PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL 2016: LE COMPTE RENDU
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un festival herculéen !

Du 06 au 11 décembre dernier s'est déroulé dans l'enceinte du mythique Max Linder, la sixième édition du Festival International du Film Fantastique de Paris, ou plus communément PIFFF. Une édition marquant un tournant dans la vie de ce jeune, mais expérimenté, festival de part sa « pré-production » mais également par son changement de salle.

Quand on n'organise pas un festival privilégié dans une petite station de ski, on sait que le moindre changement peut avoir des répercutions importantes. La stagnation aussi, certes, mais déménager un festival ne serait ce que d'une salle à une autre peut avoir des conséquences bénéfiques... ou bien désastreuses. L'ambiance jouant beaucoup dans le succès d'un festival, le lieu accueillant des spectateurs pour la plupart locaux, a un rôle prépondérant. Soit on s'y sent bien et l'on met le feu, revient à chaque séance et se dit en fin de semaine que c'était quand même la meilleure décision à prendre. Soit on se déplace à reculons vers la salle et on jure de ne plus jamais s'y faire prendre. Bien sûr entre ces deux extrêmes, tel les notes que le public attribue à un film en compétition, la pondération est possible. Fantasmée depuis longtemps par Cyril Despontin, le délégué général du PIFFF, la mythique salle du Max Linder est ce qui pouvait arriver de mieux au festival. Ce déménagement vers l'un des plus beaux écrans de France, devient dès lors une sorte de récompense d'une année surchargée en travail, d'un combat de tous les instants. L'auteur de ces lignes le sait bien, lui même étant organisateur de festival, tout peut se jouer sur un mauvais lancé de dés, tout peut s'écrouler dans les derniers instants. Fort de son expérience, Cyril Despontin (Egalement organisateur des Hallucinations Collectives sur Lyon) a su aller chercher le financement nécessaire grâce la plateforme Ullule, solution vitale lorsque les grandes instances que sont la ville de Paris ou la région n'ont pas daigné verser le moindre centime dans une enveloppe pourtant ridiculement basse (18 000 €, une somme pour chacun d'entre nous, une broutille pour un festival de cette envergure...mais broutille nécessaire tout de même). Quand on connait les sommes impliquées dans le « 1er » festival fantastique de France fin janvier au bas des pistes, on ne peut que saluer la persévérance et la passion de personnes comme Daniel Cohen au FEFFFS (Strasbourg, lui aussi boudé par la région, aidé heureusement par la ville) et Cyril Despontin et de leurs équipes de bénévoles (ces personnes ne voyant pas les films et répondant présent pour que nous on le puisse) dans le paysage des festivals français, tout genre confondu.

Passé cette mise au point économique et géographique, le but d'un festival reste de voir des films. Et force est de constater que sous la direction artistique de Fausto Fasulo, le rédacteur en chef de Mad Movies, personne ne s'est moqué du public. Bêtes de compétition, paris cinématographiques, perles asiatiques, la sélection éclectique de ce PIFFF 20016 était mémorable. Si le grand gagnant de la compétition était vendu d'avance (difficile de rivaliser avec l'aspirateur de récompenses de Julia Ducournau) il aurait été bien difficile d'attribuer une médaille d'argent tant chaque œuvre rivalisait d'ingéniosité, d'originalité et dans l'ensemble d'une honnêteté artistique rafraichissante. On reconnait bien là l'influence de Fausto Fasulo (mais de Cyril Despontin également) à vouloir offrir autre chose que du cinéma convenu. Des choix se révèlent payant, le public ayant adhéré à la totalité des œuvres proposées.

 

compétition officielle


Comme vous l'avez lu quelques lignes plus haut, cette année, au PIFFF comme ailleurs (il y a fort à parier que le résultat se répète à Gérardmer en janvier) la compétition ressemblait un peu au championnat de France de foot. On sait qui va gagner et on aborde l'exercice avec plus de recul. Nous en avions déjà parlé sur Freneticarts en octobre, mais I Am not a Serial Killer de Billy O'Brien a permis à tout le monde de se mettre d'accord et de se poser la traditionnelle question de festivalier « Si la suite est du même niveau, on va avoir un grand festival ». Le réalisateur d'Isolation a une nouvelle fois gagné la sympathie du public avec son histoire d'adolescent perturbé traquant un tueur en série aussi étrange que redoutable dans sa petite ville américaine bien paisible. Scénariste fidèle d'Alejandro Amenabar (Ouvre les yeux, Mare Adentro, Agora), Mateo Gil ressort tous ses thèmes de prédilection avec sa seconde réalisation. Realive place le spectateur face à la vie du premier homme décongelé après soixante ans de cryogénisation. La mort, la vie éternelle, autant de thèmes que Gil abordait avec talent en tant que scénariste, mais qui ici peine un peu à éclater, la faute à une réalisation pas vraiment inspirée. Un « film de scénariste » comme diraient certains. On se console avec la présence d'Oona Chaplin et de Charlotte Le Bon, donnant la réplique avec talent à l'anglais Tom Hugues, convainquant en hibernatus des temps modernes. Autre thème classique de la science-fiction, l'homme invisible, bénéficie d'une relecture moderne assez convaincante. The Unseen de Geoff Redknap arrive à ne jamais tomber dans le déjà vu et évite tous les clichés propres au personnage (les laboratoires, les bandelettes, la folie...). Vétéran des SFX sur la série X-Files, les films Elysium, Watchmen et Deadpool, Redknap transpose les aventures de l'homme sans ombre dans la monotonie glaciale du monde ouvrier canadien. S'il arrive à traiter son sujet de manière intimiste, insufflant une métaphore familiale et sociale évidente, Redknap ne maitrise pas encore l'écriture, insérant beaucoup trop d'intrigues et d'antagonistes, réduisant l'efficacité de son film. La force du film réside dans des effets spéciaux pratiques absolument bluffants, mais à voir le CV du bonhomme, on n'en doutait pas vraiment.

