FESTIVAL LUMIèRE 2017 : BILAN D'UN FESTIVAL EN OR
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Du 14 au 22 octobre dernier s'est déroulé la 9ème édition du désormais incontournable Festival Lumière. L'occasion parfaite de revenir sur ce qui fait la magie de cette ode au cinéma de patrimoine mélangeant habillement grands classiques et chefs-d'œuvre inconnus, casting d'invités cinq étoiles digne de Cannes et ambiance familiale, le tout sous la houlette de Thierry Frémaux et Bertrand Tavernier, co-créateurs de cette grande fête initiée par Gérard Collomb et Laurent Gerra.

On l'oublie bien trop souvent, et ce à longueur d'interviews. Si l'arrivée des deux piliers de l'Institut Lumière que sont Tavernier et Frémaux pesa dans la création de ce grand événement, c'est bien l'ancien maire de Lyon et l'humoriste qui étudia le cinéma ici, à l'Université Lumière Lyon 2, qui sont à l'origine du projet ayant évolué en ce magnifique festival que nous connaissons bien. Quatre hommes à l'identité lyonnaise bien tranchée (Les plaisanteries sur nos voisins stéphanois en cérémonie d'ouverture, les machons...) indissociable du festival. C'est cette identité, cette signature, qui marque et fidélise bon nombre d'invités venus des quatre coins de la planète. De Tarantino à Jerry Schatzberg en passant par le regretté Michael Cimino, tous reconnaissent la qualité, l'importance et la nécessité d'un tel événement, qui ne prône jamais le « c'était mieux avant » mais expose au grand jour des oeuvres à ne pas oublier, réhabilite de nombreux artistes à leur juste valeur (comme Julien Duvivier depuis l'année dernière) et regarde vers l'avenir grâce à la projection au compte-gouttes d'avant premières (La Forme de l'eau de Guillermo Del Toro cette année) et l'ouverture vers les films en provenance de réseaux de diffusion annexes tel que le documentaire Five Came Back de Laurent Bouzereau produit par Netflix. Cette année c'était au tour entre autres de Guillermo Del Toro, William Friedkin, Michael Mann, Tilda Swinton Diane Kurys et Anna Karina d'être à l'honneur et de découvrir les charmes de la capitale des Gaules, alors que Wong Kar-Wai passait en coup de vent récupérer son prix Lumière, récompense honorifique autorisant apparement son lauréat à faire l'impasse sur une présence assidue et une présentation de ses propres oeuvres.

 

mexican connection


Lors de sa première venue en 2013, Quentin Tarantino avait exaucé le souhait des organisateurs de véritablement ouvrir le festival à tout le monde (comprendre « propulser sur le devant de la scène populaire » un festival qui pouvait ne sembler que cinéphile, dans le sens élitiste du terme). A l'issue d'une édition d'exception, les suivantes paraissaient bien ternes malgré la présence de mastodontes comme Scorsese ainsi que de puissantes rétrospectives. Tel deux pilotes driftant ensembles aux commandes d'un jaeger, Guillermo Del Toro et William Friedkin auront réussi à faire oublier la venue du réalisateur de Pulp Fiction. Leur générosité et leur implication fut sans égale et résonne encore dans nos esprits comme un témoignage poignant d'un amour sans faille pour le 7ème art. Del Toro, accompagné de son pote Alfonso Cuaron, surpris d'abord le public venu assister à sa « nuit » en débarquant à l'improviste pour une présentation rapide et une promesse : celle de revenir à la fin des quatre films projetés pour « fucking sign everything you have » (putain, je signerai tout ce que vous avez) ! Pas du genre à ne pas tenir ses promesses, le mexicain préféré de Freneticarts revint aux aurores croissant à la main afin de non pas seulement s'atteler à une séance de dédicaces, mais à improviser une question/réponse en présence du journaliste Jean-Pierre Lavoignat (actuellement en tournage d'un documentaire sur les « three amigos » Del Toro, Cuaron et Inaritu).

Le lundi suivant, c'est en compagnie de l'habitué des tapis rouges de Cannes et de Los Angeles Didier Allouch, que Del Toro fit l'honneur aux festivaliers d'une masterclass d'exception. Une rencontre de courte durée, mais pleine d'anécdotas passionnantes et originales, durant laquelle il se livra sur son enfance (« Ma grand mère remplissait mes chaussures de capsules de bouteilles jusqu'à ce que ma mère découvre un jour mes pieds ensanglantés »), son rapport avec les producteurs (« Ce sont pour la plupart des connards avec de l'argent ») ainsi que l'aspect entrepreneur de son processus créatif (« Pour permettre à l'art, au rêve d'être imprimé sur l'écran il ne faut pas être un rêveur, il faut être un salopard impitoyable. N'oubliez pas que cela s'appelle le show-business »).

