LA BALLADE DE BUSTER SCRUGGS
The Ballad of Buster Scruggs - Etats-Unis - 2018
Image de « La Ballade de Buster Scruggs »
Genre : Western
Réalisateur : Joel Coen, Ethan Coen
Musique : Carter Burwell
Durée : 133 minutes
Distributeur : Netflix
Date de sortie : 16 novembre 2018
Film : note
Jaquette de « La Ballade de Buster Scruggs »
portoflio
LE PITCH
Musicien itinérant et pistolero virtuose tout de blanc vêtu, Buster Scruggs traverse les saloons et enchaînent les duels, toujours en compagnie de Dan, son fidèle destrier…
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recyclage à O.K. Corral

Huit ans après True Grit (on aurait aussi pu citer No Country for Old Men mais bon ...), les frères Coen reviennent au western par la case Netflix. Pour rendre un hommage aussi complet que possible à ce genre fondateur, les frangins s'essaient au film à sketches. S'ils ne trahissent jamais leurs obsessions ni leur vision cruelle et ironique d'une humanité décidément très imparfaite, ils se prennent pourtant les pieds dans un exercice narratif qu'ils maîtrisent mal.

Les six chapitres qui composent La Ballade de Buster Scruggs proviennent des carnets d'écritures de Joel et Ethan Coen, une compilation d'idées et d'ébauches de scénario consignées sur une période de 25 ans. D'où l'impression d'assister à un « best of » des thèmes et des genres que les frères ont abordés tout au long de leur carrière. On passe ainsi de la comédie loufoque à tendance cartoonesque (Arizona Junior) au drame mélancolique (Barton Fink) en passant par la fable criminelle absurde et cinglante (Fargo) et le conte initiatique (O' Brother), sans oublier de réfléchir sur la mort et la condition humaine (No Country For Old Men), les saltimbanques au creux de la vague (Inside Llewyn Davis) et les loosers qui camouflent leur bêtise avec un langage châtié (Ladykillers). Dommage qu'ils ne se donnent pas le temps de développer convenablement chacune de ces histoires.
Il était prévu à l'origine de livrer une mini-série. Six moyens et longs métrages indépendants les uns des autres. Bizarrement, les Coen ont préféré condenser et regrouper le tout dans un format unique d'un peu plus de deux heures avec les pages d'un vieux livre pour seul fil conducteur. Si le changement de tonalité d'une histoire à l'autre n'est pas un problème en soi (la cohésion est assurée par la superbe photo de Bruno Delbonnel et la texture très authentique du score de Carter Burwell), la narration est d'une maladresse inédite pour des auteurs plus habitués à laisser infuser leurs idées sur la durée. Chaque épisode, sans exception, souffre de raccourcis hasardeux, d'ellipses foutraques et de conclusions mal négociées. Un comble pour un film récompensée pour son scénario à Venise (une preuve supplémentaire que les prix dans les grands festivals, c'est vraiment la loterie). Les Coen sont partis d'ébauches, nous l'avons précisé plus haut, et n'ont livré que des ébauches.

 

cadavres exquis


Puisqu'il serait vain de se limiter à une vue d'ensemble, une autopsie en six parties s'imposent.
« La Ballade de Buster Scruggs » ouvre le bal et donne au film son titre. Déjà très handicapé par le cabotinage insupportable de Tim Blake Nelson et des chansons pas drôles, ce premier segment ne raconte pour ainsi dire pas grand-chose, si ce n'est rien du tout. On retiendra pour seul éclair de génie, la mort surprenante et hilarante d'un Clancy Brown patibulaire mais presque.
« Près d'Algodones » relève un peu le niveau. Les dix premières minutes fonctionnent du feu de Dieu avec un James Franco absolument parfait dans la peau d'un braqueur malchanceux confronté à un banquier retors. Puis, tout s'emballe et une dernière réplique brillante ne suffit pas à réparer la frustration d'un potentiel gâché.
« Ticket Repas » est un tout autre animal. Forain vieillissant et taiseux exploitant un homme tronc qui hypnotise les badauds avec son talent d'orateur, Liam Neeson offre sans doute la performance la plus impressionnante de toute sa longue filmographie. Un véritable diamant noir à la conclusion trop prévisible pour convaincre totalement.
« Gorge Dorée » Formellement splendide, ce quasi one man show de Tom Waits en chercheur d'or est aussi une métaphore lourdingue sur le viol de la nature par la main de l'homme. Autant revoir le prologue dantesque d'Eureka avec Gene Hackman, chef d'œuvre méconnu de Nicolas Roeg.
« La Fille Qui Fut Sonnée » est la seule véritable réussite du lot, même si la fin ne fonctionne qu'à moitié. Outre la progression lyrique d'un convoi de chariots à travers l'Ouest Sauvage qui rappelle les westerns de Kevin Costner, la relation qui se tisse entre la jeune Zoe Kazan et un cowboy timide devrait encourager les frères Coen à verser plus souvent dans le romantisme.
« Les Restes Mortels », bavard et paresseux, tente de concilier le Quentin Tarantino des Huit Salopards et un fantastique à tendance gothique. Convenu et sans le moindre intérêt même si Brendan Gleeson chante très bien.

Fin. Vous pouvez éteindre la télévision et reprendre une activité normale.

Alan Wilson










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