PARIS INTERNATIONAL FANTASTIC FILM FESTIVAL 2017 : COMPTE RENDU
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MY NAME IS...PIFFF !

D'année en année le PIFFF confirme qu'il ne vole pas sa place sur le podium des festivals de films fantastiques hexagonaux. Cette 7ème édition, encore plus épique que les années précédentes, a prouvé que le trio composé de Cyril Despontin (le mastermind derrière les Hallucinations collectives lyonnaises), Fausto Fasulo (rédac' chef de Mad Movies et futur remplaçant de Michel Drucker si France Télévision décide de passer du fantastique le dimanche aprem') et Elodie Dupont sait parfaitement mettre en boite un événement pouvant dépasser les attentes des festivaliers. Lorsque l'on connait les exigences de ces spectateurs « à part », on sait que la chose n'est pas si simple qu'elle parait.

Si le PIFFF a l'habitude de présenter à ses spectateurs une sélection de qualité, celle de cette année dépassait toutes les attentes. Impossible de deviner quels films allaient gagner les différentes récompenses. Une chose est certaine : Il est hors de question pour les organisateurs de tomber dans le consensuel. Leur mot d'ordre est bel et bien de nous surprendre à chaque film sélectionné et de sortir des sentiers battus.

Acteur de troisième plan, Bill Watterson s'est essayé à la caméra avec le malicieux Dave Made a Maze. Drôle, prenante et débordante d'idées, cette histoire d'un artiste au chômage décidant de construire un labyrinthe en cartons au milieu de son salon est un pur rafraichissement. Le labyrinthe se révélant « bigger on the inside », Dave, ainsi que ses amis partis à sa recherche, va vivre une aventure complètement folle. Un film de et pour les rêveurs qui sommeillent en chacun de nous. Appuyé par une direction artistique inventive, le film navigue entre la grande aventure et la parodie loufoque façon H2G2. Toujours dans le registre de la comédie, Matar a dios, du duo espagnol Caye Casas et Albert Pinto, prouvait lui que l'on peut être bon en courts-métrages (les deux compères repartent d'ailleurs avec le prix du meilleur court international avec RIP) mais ne pas avoir encore les épaules assez solides pour passer au long. Matar a dios et son clodo se prenant pour Dieu (mais peut être l'est il vraiment ? on ne va pas vous spoiler non plus) séquestrant une famille la veille de Noël est drôle. Très drôle même. Seulement passé le premier tiers, il n'y a plus grand chose en dehors de répétitions usées. Dommage, mais le film reste tout de même prometteur. On n'a aucun doute sur les capacités du duo à revenir avec un second long métrage mieux maitrisé et lorgnant un peu moins vers les influences d'Alex de la Iglesia.

Réalisatrice et scénariste accomplie et reconnue au Mexique (elle indique qu'elle est la mieux payée à ces postes), Issa Lopez présentait avec Tigers are not afraid un film qui lui tenait à cœur. Les affrontements entre cartels étant l'un des problèmes majeurs au Mexique, leur représentation filmique de chaque coté de la frontière est assez présente. Pour autant, on parle rarement des enfants victimes collatérales de ces affrontements, abandonnés à leur propre sort lorsque leurs parents meurent. Tigers are not afraid expose une vérité et un problème majeur. Si il souffre d'un ventre mou dans son deuxième tiers, la puissance viscérale du film se retrouve dans chaque scène, que ce soit lors des séquences semi-improvisées des enfants très drôles et très touchantes ou dans les quelques représentations horrifiques.

 

grande classe


Notre film préféré de la compétition reste tout de même The Endless de Aaron Moorhead et Justin Benson. Avec un budget équivalent à celui d'une grosse pub télé, le duo met en boite une histoire profonde et touchante sur la répétition incessante du quotidien, sur les relations familiales et amicales. Moorhead et Benson interprètent deux frères qui reviennent dans la secte qu'ils ont quittée il y a de nombreuses années afin de faire le point sur leurs vies. Ils proposent un récit fantastique à tendance Lovecraftienne d'une qualité et d'une sobriété rares (« pas besoin de montrer des tentacules pour faire du Lovecraft » disait Moorhead) et confirment tout le bien que l'on pensait d'eux depuis leurs précédents films, Spring et Resolution.
Non loin derrière se trouve Golem, le tueur de Londres de Juan Carlos Medina. A mi chemin entre Fincher, De Palma et Verhoeven (très proche de Showgirls dans ses thématiques), l'enquête menée par un inspecteur sorti du placard (au propre comme au figuré) est un véritable jeu de regards et de points de vus entre les acteurs (l'action se situe principalement dans un théâtre populaire) et le spectateur. Habillement menée et interprétée par un Bill Nighy tout en sobriété et remplaçant au pied levé le regretté Allan Rickman, le film de Medina résonne terriblement dans l'actualité de l'affaire Weinstein.

