TRèS COURT INTERNATIONAL FILM FESTIVAL 2016
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C'est pas la taille qui compte

Présidé cette année par l'actrice Aure Atika (qui a réalisé 3 courts métrages), le festival international Très Court se déroula du 3 au 12 juin 2016 dans 19 villes de France et 83 dans le monde pour un total de 30 pays! A Paris, c'est toujours au Forum des images que l'événement a eu lieu les 10, 11 et 12 juin. Rassemblement mondial ayant regroupé l'an dernier plus de 30 000 spectateurs (dont 10 000 en France), le festival proposa au public plus de 150 films. Répartis dans 3 compétions et 4 sélections thématiques, 6 prix dont celui du public ont été décernés. L'originalité est à l'évidence dans le format: trois minutes et pas une de plus! La durée d'une génération collée à son smartphone, perdue dans une information jetable parfois à la limite de la nausée. Le Très Court se veut lui, paradoxalement, instants de vie, circonvolutions oniriques ou matrice de la réflexion. Une bouffée d'air à coup sûr salutaire et in fine inspirante.


Au programme du Forum des Images à Paris, on a donc pu s'enivrer des compétitions suivantes:

Vendredi 10 juin :
Projection Compétition Internationale 1 et 2 + Remise de prix Compétition Internationale 1 / 2

Samedi 11 juin :
Projection Sélection Familiale et échange avec les enfants
Projection Sélection Animation + Projection Sélection Music'n'Dance
Projection Compétition Internationale 1 + Projection Compétition Paroles de Femmes + Remise de prix Compétition Paroles de Femmes
Projection Compétition Internationale 2 + Projection Sélection Ils ont osé «Trash'n'Glam»

Dimanche 12 juin :
Projection Compétition Différences et échange avec le public
Projection Compétition Paroles de Femmes + Projection Sélection Music'n'Dance
Projection spéciale Web-séries

Parmi les morceaux choisis, on citera par exemple en Compétition Internationale : The magic diner de Niclas Larsson (États-Unis) ou quand Twilight Zone rencontre l'esthétique d'Aki Olavi Kaurismäki ! Surprenant et singulier. Rollin' Safari d'Anna Habermehl, Constantin Päplow et Kyra Buschor (Allemagne) mise lui sur la carte du décalage en se moquant d'animaux sauvages ayant: soit abusé de la bonne chère, soit de la bonbonne de gaz. Magnifié par une maîtrise technique bluffante, le court-métrage est drôle et souffle un vent de fraîcheur. Dans un tout autre registre, le sombre et terrifiant Partly tired slightly dead d'Oleksii Sobolev et Misha Koroteev (Ukraine) vise lui en plein cœur. Coucher de soleil parmi les tombes et ambiance militaire lourde, inutile d'extrapoler sur les cicatrices transperçant le film, l'origine du métrage suffit à expliciter son propos.

Dans la Compétition Paroles de Femmes : A Great Personality Is Just Skin Deep de John Schwab et Timothy Beckmann (Royaume-Uni) décide quant à lui d'étudier les réactions décalées d'hommes forcément bien intentionnés face aux photos de CV peu engageantes... Lorsqu'une incendiaire brune toute droit sorti d'un polar des années 50 se présente (rien à voir avec le sésame donc), les réactions sont pour le moins coquasses. Une originalité bienvenue qui sent le vécu ! Feliz Cumpleaños d'Alberto Gallego (Espagne) n'est pas à mettre lui devant toutes les mirettes. Adulte, glauque, sexuel, révoltant et insultant, le film est un vrai cri de rage sacrément éprouvant. Oui, oui, le tout en 3 minutes ! On laisse donc la discrétion à chacun de s'y abandonner ou pas.

En Compétition Différences : Passionnément de Romy Yao (France) est l'un de nos chouchous. Projet solo techniquement inattaquable, le film évolue entre grâce et circonspection avant de vous gifler dans ses trente dernières secondes. Ou quand une danseuse étoile se réveille doucement et joue de ses bras pour tendre à la volupté avant de nous révéler son secret. Un miroir salvateur qui nous met le nez sur le reflet de nos certitudes. Un très beau film. En Sélection Animation : Tokyo Cosmo de Takahiro Miyauchi fut également une très belle découverte. Porté par une bande originale au diapason, ce film d'animation indépendant jongle constamment entre émotion, clins d'œil cinéphiles et onirisme. Une très jolie balade au pays des songes.

Pour en finir avec les films d'animation, on vous conseille également AMA de l'école de Gobelins. Élèves de la promotion 2015, le court sera présenté à Annecy cette semaine, en compétition, dans la catégorie "Films de fin d'études". Balade poétique sexy lorgnant du côté des estampes japonaises d'Hokusai ou du récent chef-d'œuvre Les Contes de la princesse Kaguya, on salue le talent confirmé d'année en année de ce qui est considéré comme la meilleure école d'animation au monde. Cocorico.

On pourrait enfin citer dans la Sélection Ils ont osé "Trash'n'Glam" : le complètement barge et dégueulasse (mais bien foutu) Crow Hand !!! de Brian Lonano (États-Unis). Ici, un type ramasse (malgré les conseils de sa chère et tendre) une sorte de talisman en forme de corbeau avant de sacrément le regretter. Bien fun, on est là dans le pur délire trash-gore-con. Bref, c'est cool. Cowboy rampage 3 du bien nommé Alan Chiasse (France) est lui une petite déclaration d'amour au western et au cinéma de Tarantino (sans les moyens mais surtout l'originalité). Réalisé en 2012, on imagine l'orgasme du bonhomme devant les récents Django et Huit Salopards. Beaucoup plus inspiré et spectaculaire, le film d'Aaron Paradox : Kensho nous noie lui dans des nappes vaporeuses ressemblantes à du Mogwai et hypnotise son public de sa maîtrise technique et narrative. Un pur bijou et sans doute l'un des films les plus aboutis vu cette année. On ne doute pas une seconde de la carrière du bonhomme. Bla bla bla, Last Job on earth... impossible de se montrer exhaustif tant la manifestation regorge de pépites ! Attention, tout n'est pas extraordinaire et pas mal de courts tombent à plat, mais force est de constater qu'on trouve ici le haut du panier mondial en matière de courts-métrages.

Du Golfe de Guinée au Pacifique Nord, de La Rochelle à Alba lulia en Roumanie, les 4 sélections et 3 compétitions ont à n'en point douter surpris et rassasié les cinéphiles du globe. Longtemps vu comme le petit film, celui d'avant le « vrai », le court-métrage est aujourd'hui établi comme un format à part entière. Le Très Court permet donc des expérimentations innovantes et spectaculaires, reflets de la création contemporaine. Cette année les héros furent donc sans domicile fixe, migrants économiques, victimes mais aussi insouciants ou hédonistes. Les nouveautés technologiques fascinent, dérangent ou redéfinissent en profondeur notre société (consommation du dématérialisé, journalisme grand public, piratage ou protection des libertés individuelles) mais au milieu de ce maelström, la quête de sens s'impose plus que jamais aux créateurs et au public. Une proposition originale en forme de main tendue aux sans voix du monde entier, ça ne se refuse pas, ça se salue. A l'année prochaine !

Jonathan Deladerrière




















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