L'éTRANGE FESTIVAL 2016 : COMPTE RENDU
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vents de folies

L'équipe de FreneticArts s'est rendue à l'Étrange Festival, et nous vous avons proposé divers retours détaillés de certains des films du festival. Pour compléter ceux-ci, un petit tour d'horizon de la programmation, essentiellement tournée autour des films en compétition.

À tout seigneur, tout honneur : Alejandro Jodorowsky, qui présentait son dernier film, Poesia sin fin, a obtenu le prix du public. Vu les réactions au sortir des séances, et la beauté poétique du film, celui-ci semblait favori pour cette question, et a confirmé sans peine. En complément de cette avant-première, Jodo a présenté sa « crypto-séance », durant laquelle il a mené une analyse ésotérique du Magicien d'Oz. Même si certains points étaient certes survolés pour faciliter la compréhension au grand public, l'analyse était impressionnante, et les détails plutôt bluffants.

 

groupe de têtes


Côté prix du jury, une double récompense : Headshot et Jeeg Robot se sont partagés le prix (et l'achat d'une diffusion à venir sur Canal Plus, partenaire de l'événement). Le premier est un très sympathique film de frappe des Mo Brothers, avec une partie du cast de The Raid 2, et le second une version italienne du film de super héros, bête de festivals qui a emporté une adhésion colossale dans son pays (avec en tête une multitude de récompenses à l'équivalent italien des Césars). Si les deux films sont clairement très réussis dans leur domaine respectif, le premier reste un peu long, et le second, malgré un évident capital sympathie, n'est pas forcément le chef-d'œuvre annoncé. On regrette du coup que l'accent n'ait pas été mis sur d'autres films plus « étranges ».
En tête de ceux-ci, Sam Was Here, résultat du travail d'une équipe française partie tourner aux États-Unis, qui peut évoquer, rien de moins, un croisement entre Duel (pour la menace quasi anonyme) et certains films de John Carpenter ; malgré un final quelque peu bancal, Sam Was Here est un film d'ambiance au cordeau, issu d'un tournage commando (douze jours !), mystérieux et oppressant. Citons aussi The Lure et ses sirènes rejoignant un cabaret ou, dans une approche assez cousine, le poétique Girl Asleep, qui ont pas mal emballé le public.
Du côté « comédies », Trash Fire, son humour très noir, voire trash (logique), et sa charge contre le fanatisme religieux, a laissé un bon goût de cendre dans la bouche de pas mal de spectateurs ; au contraire du buddy movie Au-dessus des lois, qui récite un peu trop sa formule pour être parfaitement efficace.
Récompensé à Venise quelques jours avant sa projection ici, La Region Salvaje a laissé nombre de spectateurs perplexes, devant son étude de mœurs en mode « porno tentacules ». De notre côté, nous préférons le voir comme une relecture bien plus sérieuse du Elmer de Frank Henenlotter, présenté ici en compagnie des autres films du réalisateur, un des invités du festival cette année. Si, si, on a réussi à faire le lien.
Quelques films de bourrins, outre Headshot, accompagnaient aussi le programme : le quelque peu décérébré, et totalement mégalo, The Bodyguard, ode à la grandeur absolue de son scénariste/réalisateur/chorégraphe/acteur principal/nouveau Bruce Lee ; et le non moins décérébré Terra Formars, adaptation en roue un peu libre du manga éponyme par Takashi Miike.
Côté Asie, c'était aussi l'occasion de découvrir le premier film d'Adam Tsuei, au parcours surprenant, puisqu'il a bossé en tant que président de Sony Music. The Tenant Downstairs, adaptation d'un best-seller, propose une œuvre glaçante et décalée sur le voyeurisme, les limites morales, et les dérives les plus profondes de l'être humain. Déroutant, passionnant ou insupportable, selon chacun.
Mais l'Asie proposait aussi de découvrir deux des films du « renouveau du roman porno », commandé par la Nikkatsu. Passons rapidement sur Wet Woman in the Wind, très mal équilibré dans sa structure, et louons le très bon cru Sono Sion de cette édition, avec le certes un peu abscons mais absolument sublime Antiporno, déclaration féministe qui livre le roman porno quasi définitif.

 

pot-pourri


Pour le reste, passons rapidement sur Interchange, très beau, mais avec d'énormes problèmes de scénario, sur La Vengeresse, un Bill Plympton mineur, ou encore le sympathique The Neighbor de Marcus « The Collector » Dunstan et Psycho Raman, thriller indien manquant un peu de rythme, mais pas de vice, pour nous attarder sur Transfiguration, qui revisite très astucieuse du mythe du vampire, soutenue par deux excellents jeunes acteurs. Si l'ensemble manquait un peu de rythme, la noirceur et la brutalité du récit ne pouvaient pas laisser indifférent.
Hors compétition, l'équipe a pu découvrir l'amusant film de zombies autrichiens Attack of the Lederhosenzombies, le très désolant Officer Downe (le film n'aurait pas été réalisé par le leader de Slipknot, en aurait-on parlé ?), adaptation paresseuse et sans inspiration d'un comics trash, ou encore le brouillon mais plutôt intéressant Terror 5, qui revisite le film à sketchs de façon astucieuse. Plus assurés, When Geek Meets Serial Killer, adaptation de la BD chinoise Le Geek, sa blonde et l'assassin, film très déjanté sur la relation entre un geek meurtrier malgré lui et un serial killer, qui s'essouffle cependant un peu vite, et le dernier Christopher Smith, Détour. Après Triangle, le réalisateur confirme son goût pour les mises en scène complexes, se basant sur des narrations faussement déconstruites et des montages extrêmement riches ; si Détour joue parfois un peu trop le malin, il n'en reste pas moins d'un rigueur impressionnante qui permet au film de proposer un thriller au cordeau.

Au final, au niveau de la sélection en compétition, et des quelques autres nouveautés que nous avons pu découvrir, cette édition 2016 de l'Étrange Festival s'est révélée très homogène, proposant certes assez peu de très grands films, mais épargnant également au maximum les purges insoutenables. En complétant le programme avec des projections riches et variées (une rétrospective Zulawski, des cartes blanches passionnantes, et un programme spécial au Gaumont les Fauvettes), pour un nombre de projections et de films présentés encore jamais atteint, l'Étrange Festival confirme une belle santé, et une volonté plus que jamais affirmée de trouver des films décalés, à la marge, malgré la concurrence toujours plus féroce des festivals se multipliant, et de l'influence toujours grandissante du colossal festival du film fantastique de Toronto. Du coup, une seule conclusion s'impose : vivement 2017 !

Dimitri Pawlowski

















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