FESTIVAL EUROPéEN DU FILM FANTASTIQUE DE STRASBOURG 2016
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Compte rendu entre Maniaques et requins

S'étant déroulée du 16 au 25 septembre, la 9ème édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, FEFFS pour les initiés, fut riche en émotions, en bon cinéma et en initiatives payantes. Retour sur 10 jours au service du fantastique.

Daniel Cohen et ses équipes ont une nouvelle fois remis le couvert avec succès. Gagnant en ampleur d'année en année, grâce à une qualité de festival récompensée à juste titre par la ville de Strasbourg, le FEFFS cuvée 2016 n'avait que de bons crus à proposer à des festivaliers toujours prêts à jouer le jeu. Si l'ambiance dans les salles est moins présente que sur son confrère/concurrent géromois (mais les alsaciens sont beaucoup plus sages), tout est déployé pour que les festivaliers passent un agréable moment et ce pendant 10 jours, soit le double du festival vosgien. Privilégiant le genre plus que le média, c'est à travers des expositions (tel que Star Trek, pour son 50ème anniversaire), une compétition et un espace dédié aux jeux-vidéos, un village fantastique et des initiatives au service de son public que les équipes du FEFFS nous permettent de découvrir le fantastique sous toutes ses formes. A commencer bien sur par sa compétition officielle cinématographique.

 

une compétition de haut niveau


Après une ouverture sur l'excellent et attendu Swiss Army Man (hors compétition) du jeune duo Daniel Kwan / Daniel Scheinert, narrant les aventures du paumé Paul Dano accompagné du cadavérique mais utile Daniel Radcliffe, la compétition pu prendre place. Que faut-il retenir de cette sélection ? Il est rare de le dire ou de l'écrire, mais à peut prêt tout. A commencer par I Am not a Serial Killer de Billy O'Brien. Adaptation d'un roman à succès de Dan Wells, cette petite histoire d'un adolescent légèrement sociopathe (Max Records) et de son mystérieux voisin (Christopher Lloyd, qui vous fera oublié Doc Brown en 2 scènes) a beau rester tout public, elle n'en demeure pas moins prenante et agréablement bien menée. Récompensé par le Mélies d'Argent, le film de Billy O'Brien, concourra donc pour le Mélies d'Or pour la suite de son parcours en festivals. Du sociopathe il en est également question dans le film de séquestration Pet, de Carles Torrens. Dominic Monaghan y incarne un employé de chenil séquestrant dans une cage une fille l'ayant éconduit. De l'enfermement physique à l'enfermement mental, Torrens brouille les pistes au point de constamment inverser les rôles. Malgré de grosses ficelles scénaristiques, le film est diablement efficace. Une efficacité qui ne fait pas défaut au gustatif K-Shop de l'anglais Dan Pringle. Critique des dérives festives des britanniques, K-Shop confronte le jeune Salah, vendeur de Kebab le jour, vigilante meurtrier la nuit, à la faune nocturne imbibée d'alcool. Pas sur que la viande utilisée soit 100% halal, mais on vous laissera le soin de le deviner en regardant une œuvre qui a valu quelques foudres de l'industrie du tourisme à son réalisateur.

On passera sur le sympathique film de super-héro italien They Call me Jeeg de Gabriele Mainetti et les soporifiques Shelley de Ali Abassi, et The Open du français Marc Lahore. Si ces derniers restent très acceptables pour un festival fantastique, ils représentent tout de même le bas du panier de cette édition. Non loin de là se trouvent la préquelle de Dernier train pour Busan, le film d'animation Seoul Station, également réalisé par Yeon Sangho. Un film que l'on souhaite retrouver en bonus d'un futur Blu Ray, afin que les spectateurs découvrent cette histoire développant les mêmes thèmes que Busan, tout en allant plus loin encore dans la critique de la société coréenne. Un parfait complément. Fun et efficace, repartant avec la mention spéciale du jury, Another Evil de Carson Mell, fleurte avec ces films d'horreurs légers mais au pouvoir de séduction immédiat, dans la veine de ce que peut proposer la petite bande d'Adam Wingard (You're Next). Carson Mell impose une histoire de fantômes comme on aimerait en voir plus souvent, maitrisée, jamais cynique malgré un humour bien présent. Autre figure classique du fantastique, le vampire se retrouve au centre du récit de Transfiguration de Michael O'Shea. Suivant les déboires d'un jeune orphelin New-yorkais, Transfiguration navigue à la frontière de l'horreur et du fantastique. Fasciné par le mythe du Vampire depuis le suicide de sa mère, le jeune Milo devient un chasseur urbain assoiffé lorsque qu'il n'a pas la tête plongé dans Stoker ou les yeux rivés sur Murnau. Le film aurait pu gagner en classe et en efficacité si il ne cherchait pas constamment à se coller des étiquettes arty et indy alourdissant une mise en scène sobre; les références à outrance (John Ajvide Lindqvist, membre du jury, a du apprécier que Morse soit cité 45 fois) n'aidant pas non plus. Reste une oeuvre dont se dégage tout de même une certaine sensibilité et un portrait de société touchant.