 

bloodrage


Un bon festival fantastique reste un festival qui verse du sang. Un très bon en est un qui le verse avec classe et cadres millimétrés. Tragedy Girls de Tyler Macintyre laissait présager une comédie horrifique intelligente et méta mais au final tombe dans un classicisme navrant. Critique des dérives des réseaux sociaux et de leurs dangers (la semaine du suicide d'August Aimes suite à un tweet maladroit, le film fait sens), le film suit deux lycéennes en quête d'attention décimant à tour de bras afin d'augmenter les « vues » de leur compte Twitter. L'idée était bonne jusqu'à ce qu'un twist absolument dispensable tue le postulat. De plus, se revendiquer comme étant novateur et tomber dans tous les clichés du slasher, cela ne fait pas bon ménage. Le film se rattrape avec des mises à mort cool et sanglantes ainsi qu'une solide interprétation.
Revenge, lui, ne fait ni dans la dentelle (en dehors des culottes de l'héroïne) ni dans le message caché douteux et maladroit. Laissée pour morte après s'être fait violer par des « mauvais chasseurs » en plein désert, une jeune femme compte bien ne pas en rester là. Sanglant, rythmé, iconique et réalisé avec une grande classe, le premier film de Coralie Fargeat est d'une efficacité rare. Si l'on peut lui reprocher parfois de manquer de sens, notamment dans la façon dont sont exécutés ses agresseurs, il est difficile de nier le manque de talent et d'ambition derrière cette réalisatrice à suivre absolument.

 

street fighters


Lors de la première édition du festival, Joseph Kahn (Torque) avait fait confiance à ses organisateurs et s'était déplacé sur ses deniers personnels pour venir présenter son premier film autoproduit, le déroutant Detention. Ce cher Kahn était de retour pour la séance la plus énergisante du festival. Véritable fronde politique, sociale et sociétale, Bodied est une plongée atypique dans l'univers verbalement violent des battles de rap. Produit par Eminem et contrepoint parfait d'8 miles, la colère de Kahn contre le politiquement correct et la racisme lattant et omniprésent fait mouche et explose en pleine face du spectateur. Suivant le parcours d'Adam, une jeune universitaire blanc dans cet univers habité par les minorités, Bodied est un pur concentré d'énergie ou les mots sont aussi percutants que des coups de poings. Aucune sortie n'étant prévue chez nous, on ne peut s'empêcher de vous recommander de vous précipiter sur le Blu Ray dès que ce dernier sera dispo.
Né d'une collaboration entre les prestigieux studios 4°C (Au hasard : Memories, Animatrix, Batman: Gotham Knight) et des français d'Ankama (les comics Body Bags), Mutafukaz est une relecture filmique de l'univers BD éponyme. Tout ce qui fait la saveur des pages de Guillaume « Run » Renard (le hip-hop, les comics, mangas et le street art) explose à la rétine des spectateurs dans une aventure sans temps morts lorgnant du côté du They Live ! de John Carpenter à la sauce gangstas californiens. Si à l'image il n'y a absolument rien à redire, la présence d'Orelsan et de Gringe aux doublages des deux personnages principaux manque cruellement de saveur. Une détail qui n'entache en rien cette aventure sous les palmiers, se dégustant un tacos à la main et un gun dans le pantalon.

 

légendaires


Sorti ce mercredi 20 décembre dans nos salles, A Ghost Story fait parler de lui depuis ses premières apparitions sur le circuit des festivals. David Lowery, par une réalisation complètement épurée et allant droit au but bouleverse les codes du drame intimiste. On n'en dit pas plus ici et vous invite à lire notre critique.


C'est un euphémisme de dire que nous attendions la première aventure américaine des amis Julien Maury et Alexandre Bustillo avec une grande curiosité. Préquelle de Massacre à la Tronçonneuse, le duo derrière A l'Intérieur sort le grand jeu pour créer la légende de Leatherface, Boogeyman bien plus humain qu'il ne le laisse paraitre derrière son masque de peau. Pas de pot, c'est amputé d'une trentaine de minutes que ce road movie poétique et carnassier atterrit sur les écrans (enfin pas les nôtres, vu qu'il faudra se contenter de le voir à la maison). Le film ne perd pour autant pas son charme ni sa force destructrice. En bonus, les festivaliers ont pu visionner l'ouverture et la fin alternatives shootées par Maury et Bustillo. Deux séquences qui auraient élevé le film à un tout autre niveau, qui se retrouveront avec certitude sur les galettes prévues pour le début d'année. Nous vous en reparlerons donc très rapidement, car les deux rédacs chefs de Freneticarts aiment bien le cuire, surtout en pantalons, comme Ross dans Friends et Pacino dans Cruising.

Après une semaine de folie, Cyril et Fausto allaient nous assener le coup final laissant un souvenir rétinien impérissable. Plus d'un an de négociations pour obtenir l'un des reboot les plus efficaces de la saga, l'un des plus grand films de monstres géants à la fois épique, poétique, politique et tragique. Une ode à l'une des plus emblématiques figures du Japon. Non, pas Hatchi avec Richard Gere, mais Shin Godzilla d'Hideaki Anno et Shinji Higuchi, respectivement réalisateur et scénariste de la série Evangelion, excusez du peu. Lorsque Guillermo Del Toro préparait Pacific Rim, la Toho avait expressément demandé à ce que la ville de Tokyo ne figure pas dans le film (remplacée par Hong-Kong). On comprend désormais pourquoi, tant la localisation de l'action dans la capitale japonaise apporte une intensité dramatique des plus fortes. Se déroulant à 80% dans des bureaux et des salles de réunions, Shin Godzilla est un pamphlet post-Fukushima sur le traumatisme de la catastrophe et sur les lacunes du gouvernement magnifié par une iconisation dantesque du monstre titre.

Confirmé pour une huitième édition, les organisateurs vont devoir redoubler d'efforts pour arriver à faire aussi bien. Qui sait, peut être y verra-t-on un documentaire sur l'un des plus grands spécialistes des effets spéciaux ? Dans tous les cas, nous y serons !

François Rey


























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