GéRARDMER 2017 : LE COMPTE RENDU
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Dans une ambiance festive et chaleureuse, la ville de Gérardmer et ses habitants accueillirent son festival de film fantastique pour une 24ème édition fidèle à la ligne de conduite adoptée depuis les dernières années. Une sélection faisant donc à nouveau preuve d'une homogénéité qualitative, aussi bien pour sa compétition que dans les films proposés en accompagnements. De quoi motiver tout le monde à se rendre dans les salles, plutôt que de profiter de la neige et du lac gelé.

Si le spectateur pointilleux, exigeant, et boulimique dans l'accumulation des séances et des déplacements hexagonaux, peut reprocher au festival d'avoir sélectionné plusieurs films de la compétition ayant déjà été présentés dans d'autres festivals (6 sur 10 sur les cinq derniers mois) ou disponibles sur des plateformes VOD (3 films de la sélection sur Netflix), il faut se rendre à une certaine évidence. Tout le monde ne voyage pas de festival en festival et de part la démultiplication des événements (permettant un meilleur accès à ces films ne bénéficiant pas de la lumière des grandes salles au plus grand nombre) la projection de doublons est devenue monnaie courante. Une fois ce faux débat, initié par une augmentation du prix du pass festival, clos, que fallait-il vraiment attendre du cru géromois 2017 ?

Récompensé par le Jury Jeune, le cadavre mystérieux de The Autopsy of Jane Doe d'Andre Ovredal poursuit (et probablement achève) son parcours en festival au bord du lac, ayant à nouveau conquis le coeur des spectateurs. L'occasion pour le réalisateur qui était venu avec Troll Hunters en 2011 de repartir avec le premier prix de sa carrière. Un prix décerné pour sa réalisation inventive et son univers sonore des plus réussis. Babak Anvari nous avait déjà complètement séduits avec Under The Shadow lors du FEFF de Strasbourg, grâce à son talent pour mêler parfaitement l'horreur fantastique avec la terreur réaliste d'une mère laissée seule avec sa fille à Téhéran et sous les bombes. Des esprits démoniaques fantomatiques à ceux totalitaires, difficile de statuer sur les plus effrayants. Disponible actuellement sur Netflix, son film repart avec le prix du Jury Syfy (partenaire du festival) ainsi que le prix spécial du Jury. Autre lauréat du prix du Jury (un prix parfait pour les ex-aequo), On l'appelle Jeeg Robot de l'italien Gabriele Mainetti, un film de super héros atypique, réussit et entrainant, malgré un budget bien inférieur aux productions Marvel. Une réussite qui passe par l'ingéniosité de son réalisateur et la justesse de son écriture.

La rumeur commençait à présager de grandes qualités pour cette exclu française en festival (mais dispo en Blu Ray en Angleterre). The Girl With All the Gifts de Colm McCarthy repart avec le prix de la meilleure bande originale ainsi que le prix du public. Une récompense qui a du se gagner avec quelques voix d'avance, empêchant Julia Ducournau de nous sortir le coup du chapeau. En effet, la réalisatrice française, dont tout le talent explose avec Grave, repart avec les prix les plus prestigieux. Celui de la critique, attribué à l'unanimité, et le Grand Prix du festival. Deux récompenses amplement méritées, tant le cinéma de Julia Ducournau est généreux, intelligent, soigné et intransigeant. Il y a fort à parier que si les séances de Grave avaient été plus adaptées au film (le dernier jour de la compétition, à 11h du matin, il y a mieux pour gagner), le vote du public aurait pu lui être attribué.

A côté des vainqueurs, le reste de la sélection restait assez classe. Après une courte période à vide, conspué par la critique et le public, M. Night Shyamalan confirme le retour amorcé avec The Visit (2015). Split, seconde collaboration avec le stakhanoviste Jason Blum derrière le porte-monnaie, permet à Shyamalan de remontrer qu'il est entre autre un excellent directeur d'acteurs. James McAvoy est bluffant dans le rôle d'un homme aux multiples facettes dont la jeune Anna Taylor-Joy (qui confirme tout le bien que l'on pensait d'elle après sa découverte dans The Witch) va devoir s'échapper. Apposant sa signature qui fit son succès il y a presque vingt ans, Shyamalan réussit à nouveau à laisser le spectateur sans voix à l'approche du générique de fin. C'est peu dire que l'on attend avec impatience son prochain film. Realive de Mateo Gil a séduit la plupart des spectateurs, mais la réalisation de ce petit film de SF reste toujours aussi plate que son scénario est bien écrit.

Le sympathique Orgueil et Préjugés et Zombies de Burr Steers fut une bonne petite surprise de festival. Loin d'être un grand film, cette fresque mêlant la littérature classique de Jane Austen, et des combats d'arts martiaux contre des zombies était rafraichissante à défaut d'être surprenante. Sans oublier que chez Freneticarts, nous sommes des inconditionnels de Matt Smith, et l'apport du 11ème Docteur au film est aussi indéniable. Enfin, le mauvais élève de cette sélection était bien Steven Shainberg avec Rupture. Une histoire qui ne tient pas la route, Noomie Rapace qui en fait des tonnes, un film qui ne va nul part et ne raconte rien, il n'en faut pas plus pour que cette histoire de séquestration remporte l'un des deux cartons rouges du festival.