Là où échoue Transfiguration, réussit l'iranien Under The Shadow de Babak Anvari. Attaque frontale sociétale, mise au point historique et géopolitique, le film réussit parfaitement à mêler une fable fantastique avec un contexte constamment justifié. Shideh et sa fille Dorsa doivent à la fois lutter contre des Djinns maléfiques et une société archaïque, dans un Téhéran en conflit avec l'Irak à la fin des années 80. Terrifiant et révoltant. Une efficacité dont fait également preuve le premier film de Julia Ducournau, Grave (pour gravissime, et non l'anglais de tombe, comme le prononçaient bon nombre de festivaliers) qui fut le film choc de cette 9ème édition. C'est aussi celui qui fit la quasi-unanimité, remportant à la fois le Prix du Public et l'Octopus d'Or, laissant sa talentueuse et magnifique réalisatrice repartir émue et les bras chargé en statuettes. Percutant, et jusqu'au boutiste, aussi bien dans sa mise en scène que dans son réalisme gore, délivrant des images aussi fortes que leur sujet. Grave, dont on préférera son titre français à celui choisi pour l'international, Raw, beaucoup trop évocateur et moins puissant, représente bien le renouveau du cinéma horrifique français. Un cinéma beaucoup moins fantastique, mais efficace dans son enchevêtrement avec le réelle, à l'image de Ni le ciel, ni la terre de Clément Cogitore, qui a avait fait sensation lors de l'édition précédente...et auquel Julia Ducournau a participé à l'écriture. Une artiste à suivre de prêt !
Autre artiste, ayant remportée l'attention des spectateurs, Anna Biller, nous a permis de découvrir un petit ovni dans cette sélection dont le fil rouge était une certaine implication du fantastique dans un contexte réaliste, social et politique. The Love Witch est un film à part. Séduisant et flamboyant, à l'image de sa protagoniste et actrice principale. Elaine (Samantha Robinson) est une sorcière usant de filtres d'amour pour chercher son prince charmant. Sous un aspect soap un peu niais, The Love Witch, tend vers un cinéma italien coloré, que ne connait pourtant absolument pas Anna Biller. Egalement scénariste et productrice, Biller a passé plusieurs années à concevoir son film en solitaire, restant hermétique à toute influence. Le résultat vaut le détour.

 

à la croisé des genres


L'une des forces du FEFFS se trouve bien dans sa sélection Crossovers, section parallèle pour la première fois en compétition. Et comme presque chaque année, le meilleur cru se trouve ici, parmi les polars et autres westerns, fleuretant légèrement avec l'horreur ou le fantastique, sans jamais vraiment embrasser le genre.

Opération Avalanche, voit l'arrivée sur les écrans français de Matt Johnson, qui avait fait sensation il y a trois ans avec son incroyable The Dirties, avant d'être mis en avant par Kevin Smith. A la fois documenteur et film de fiction, suivant les déboires d'une section de la CIA, chargée de tourner le faux alunissage en cas d'échec de la NASA dans la course à la lune, Opération Avalanche, même si il marque les limites narratives du cinéma de Johnson, est une deuxième réussite. Si il y en a un qui ne connait aucunes limites, c'est bien Christopher Smith. Avec Détour, comme à son habitude, Smith s'approprie les codes d'un genre (ici le polar 90's à la U-Turn) sans jamais tomber dans le cliché. Il embarque pour un road movie tendu trois stars montantes, Tye Sheridan (Mud), Emory Cohen (The Place Beyond the Pines) et Bel Powley (The Diary of a Teenage Girl) et livre une nouvelle fois une pépite d'écriture au montage exceptionnel. Detour était le grand favori pour la récompense mais Psycho Raman de Anurag Kashyap la lui subtilisa dans les derniers jours. Il faut dire que cette affrontement énervé entre un tueur en série particulièrement marquant et un flic borderline, accro à la coke, au sexe et à la gâchette, a de quoi séduire. C'est un peu Hannibal Lecter qui serait poursuivi par le Bad Lieutnant, dans un Mumbai poisseux et torride. Le film déborde d'une énergie communicative, sans doute ce qui le fit gagner face au Christopher Smith. L'autre prétendant évident se devait d'être Trash Fire de Richard Bates Jr. (Vainqueur du prix du Jury en 2012 avec Excision). Lorsque qu'un jeune couple, Owen et Isabel, éprouve des difficultés à l'idée d'être parents, on commence avec des joutes verbales dignes de Woody Allen, mais rapidement la famille entre en jeu...et les shotguns avec ! Il faut dire aussi qu'être persuadé comme Owen, d'avoir tué ses parents et défiguré sa soeur à 80% dans un incendie, n'aide pas à la cohésion familiale !