Le vigilante culinaire K-Shop de Dan Pringle était également au menu. Cette satire tomate-ognons de la société anglaise résonne de plus en plus comme une dénonciation de leurs moeurs les plus alcoolisées, mais surtout comme une photographie mondiale des tensions raciales. Violent dans ses scènes gores, le film de Pringle n'a aucune pitié pour ses congénères, préférant détruire leur patrimoine ancestral sur l'autel du vice et de l'argent tout en accusant les étrangers d'être la cause du déclin de leur Empire. Une satire qui valu à son réalisateur les foudres des agences touristiques locales. Comme on dit, Il n'y a que la vérité qui fâche. Tout comme Dan Pringle, le français Christophe Deroo (déjà paru dans la section Mad in France de notre confrère Mad Movies) présentait son premier long métrage. Avec son ambiance Quatrième Dimension aussi bien dans la forme que sur le fond, Sam Was Here rappelle le récent 666 Road (ex-Southbound) pour son cauchemar désertique. Mais la comparaison s'arrête là, tant Deroo pulvérise son budget par une réalisation à la fois claustrophobe (alors que nous sommes en extérieur la plupart du temps), une tension paranoïaque et une action explosive lorsque nécessaire. Son personnage est livré à lui même dans le désert des road-movies américains, avec ses motels, ses caravanes de rednecks, ses voitures délabrées, et va devoir survivre à une chasse à l'homme aussi surprenante que sans répit. Oui, les français savent faire du film de genre, et Christophe Deroo en est une nouvelle preuve.
L'autre preuve étant le film dont chaque festivalier ayant croisé son chemin parle depuis le dernier festival de Cannes, Grave de Julia Ducournau. On en a déjà parlé, nous reviendrons plus en détail dessus lors de sa sortie le 15 mars prochain, mais à l'occasion de la présence de la jeune et talentueuse Garence Marillier au PIFFF il est important de noter que si le film fonctionne grâce à ses ruptures de ton, sa réalisation millimétrée à la fois classe et rude, il faut souligner le talent dont font preuve tous les jeunes comédiens. De Garance Marillier donc, mais également d'Ella Rumpf et Rabah Naït Oufella, tous sont d'une justesse permettant à Julia Ducournau de redonner du sens au mot qu'elle a choisi pour son titre, comme elle en avait l'intention. La nouvelle génération française est déjà là et elle promet de grandes œuvres.

 

hors compétition


En dehors du fascinant documentaire David Lynch The Art of Life revenant sur les jeunes années du réalisateur de Mulholand Drive, cette sélection hors compétition était orientée vers le cinéma asiatique. Et on peut dire qu'en ces temps désormais bien éloignés des productions asiat' sortant régulièrement dans les salles ou arrivant facilement sur les rayonnages, une telle sélection avait tout son sens. Surtout que Fausto et Cyril n'ont sélectionné que des films à la fois réussis, mais représentatifs d'une époque révolue sur notre territoire. A commencer par The Mermaid de Stephen Chow, qui sous sa forme de grosse comédie écolo, déglingue la politique chinoise (et mondiale). Le film vient de faire un carton en Chine, mais chez nous, rien à l'horizon, en dehors d'une probable sortie technique en DVD début 2017. Autre réalisateur bien trop rare chez nous, Nick Cheung (que l'on a souvent retrouvé devant la caméra de Johnny To), réussit avec Keeper of Darkness à mettre en boite 105 minutes d'un thriller fantastique typiquement hongkongais. Cheung interprète également le rôle principal, celui d'un exorciste à sensation, chargé par un fantôme de retrouver le meurtrier de sa famille. Keeper of Darkness est un parfait équilibre entre fantastique, action et humour, tout en restant une attachante histoire d'amour. De l'exorcisme il en était question également dans le coréen The Priests de Jang Jae-Hyun, dans lequel on retrouve Kim Yun-Seok, l'acteur fétiche de Na Ong-Jin (The Chaser et The Murderer). Il y campe un prêtre insolite chargé de sauver une jeune fille possédée par un puissant démon ancestral. Là on rigole beaucoup moins, et sans arriver au niveau du chef-d'œuvre de Friedkin, le film fait parti de ce qui se fait de mieux dans le genre. Trois films (surtout les deux derniers, The Mermaid restant quand même atypique et non exempt de défauts) qui rivalisent avec les sorties régulières made in Hollywood. Trois films comme on aimerait en voir plus souvent sur nos écrans.

