HALLOWEEN
Etats-Unis - 2018
Image de « Halloween »
Genre : Horreur
Réalisateur : David Gordon Green
Durée : 106 minutes
Distributeur : Universal Pictures
Date de sortie : 24 octobre 2018
Film : note
Jaquette de « Halloween »
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site officiel
LE PITCH
Incarcéré après sa virée meurtrière à Haddonfield durant la nuit du 31 octobre 1978, Michael Myers s’apprête à être transféré vers un nouvel établissement de haute sécurité. Traumatisée, psychotique, Laurie Strode se prépare à combattre celui qui a tenté de la tuer il y a quarante ans...
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méfiez-vous des imitations !

Nouveau producteur et nouveau départ pour la franchise Halloween. Succédant aux terribles frangins Weinstein, le nouveau pape de l'horreur low cost, Jason Blum, laisse les coudées franches à un duo inattendu, David Gordon Green et Danny McBride, des habitués de la comédie qui tâche mais aussi du drame social (enfin, surtout le premier). Cerise sur le gâteau : John Carpenter himself a décidé de s'impliquer dans le projet. Un gage de qualité ? Pas tout à fait.

Le point de départ de ce onzième film n'est pas totalement inintéressant. Confrontés à une chronologie un peu bordélique et une cohérence discutable, Green et McBride choisissent d'ignorer les séquelles et les remakes et de faire table rase du passé. Halloween 2018 est donc, en théorie, une suite directe mais tardive d'Halloween 1978. Michael Myers et Laurie Strode ne sont plus frères et sœurs, la descendance de la baby-sitter traquée n'est plus la même (adieu Danielle Harris et Josh Hartnett) et il n'est plus question de secte païenne manipulant le boogeyman comme dans Halloween 6. Lorsque débute le film, Myers n'a plus étripé qui que ce soit depuis quatre décennies et vieillit dans un mutisme perpétuel à l'asile de Smith's Grove. Et en le relâchant dans la nature de la même manière que par le passé (une évasion nocturne avant un transfert), on comprend tout de suite que l'on a affaire à un vrai remake maquillé en fausse suite. Un Halloween taillé à la fois pour la nouvelle génération, avec un casting de jeunes totalement interchangeables, une photo numérique et dégueulasse pour faire sale et réaliste et de la violence frontale, mais aussi un Halloween qui s'adresse aux fans de la première heure en ramenant Jamie Lee Curtis et John Carpenter au bercail et en multipliant les clins d'œil plus ou moins subtils. Il suffit d'un plan-séquence (très réussi au demeurant) pour comprendre la schizophrénie du concept. En se baladant dans les rues d'Haddonfield, Michael Myers commet deux meurtres totalement gratuits et sans incidences sur l'intrigue. Le premier meurtre se déroule hors-champ tandis que le second s'étale plein cadre. Comme si on cherchait à nous prouver que la suggestion old school pouvait cohabiter sans le moindre changement de point de vue avec une violence moderne complaisante et ultra-réaliste. Un grand écart inconfortable et mal géré qui déséquilibre le film dans sa totalité et l'empêche in fine de viser plus haut que n'importe quel fan film visible sur Youtube.

 

Michael Où es-tu ?


Mais ce qui plombe méchamment le film de David Gordon Green, c'est son approche méta gratuite, assez méprisante et maladroite. L'entrée en matière s'effectue par le biais de deux journalistes réalisant un documentaire (pardon, un podcast, ça fait plus disruptif) sur les crimes de 1978. Leurs commentaires, d'une lourdeur pas croyable, se contentent de surligner platement le fond du classique original de John Carpenter. Ecrits à la truelle, ces deux personnages ne servent pas à grand-chose et handicapent la narration à coups de banalités ronflantes. Myers est une icône du mal, il est insaisissable, et blablabla... D'autant plus agaçant que les scénaristes cherchent fréquemment à affirmer leur supériorité et leur légitimité vis-à-vis des séquelles et des remakes en ridiculisant certains de leurs aspects (le lien de famille entre Michael et Laurie) et en dénonçant leur opportunisme, le tout au détour d'une réplique confiée à la nouvelle bande d'ados. D'une part, quand on continue d'exploiter un filon, ça n'est pas QUE pour la beauté du geste mais bien pour contenter le public en s'assurant que les dollars continuent de tomber dans le tiroir-caisse. Rien de mal à cela mais on se passera de la posture cynique. D'autre part, Halloween 2018 a beau s'en défendre mais il croque à pleines dents dans les films qui l'ont précédé et ne propose RIEN d'original.
Mal construit et carrément laborieux, l'enchaînement d'un acte à l'autre est censé nous mener tout droit vers l'affrontement entre Laurie Strode et Michael Myers. Une revanche déjà au cœur d'Halloween 20 ans après (ou H20 pour les intimes) de Steve Miner. Comme dans le film de 1998, les rôles du chasseur et de la proie s'inversent et le croquemitaine se prend une dérouillée façon Maman, J'ai Raté l'Avion ! Quant au compteur de cadavres, il s'affole avec la même régularité que dans les opus 2,4 et 5. Les emprunts ne s'arrêtent pas là avec tonalité automnale et white trash, quelques scènes et une nouvelle héroïne (Andi Matichak et Scout Taylor-Compton, même combat) qui évoquent sans se gêner les deux films de Rob Zombie.

Forcé de composer avec des ambitions nombreuses et contradictoires, David Gordon Green manque de rigueur aux entournures et le cœur émotionnel du film, la réunion de trois générations de Strode (la grand-mère, la fille, la petite-fille), est réduit à peau de chagrin. Il y avait pourtant tellement à dire sur la transmission des névroses et les relations mère-fille. Ne reste plus qu'à se laisser balader par un slasher routinier mais correctement emballé où le plaisir de retrouver une Jamie Lee Curtis en forme olympique et le score très bien troussé de Carpenter & Cie finit par emporter l'adhésion. De justesse.

Alan Wilson








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