Intéressante et tristement réaliste, la dystopie de Creative Control est assez renversante dans son traitement des nouvelles technologies. David, est un créatif publicitaire chargé de la campagne d'un logiciel de réalité augmentée, qui va principalement décupler ses angoisses et ses fantasmes. Benjamin Dickinson (réalisateur et 1er rôle) arrive nous éprouver et nous intriguer avec une oeuvre ancrée dans le réel, mais ne lance pas une croisade anti technologie pour autant. Google Glass ou cours de yoga, tout est néfaste si l'on ne cherche qu'à combler nos envies de façons artificielles. A l'opposée de ces méandres techno-philosophiques se trouve Outlaws and Angels de JT Mollner. Pas grand chose à retenir dans ce western âpre et rentre dedans, en dehors d'une recherche de réalisme dans la violence des hommes et de leurs actes. A noter la présence de Francesca Eastwood, la fille de Clint. En restant dans la même thématique, Dogs de Bogdan Mirica, possède le mérite de réussir à déplacer les codes du Western en Roumanie et de nos jours.

 

Midnight movies


Tout festival qui se respecte possède ses traditionnelles séances tardives, faisant le bonheur des spectateurs les plus motivés. On passera rapidement sur cette sélection éclectique pour s'arrêter sur deux films. Tout d'abord Yoga Hosers de Kevin Smith. Force est de constater que nous sommes en présence de son film le moins bon, ce qui est difficile à accepter après les excellents Tusk et Red Sate. Deuxième film de sa trilogie du grand nord, Yoga Hosers va encore plus loin dans la private joke canadienne et n'est absolument pas aidé par un cast assez fade. Reste les Hommes Saucisses Nazi, mais on a tout de même vite fait le tour de la question. L'autre film sensation de ces séances nocturnes est bel et bien l'attendu 31 de Rob Zombie. Si les fans hardcores seront probablement déçus par une violence parfois édulcorée (on se pose dès lors la question sur le montage diffusé) et des séquences brouillons, on en ressort tout de même surexcité et emballé. D'abord car le film est une reprise de ses thèmes de prédilection mêlant les moments clés de sa filmo avec des scénettes complètements folles. Ce croisement entre Massacre à la tronçonneuse (décidément une oeuvre clée dans la cinéphilie de Zombie) et un remake déguisé de Running Man est détonnant. On reste principalement ravi et terrorisé devant le personnage de Doom-Head (Richard Brake), meilleur incarnation officieuse du Joker à l'écran, nous offrant la meilleure intro du cinéma de Zombie, et son plus grand final depuis The Devil's Reject. A ne pas louper !

 

Is that all you got ?


Non. Le programme du FEFFS semble sans fin ! De la rétrospective Universal Monsters (les premiers à les diffuser, deux semaines avant le Festival Lumière à Lyon) à celle sur les Serial Killer (M Le maudit, Cruising, L'étrangleur de Boston...), l'hommage à David Bowie avec The Man Who Fell to Earth ou celles consacrées aux deux principaux invités du festival, Dario Argento et William Lustig (président du jury), la mémoire du Cinéma était bien présente. Les deux maîtres ont d'ailleurs pu offrir, lors de deux masterclass animées par Jean-François Roger, de précieuses informations sur leur carrière, principalement Lustig qui offrit un hommage émouvant à son ami Joe Spinell avant une projection de Maniac des plus terrifiantes.
Et que dire de cette projection de Jurassic Park aux pieds de la cathédrale, permettant à 4 000 spectateurs de vibrer gratuitement aux attaques du T-Rex, ou bien encore de la diffusion des Dents de la mer aux bains municipaux, pour une première française, reprenant l'idée du Festival d'Austin. La magie de Spielberg a une nouvelle fois fait des siennes ! Tout comme Stephen Chow, qui après une cérémonie de clôture, a enflammé la salle avec Mermaid, sa dernière comédie. Farce écolo, Chow, qui bien qu'absent à l'écran, assure le show, et permet de terminer sur une notre plus douce.

 

see ya next year


Vous l'aurez compris, le FEFFS est un festival où l'on n'a pas le temps de s'ennuyer. En passe de devenir le meilleur festival de fantastique en France, on est en droit d'attendre avec impatience l'édition anniversaire de l'année prochaine et de fantasmer le programme et les invités qui nous attendent. Les équipes de Daniel Cohen ont frappé fort cette année avec les présences de Lustig, et d'Argento. Alors qui peut-on espérer ? John Carpenter ? bien ami avec Jean Baptiste Thoret, souvent présent sur le festival. William Friedkin ? Les rumeurs l'annonçaient l'année dernière et remplacé par Joe Dante. Plusieurs grands maîtres comme John Landis ? Pourquoi pas un ciné concert à l'auditorium ? On ne saurait trop en dire à peine cette édition terminée. On compte dès lors sur une participation de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine et une répartition des fonds plus équitable, justifiée et méritée de la part de la région entre Strasbourgeois et Géromois. Car si la ville soutient cette belle initiative et aventure culturelle, la région, répond aux abonnés absents. Une chose est sur, quoi qu'il en soit, Daniel Cohen et toute la team du FEFFS sauront nous accueillir et nous surprendre. A l'année prochaine !

Remerciements à Lucie Mottier de Dark Star Presse, aux bénévoles du FEFFS, et à Gilles Penso !

François Rey




































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