 

hors competition


Le second carton rouge fut attribué au film de clôture, Incarnate de Brad Peyton. Le réalisateur de San Andreas et des suites de Voyage au centre de la terre et Comme chiens et chats (en même temps, le CV annonce la couleur...) remplit parfaitement le cahier des charges du film « où le public devine tout avant le héros ». En dehors de la présence de Carice Van Houten (et on se demande encore si elle ne s'est pas trompé de plateau), ce film de possession ne possède rien à sauver. Rien. Pas même Aaron Eckhart qui imite Sean Bean dans Game of Thrones (quand on vous dit que Carice pensait être sur un autre tournage...). Le film parfait à projeter quand la moitié de la salle s'est enfuie comme des voleurs avec son invitation pour aller grappiller une coupe de champagne et essayer de taper la bise à Julia Ducournau. Professionnalisme oblige, nous sommes restés devant le film.

Dans la catégorie « on n'aurait pu aller boire un coup plutôt que d'aller à la séance », plusieurs compétiteurs se battaient sérieusement. Le film a sketch Holidays, de part son inégalité et son hétérogénéité d'écriture, de réalisation, de production...de tout en fait, se fait vite oublier. Allez sur Netflix regarder le premier sketch sur la St Valentin et celui de Kevin Smith et vous aurez vu le meilleur sketch, ainsi que celui juste potable, du film. Interchange du malaisien Dain Iskandar Said promettait beaucoup. Un inspecteur et un photographe enquêtent sur des meurtres sordides impliquant les descendants d'une tribu ancestrale et vont faire une découverte assez fantastique. Le pitch est intéressant, mais le traitement soap opéra des relations entre les personnages plombe l'ensemble. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, le réal va même jusqu'à copier deux grandes scènes du cinéma américain, le sauvetage de Deckard avant sa chute dans Blade Runner et l'interrogatoire de Basic Instinct. Si formellement, il s'en sort bien, dans le fond, ces scènes n'ont rien à faire là, allant à l'encontre des motivations et des comportements des personnages impliqués. Long à regarder et vite oublié. Le cinéma asiatique se faisant rare dans nos contrées, il est donc intéressant d'en proposer tout de même, mais autant choisir des films du niveau de Keeper of Darkness, le premier film de Nick Cheung, souvent aperçu chez Johnny To. Dans ses films, pas sa maison. Le film n'est pas parfait, mais possède une « cool attitude » gratifiante et l'on se plait à suivre Cheung régler les problèmes entre fantômes et humains, le tout dans une ambiance rappelant le bon vieux temps du cinéma Hongkongais.

L'actrice anglaise Alice Lowe (Hot Fuzz, Kill List) aborde le film de vengeance d'une façon assez originale pour sa première réalisation. Prevenge, la voit déglinguer un groupe de personnes suite à un événement tragique. Jusque là rien d'original. Par contre, le fait que son sidekick mental soit son bébé et qu'elle ait tourné le film réellement enceinte et en seulement 11 jours, l'est un peu plus. Les personnages sont aussi surprenants les uns que les autres, et on se délecte de cette succession de meurtres aussi fun qu'efficaces. Ne le loupez pas. Nous l'avions découvert au PIFFF et le français Christophe Deroo est revenu présenter son premier film, Sam Was Here. L'aspect Quatrième Dimension de cette chasse à l'homme dans le désert a ravis le public géromois. Dommage qu'il n'ait pas été en compétition.

Adapté le la BD à succès de Fabien Vehlmann et Bruno Gazzotti, Seuls de David Moreau est une adaptation d'envergure pour le cinéma de genre et de SF français grand public. Déviant légèrement de la BD, le film de Moreau est formellement ambitieux et possède le mérite de ne pas tomber dans la production de bas étage à la Europacorp. Invité d'honneur du festival, Kyoshi Kurosawa était également présent pour présenter son nouveau film, Le Secret de la chambre noire. Comme a son habitude, l'un des plus grands réalisateurs contemporains, y dévoile à nouveau son attirance pour les fantômes et les relations humaines. Une histoire tournant autour de l'utilisation de daguerréotypes par un photographe ringard (Olivier Gourmet), de son assistant arriviste (Tahar Rahim) et de sa fille et modèle (Constance Rousseau). A la frontière du fantastique, Kurosawa, qui aime mêler les genres, insiste pour encrer son récit dans le réel. A l'exception de quelques longueurs et d'une direction d'acteur souffrant de la barrière de la langue, Le Secret de la chambre noire est une réussite pour la premier métrage européen de Kurosawa.

 

clap de fin


Sélection de qualité homogène (trahissant d'une certaine façon la véritable valeur de celle-ci), ambiance festivalière de retour, billetterie proche de la perfection, nouveaux partenaires... Pas de doute, les rumeurs de la fin de vie du festival sont bien derrière nous. En dehors d'un coup d'éclat de la région, le festival made in public system a de longues années devant lui. La belle occasion pour continuer dans la bonne direction.

François Rey






















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