 

vous en voulez encore ?


Rajoutez à cette sélection pour l'instant sans faute une petite « séance interdite » avec l'inévitable 31 de Rob Zombie, toujours aussi influencé par Massacre à la tronçonneuse et les clowns, qui avec une poignée de dollars a réussit à mettre en place une petite compilation fun et colorée de ses thèmes de prédilection. Tout festival qui se respecte propose bien sûr des séances cultes, afin de donner l'occasion aux spectateurs de découvrir ou de revoir des films du patrimoine du Cinéma sur grand écran. Hardware de Richard Stanley (qui nous honora de sa présence et de son chapeau), Prince of Darkness de Big John, La Fiancée de Frankenstein (dans une séance orientée jeune public), mais surtout deux chef-d'œuvre restaurés : Twin Peaks: Fire Walk With Me (sortie prévue courant 2017...juste avant la série) dans une copie éclatante, reléguant la déjà somptueuse copie proposée dans le coffret Bluray le plus récent, ainsi que le magnifique et terrifiant Opera, restauré en 4K et projeté en présence de Dario Argento. Argento qui était crédité sur un autre film, en tant que monteur, puisque Zombie de Roméro fut projeté lors de la nuit zombies, suivi de Messiah of Evil de Huyck et Katz, et La Nuit des morts vivants de Tom Savini. Que du bon !

Si le PIFFF s'était ouvert sur The Autopsie of Jane Doe d'André Ovredal, un huit-clos particulièrement réussi, grâce à une mise en scène inventive et aérée, et un duo d'acteurs (Emile Hirsch et Brian Cox) investis et convaincants, la séance de clôture aura donné envie à tous les spectateurs de revenir l'année prochaine. Safe Neighborhood est un feel good movie comme on aimerait en voir plus souvent. Surprenant, inventif et vicieux envers son spectateur, ce home invasion à la croisée de Maman j'ai raté l'avion et de You're Next risque de faire parler de lui lors des prochains festivals français. Un film qui risque fort de rentrer dans les top ten de Noël assez rapidement. On terminera avec la section courts-métrages, en en sortant trois du lot. Tout d'abord Vardoger (un photographe de scènes de crimes, devient lui même une proie) de Ludovic de Gaillande, qui même s'il repart bredouille, a démontré un talent assez marqué dans sa réalisation (on est proche du McT des débuts), son montage et son écriture. Dommage pour lui que les derniers plans plombent une intrigue qui fonctionnait parfaitement sans, et que ses acteurs de soient pas au niveau de la réalisation. Dénominateur Commun (un glandeur teste une pilule révolutionnaire) de Quentin Lecocq, qui a remporté sans surprise le prix Ciné Frisson, jouait sur un thème classique du genre (sans spoiler, Michael Keaton a déjà eu le même rôle) et réussissait grâce à un rythme millimétré et à des acteurs parfaits à enchainer les gags les plus drôles. Enfin, repartant avec le prix du jury pour le meilleur court métrage français, Margaux (une jeune fille découvre son pouvoir de séduction et doit fuir une créature) du collectif Les films de la mouche, réussit par a direction d'acteur parfaite et à une réalisation à la fois angoissante (les scènes de harcèlement à l'école) et sensuelle à séduire un jury ayant accordé beaucoup d'importance au jeu dans leurs critères de sélection.

Le PIFFF confirme donc sa place dans le petit cercle des festivals de genre français. Non, ce n'est pas que le « festival mad movies » comme on l'entend un peu trop souvent depuis le départ du journal des terres géromoises. Non, ce n'est pas qu'un festival de parisien pour les parisiens. Le PIFFF a toute légitimité à revendiquer sa place dans le circuit, de part la qualité de la sélection proposée et de part l'implication de ses équipes, bataillant pour son existence alors qu'aucune aide publique ne leur est apportée. Avec le FEFFF de Strasbourg, le PIFFF se place très nettement dans le Top 3 des festivals fantastiques français. Alors, vous savez ou vous rendre l'année prochaine avant les fêtes. Avant cela, on espère vous retrouver sur Ulule, car sans le financement participatif, aucune chance pour le festival de perdurer et de nous proposer autant de pépites.

Merci à Nathalie Lund, Cyril Despontin, Fausto Fasulo et toute l'équipe de bénévoles du PIFFF

François Rey





























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