 

to live and die in lyon


Cimino, Schatzberg, Scorsese... Le festival Lumière aime les réalisateurs du Nouvel Hollywood. Il était temps que l'un de ses enfants les plus terribles vienne célébrer cette fête avec nous. Après un passage mémorable au dernier Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, William Friedkin a laissé une impression toute aussi forte aux festivaliers lyonnais. Présent à l'intégralité de ses séances afin de nous abreuver en anecdotes mémorables et de répondre aux (trop rares) questions, Friedkin est devenu l'artiste le plus généreux invité à ce festival. Explosant la durée de sa masterclass (Il décida de se rassoir pendant 20 minutes pour nous raconter sa rencontre avec Linda Blaire, la jeune actrice de L'Exorciste), invitant les personnes présentes à se retrouver plus tard pour une séance de dédicace improvisée (les dédicaces ne sont pas vraiment les «amies» de ce festival, contrairement à Strasbourg), il fallait littéralement le faire sortir à chaque séance pour que les films puissent commencer. Émerveillé par l'assiduité du public lyonnais, Friedkin nous a rendu au centuple l'accueil qui lui a été réservé. On ne peut espérer désormais qu'un retour de sa part lors de la sortie de son documentaire tourné avec un véritable exorciste du Vatican. En attendant, nous pourrons patienter avec la sortie prochaine d'un livre dédié au tournage de Sorcerer écrit par le journaliste Samuel Blumenfeld, qui permit avec brio d'échanger avec William Friedkin.

Une salle de cinéma c'est bien. Un auditorium c'est parfois mieux. Surtout lorsque l'on peut profiter de son acoustique parfaite pour en prendre plein les oreilles lors de l'épique fusillade de Heat. Venu spécialement de Los Angeles pour l'occasion, le très rare Michael Mann nous aura rapidement évoqué des anecdotes de tournages (la façon dont il a vendu un film clés en main au studio). C'est Guillermo Del Toro, qui s'est invité à la dernière minute, qui aura animé cette très (trop) courte rencontre, Mann étant tout sauf bavard. Le temps pour lui d'annoncer une collaboration sur un livre dédié pour l'instant à Mann. Les deux hommes vont passer deux semaines ensembles à parler de cinéma. L'impatience de savoir ce qu'il va en ressortir est déjà grandissante ! Surtout quand on sait que Del Toro fera la même chose avec George Miller !

 

et les films ?


Outre les rétrospectives déjà évoquées, les festivaliers ont pu faire leur choix parmi une quantité de films gargantuesque. 180 films répartis sur 400 séances. Impossible de tout couvrir, c'est vers la rétrospective consacrée à Henri-Georges Clouzot que nous nous sommes principalement dirigés. A commencer par les classiques que l'on ne présente plus et bénéficiant de copies magnifiques comme Quai des orfèvres, Les Diaboliques ou Le Corbeau. Un peu plus rare, le documentaire L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot réalisé par Serge Bromberg et Ruxandra Medrea revient sur le tournage du film jamais sorti aux rushs invisibles pendant des décennies. On y découvre un tournage insupportable pour toute l'équipe, un Clouzot investi et possédé par son obsession perdant complètement les pédales et entrainant son tournage vers la catastrophe. Véritable « Apocalypse Now » pour Clouzot, L'Enfer aurait pu être une pièce maitresse de sa filmographie, insufflant par la même occasion un vent de sensualité novateur à l'époque du tournage. Plus classique et intemporel (on pourrait en faire un remake/adaptation encore aujourd'hui), Le Salaire de la peur a conquis les différentes assemblées venues le découvrir sur grand écran et le comparer avec la version de Friedkin (« Peut importe comment vous trouvez mon film, il n'est rien comparé au chef-d'oeuvre de Clouzot » dira le réalisateur de French Connection).
De grand classiques restaurés (Rencontre du troisième type, 1900), des invitations à Diane Kurys et Anna Karina, une rétrospective Harold Lloyd ainsi que la suite de celle entamée sur Buster Keaton l'année dernière, de grands Westerns (La Poursuite Infernale de John Ford, La Flèche brisée de Delmer Daves), une nuit de l'espace présentée avec passion par Fabrice Calzettoni, une séance spéciale de King Kong à l'occasion de la sortie du livre Kong de Michel Lebris, narrant les aventures de Cooper et Schoedsack... Comme chaque année, il y en avait pour tous les goûts.

Lumière 2017 était donc un grand cru et on ne doute pas que l'équipe de l'Institut Lumière travaille déjà pour faire de la 10ème édition un événement exceptionnel. Il serait facile de miser sur un réalisateur américain bankable pour le grand public, alors pourquoi pas Tim Burton ? Et pourquoi pas un retour de chaque lauréat ? Une chose est certaine : nous serons présents.

François Rey


















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