ASSASSINATION NATION
Etats-Unis - 2018
Image de « Assassination Nation  »
Genre : Thriller
Réalisateur : Sam Levinson
Musique : Ian Hultquist
Durée : 108 minutes
Distributeur : Universal Pictures
Date de sortie : 5 décembre 2018
Film : note
Jaquette de « Assassination Nation  »
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LE PITCH
Lily et ses trois meilleures amies, en terminale au lycée, évoluent dans un univers de selfies, d’emojis, de snapchats et de sextos. Mais lorsque Salem, la petite ville où elles vivent, se retrouve victime d’un piratage massif de données personnelles et que la vie privée de la moitié des habitants est faite publique, la communauté sombre dans le chaos. Lily est accusée d’être à l’origine du piratage et prise pour cible. Elle doit alors faire front avec ses camarades afin de sur...
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Doom Generation

Il ne nous était pas venu à l'esprit que le rejeton de Barry Levinson, Sam, puisse faire preuve d'autant d'audace. Et pourtant, il faut croire que Barry a enfanté un monstre. Incontrôlable par-dessus le marché. Un mec capable de citer sans sourciller Ténèbres de Dario Argento (le plan séquence du home invasion) et Gaspard Noé (les cartons bleu-blanc-rouge en ouverture du film). Un mec capable de réaliser un film pas vraiment délicat mais souvent brillant, d'une radicalité politique rare, et qui ne s'excuse de rien. Pas même d'un dernier acte pétaradant mais finalement assez ennuyeux.

Levinson ne s'en embarrasse pas de subtilité quand il décide de placer son histoire dans la ville de Salem, de manière à BIEN faire comprendre à tout le monde que c'est de la figure de sorcières dont il va causer. Pas de nez crochu ni de balai: ici, on parle de la sorcière dans son acception la plus moderne, soit une incarnation subversive de la libération des femmes. Mais pas subtil ne veut pas dire pas malin. Sam Levinson saisit quelque chose de l'air du temps, et, avec une acuité étonnante et sans moralisme aucun, croque le portrait de quatre adolescentes, Lily, Sarah, Bex et Em. Vivant à travers l'écran de leur smartphone, dans le désir d'une sexualité libre qui ne les objectiverait pas, elles sont en opposition avec la génération de leurs parents, régulièrement ridiculisés et déshumanisés (ceux de Lily notamment). L'histoire, celle d'une fuite de données personnelles qui va pousser les « honnêtes gens » de Salem à entamer une meurtrière... chasse aux sorcières, accumule les enjeux anxiogènes qui mettent le spectateur dans une position inconfortable. Il nous est en effet impossible de ne pas songer à notre réaction si pareille chose nous arrivait.

 

run ! Bitch, run !


A l'image de la rupture entre les générations, le film est divisé en deux parties nettes. D'abord une chronique adolescente sous inspiration claire de Roger Avary (Les Lois de l'attraction) qui prend le temps d'installer les personnages et les enjeux humains, le tout dans une mise en image pop et clippée. Puis, une classique structure en entonnoir emmène irrémédiablement le spectateur vers cette fameuse fuite qui va faire vriller toute la ville et transformer la chronique décomplexée en jeu de massacre particulièrement gore. Exercice filmique qui n'est pas sans rappeler la franchise American Nightmare.
Le directeur de la photographie, Marcell Rév, déjà aux commandes de l'incroyable (et éminemment politique lui aussi) La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó, empile les morceaux de bravoure, multiplie les mouvements d'appareil complexes et les plans séquences spectaculaires. Cette photo, tout comme le rythme effréné du découpage, embarque le spectateur pour ne plus le laisser respirer. Mais, à vouloir aller trop vite, Sam Levinson en oublie ses fondamentaux. Si les seconds rôles brillent, le réalisateur échoue à réaliser le véritable film de bande promis, la faute à une caractérisation très inégales des héroïnes - seul deux sur quatre sont véritablement incarnées. Et le film, emporté par son élan, vire dans son dernier acte à la tarantinade de mauvais goût, faisant de ses héroïnes des icones badass. On n'a rien contre en soi, mais ce délire fantasmatique très masculin est si éloigné de ce que le long-métrage proposait jusqu'alors qu'il finit par le déséquilibrer. La résolution de l'intrigue, rigolarde et pas bien maligne, n'arrange rien, et n'est pas à la hauteur de l'heure et demi tendue comme un arc qui vient de nous être offerte.

Malheureusement Assassination Nation a essuyé un four monumental aux Etats-Unis (pire première semaine de l'année !). Les raisons sont certainement complexes, mais on ne peut pas s'empêcher de souligner l'absurdité du système de classification américain. Bardé d'un classement R (interdiction aux moins de 17 non accompagnés), le film est condamné, en salle, à ne pas trouver le public auquel il adresse en premier lieu sa charge politique et progressiste : les adolescents. Il n'y a rien de beaucoup mieux à espérer de notre côté : sa sortie française, accompagnée d'une bien plus acceptable interdiction aux moins de douze ans, se faisant sur une toute petite combinaison de copies. Souhaitons-lui de faire son bout de chemin en vidéo, en SVOD, ou par tout autre moyen que la loi réprouve, tant son potentiel de film générationnel semble évident.

François Willig










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