RENCONTRE AVEC JAUME BALAGUERO AU 23èME ETRANGE FESTIVAL
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Bienveillant

Invité cette année à L'Etrange festival à l'occasion d'une Carte blanche attendue, le célèbre réalisateur espagnol de [Rec], La Secte sans nom, Darkness ou Fragile, nous à fait l'honneur de passer une petite demi-heure avec nous. Morceaux choisis.

Bonjour et merci pour votre temps. Vous êtes donc présent au festival pour une carte blanche. Pourriez-vous nous expliquer les raisons de l'acceptation de cet événement, de vos choix et si vous compter profiter un peu de la sélection ?
C'est toujours très compliqué de faire un choix ici. Il y a une telle multiplicité de métrages que s'en est impossible. J'ai donc fais un choix simple. Offrir aux spectateurs des films que j'affectionne, que j'avais envie de montrer pour qu'ils les découvrent. J'ai fait de mon mieux sachant que sur certains de mes choix, les copies étaient trop complexes à réunir. En tout cas, tous ceux présents sont très différents mais très intéressants. Je repars mardi mais je vais essayer de voir quelques pépites.

Un mot sur le genre surexploité qui réserve autant de belles surprises que de navets et qui vous a fait exploser aux yeux du monde : le found footage. Ici on a par exemple la chance de voir l'inoubliable Documents Interdits de Jean Teddy Filippe qui serait justement à l'origine du genre. Quel est l'aspect qui vous passionne le plus dans cet exercice d'illusion de la vérité ?
Quel film ?

Les Documents interdits. Une sorte de fausse anthologie de documents d'archives, filmés, censés être véridiques (sorte de mythe urbain depuis longtemps démenti) sur divers événements paranormaux ou fantastiques. L'abominable Homme des neiges, un naufrage, une maison hantée... Le tout est narré par une voix off omnipotente et inoubliable et crée un doute certain. C'est sacrément bien réalisé et construit.
Des fake documentaries en somme. Ok, j'essaierai de me procurer une copie... Le found footage est un genre très intéressant. A mon époque encore plus. Cannibal Holocaust était le premier. C'était exactement le choc qu'on ressenti les gens à la sortie de Blair Witch Project. Les gens étaient perdus de la même manière quant à sa véracité sur cette jungle hostile. Aujourd'hui, on est submergé, un peu trop, ce qui fait que l'intérêt est retombé.

Vous souhaitiez être un précurseur à ce niveau de réalisation avec [Rec] ? En tout cas l'un des premiers projets si aboutis ?
A vrai dire, mon idée était de pousser l'idée de la réalité encore plus loin que dans les deux films précités. Je ne voulais pas d'histoires de vidéos retrouvées. Je voulais mettre l'œil du spectateur dans la caméra. Qu'il ait l'impression que ce qu'il voit est réel. Tout ce qui se passe à l'écran arrive durant le visionnage. Tu ne peux pas arrêter ces événements. Voilà ce qu'était [Rec]. Un de nos contemporains était Cloverfield. Pourtant [Rec] le précédait. En tout cas le tournage. Et il est aussi sorti plus tôt en Espagne.

Une des autres caractéristiques de votre cinéma, pour paraphraser le film de Fritz Lang est ce que j'appellerai « Le Secret derrière la porte ». On croise dans nombre de vos métrages cette obsession du contre-jour, du choc après la peur que l'on ressent en entrebâillant la porte. C'est quelque chose qui est conscient et recherché ?
Ça dépend. On conçoit les scènes selon nos besoins. On met en place un système plus ou moins choquant, plus ou moins direct et parfois le film te contrait à être plus sinueux, plus subtil. [Rec] exigeait d'être plus choquant.

Frontal.
Complètement.

J'aimerais maintenant évoquer l'anthologie des Historias para no dormir. Si je ne dis pas de bêtises, votre segment était A Louer. Quel était votre objectif en participant? Vous faire plaisir, explorer un nouveau format via cette durée réduite, vous mesurer au programme similaire US des Masters of horror ?
Non rien à voir avec ça. En réalité c'est tout simplement une déclaration d'amour à Narciso Ibáñez Serrador (NDLR : réalisateur de l'inoubliable Les Révoltés de l'an 2000). C'est de la pure nostalgie et un témoignage de respect pour lui, qui est le créateur de ce show télé des 70's. Avec nos Peliculas para no dormir nous souhaitions lui rendre hommage. C'était mythique. Il réalisait ça chaque semaine.

