sa démarche mais totalement contradictoire et réalisé avec les pieds, le résultat oscille malheureusement entre la mauvaise blague et la trahison pure et dure.

Au fond, Predator, c'est quoi ? Le film de John McTiernan posait ses enjeux en termes simples : un extra-terrestre qui se paie une chasse à l'homme et collectionne les trophées en se mesurant aux meilleurs guerriers. Pas besoin d'en dire plus, pas besoin d'en montrer plus. Bien conscient de succéder à un exercice de style en bonne et due forme, Stephen Hopkins se contentait trois ans plus tard de transposer le concept dans un milieu urbain et d'enrichir un tantinet l'arsenal du prédateur furtif aux tresses rasta en poussant les curseurs de la violence et de l'action dans le rouge. La séquelle parfaite. Et ensuite ? Fruit d'un interminable development hell, le Predators écrit et produit par Robert Rodriguez et réalisé par l'anonyme Nimrod Antal en 2010 ne proposait rien d'autre qu'un remake sympathique mais paresseux du premier film sans tirer vraiment parti de son décor de jungle extra-terrestre. Un véritable aveu d'impuissance pour une franchise n'offrant au final que peu de possibilités de renouvellement. Lever le voile sur la culture du Predator ? C'est un chasseur et un guerrier et c'est tout ce qui le définit. Personne n'a envie de le voir dans un laboratoire, aux fourneaux ou dans l'intimité de sa vie de couple (pour peu qu'il en ai une). Changer de décor et de commando à chaque film ? C'est prendre le risque de finir à Las Vegas en confrontant l'alien à l'équipe de gros bras de Vin Diesel et Dwayne Johnson et personne n'a envie de voir ça (quoique ...). Shane Black et son co-scénariste (et vieux complice sur le fabuleux Monster Squad) Fred Dekker tentent pourtant l'impossible en posant les bases d'un univers qui se voudrait plus complexe qu'auparavant. C'est leur première erreur et il y en aura d'autres.

 

toc-toc !


Ainsi, les Predators auraient d'autres ambitions que d'enchaîner les safaris à travers la galaxie ? A en croire les révélations qui jalonnent un scénario maladroit et truffé d'incohérences, il serait question de factions rebelles, d'hybridations et d'invasion. Soit, à peu de choses près, la trame archi-rebattue de nos biens aimés X-Files ! Pour l'originalité, on repassera. Et puis, avouons-le, la figure du comploteur venu de l'espace sied bien peu à nos gueules de porte-bonheur adeptes de l'écorchage à vif et de la collection de crânes. Et lorsque l'on nous explique que s'ils arrachent aussi des colonnes vertébrales, c'est en réalité pour recueillir de l'ADN, on ne flirte plus avec le ridicule et le non-sens, on nage en plein dedans. Mais Black et Dekker (ça ne s'invente pas) ne s'arrêtent pas en si bon chemin et enrichissent leur histoire d'une double lecture en forme de réquisitoire contre les studios. Opposant une bande de loosers magnifiques à des scientifiques sans scrupules, le duo dénonce le cynisme des costards cravates à l'encontre d'artistes/soldats au mental abimé mais au code d'honneur intact. Si l'amour que le cinéaste porte à ses personnages est indiscutable (ils sont caractérisés avec soin et campés avec justesse), il peine pourtant à les rendre attachants ou mémorables et laisse un Sterling K. Brown charismatique et cabotin en chef de projet aux dents longues leur voler la vedette à chacune de ses apparitions. Par politesse, on ne s'étendra pas sur les personnages féminins, sans le moindre relief, ni sur l'enfant incarné par Jacob Tremblay, pièce rapportée censée donner à l'ensemble une tonalité Amblin totalement hors-sujet.

Déjà pas fameux, le bilan s'aggrave davantage lorsque l'on aborde la facture formelle du «machin» (parce que long-métrage, ce serait lui faire trop d'honneur). Alors que l'on était en droit d'exiger des scènes d'action emballées avec un minimum de savoir-faire, le résultat n'est pas loin du foutage de gueule intégral. Mal découpés, privés du sens le plus élémentaire de la géographie, éclairés à la va comme j'te pousse et handicapés par un production design très pauvre et des effets numériques discutables (le gore en image de synthèse, on en peut plus !), les divers affrontements plongent le spectateur dans un embarras profond. Pour un blockbuster à 150 millions de patates, on serait presque en droit de croire que la production a été mise en gestion par les époux Fillon et Bygmalion, leaders mondiaux de l'emploi fictif et de la surfacturation. Les derniers outrages nous sont par ailleurs assénés par le score d'Henry Jackman, relecture cheap et peu inspirée de l'original d'Alan Silvestri, des toutous extra-terrestres moches qui ne servent pas à grand-chose et un épilogue à la Power Rangers. Et si on arrêtait les frais ?

Alan Wilson










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