Lui seul ? Pas d'autres cinéastes ?
Je ne suis pas sûr mais je crois bien que c'était El Chicho. C'était mythique. On a tous grandi avec ça alors c'est notre déclaration d'amour car hormis lui (NDLR : il réalise un des nouveaux segments), nous souhaitions tous lui témoigner notre affection : Paco Plaza, Alex De La Iglesia... Lui dire merci.

En parlant d'autres cinéastes, on remarque dans votre carte blanche une pluralité esthétique et un melting pot d'influences inattendues, voir surprenantes. Une esthétique remarquable, dans le sens : identifiable. On passe d'Elephan Man et Street Trash à La Grande bouffe ! Quelle importance ont pu avoir des métrages aussi divers sur votre cinéma, notamment au sujet de leurs univers graphiques on ne peut plus éloignés du vôtre ?
Ma plus grande influence visuelle, elle-même nourrie de nombreux arts plastiques, c'est David Lynch. Toute son œuvre. Tarkovski aussi, malgré son hermétisme, me fascine. J'ai proposé Sacrifice cette année et ce sera une séance très dure à suivre pour les spectateurs mais tellement intéressante. Ce rapport à la fin du monde...

Stalker, du même Tarkovski, entretient lui aussi ce sentiment d'errance. Une ambiance brumeuse dans un monde post-apocalyptique et un voyage sans but. N'est-ce pas d'ailleurs ce qui importe le plus ? Le voyage et non la destination...
Tout à fait. Son cinéma est très froid. A contrario, La Grande bouffe est très représentatif du cinéma italien: lumineux, exubérant...

Mais vous aimez aussi !

Ah moi, tous les cinémas me plaisent ! Street Trash aussi : très gore, proche du comic book, du cartoon.

Nous évoquions justement plus haut l'esthétisme de vos choix et la dualité illusion/vérité de vos réalisations. Cette dualité est omniprésente et identifiable dans votre cinéma. De la perte de repères au parcours balisé, du gore frontal à l'élégance la plus soignée (notamment dans Fragile dont la photo est à tomber), de l'abandon au combat, de l'errance au choc... Cette dualité est-elle consciente et recherchée afin d'inviter le spectateur à différents niveaux de lecture ?
C'est difficile de te dire si c'est recherché, avoué et conscient mais c'est très intéressant que tu le remarques car c'est vrai! Ma façon de conter sera encore plus proche de ce que tu évoques dans mon prochain film. Il est très élégant, dans l'ambiance d'un collège de Dublin, entre professeurs et influences littéraires et d'un coup: c'est l'explosion de la violence la plus inattendue. J'aime beaucoup ta question et heureux de cette remarque !

Tant mieux si je ne me suis pas trompé ! Le temps passe et je voulais souligner, au-delà de la notion de dualité, celle de la complexité. [Rec] par exemple peut être entendu et reçu comme une critique virulente à l'égard du cynisme médiatique, une évocation des peurs ancestrales (les possessions démoniaques), une réflexion sur la crainte de futures dérives scientifiques... Tous ces niveaux de lecture sont-ils indispensables ou pourriez-vous vous contenter d'un pure divertissement, d'un polar etc.
Ça non ! Un pur divertissement est tout à fait louable. Mais en même temps, qu'on le veuille ou non, le cinéma est si complexe que c'est mission impossible de ne pas le stratifier en différentes interprétations. C'est toujours le film de quelqu'un. Même s'il veut se brider, il y a toujours un homme derrière la caméra.

Il y a toujours une âme derrière un film...
Mais oui ! Quelles que soient tes intentions, tu peux toujours le recevoir au premier degré mais il y aura quelqu'un pour t'emmener vers ces différents niveaux de lecture et en parler avec un journaliste. Si tu as trouvé tout cela dans mes films, c'est que de toute façon, ils y étaient.

Inconscientes ou pas.
Exactement.

Dernière question sur vos projets et Muse qui arrive bientôt sur les écrans.
Je travaille à le finaliser en ce moment. Nous organisons la première à Sitges le 7 octobre. J'adore Sitges. C'est inspiré du roman La Dame numéro 13 de José Carlos Somoza. Cela se passe dans une ambiance universitaire. Il évoque le mythe de la muse qui inspire le poète. Pour autant, on tombe sur certaines preuves et indices qui laissent croire que les muses ne sont pas seulement un mythe mais bien réelles, qui plus est d'une cruauté extrême...

Un grand merci à Estelle Lacaud, toute la team de l'Étrange festival, du Forum des Images et bien entendu Jaume Balaguero: doux, accessible et éminemment sincère.

Jonathan Deladerrière


















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