CHROMOSOME 3 / SCANNERS
The Brood / Scanners - Canada - 1979/1981
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Chromosome 3 / Scanners »
Réalisateur : David Cronenberg
Musique : Howard Shore
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais DTS HD Master Audio 5.1, Français DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 195 minutes
Distributeur : Fox Pathé Europa
Date de sortie : 1 octobre 2014
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Chromosome 3 / Scanners »
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LE PITCH
Soignée pour des problèmes psychiques, Nola Craveth est suivie par le docteur Hal Raglan, inventeur d’une thérapie révolutionnaire : les psychoprotoplasmes. Les patients extériorisent leurs troubles mentaux par des manifestations organiques telles que plaies, pustules ou excroissances dermiques. Bientôt, la fille de Nola est victime d’étranges sévices, puis certains de ses proches sont sauvagement assassinés. Mais personne ne peut imaginer l’horrible vérité engendrée par les ex...
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progénitures déviantes

Prophète de la nouvelle chair et d'un cinéma viscéral intelligent, David Cronenberg s'est avec la maturité clairement éloigné de ses premiers débordements, se concentrant sur une vision plus glacée et conceptuelle du monde. Retour en arrière avec les deux Bluray édités par Pathé, Chromosome 3 et Scanners, deux œuvres essentielles, autant remarquables par leurs excès que par leur maitrise avant-gardiste.

A la fin des années 70, David Cronenberg est encore loin d'être le cinéaste établi qu'il est aujourd'hui, surtout reconnu par les gens du métier pour ses deux premières œuvres expérimentales Stereo et Crimes of the Future (toujours inédits en France) et pour avoir fait ses premiers pas dans le cinéma d'horreur par la petite porte (ce qui ne retire en rien à leurs qualités) avec ses deux variations sur la contamination : Frisson et Rage. Pour preuve, il accepte même après ces deux là, d'enchainer sur Fast Company, un film sur la course automobile assez efficace, mais bien loin de ses obsessions personnelles. Pourtant il va profiter d'un climat unique dans l'histoire du cinéma canadien qui grâce à une aide d'état colossale (via des déductions d'impôts) va entrainer une effervescence dans la production locale. L'argent coule à flot et les producteurs acceptent le moindre projet qui passe, même s'il a l'air invendable, anti-commercial et franchement bizarroïde. C'est dans ce contexte que Cronenberg et son producteur Pierre David (Le Dentiste, Wishmaster) mettent en boite ce qui va devenir le passeport définitif pour le lancement d'une authentique carrière : The Brood (le titre français Chromosome 3 est ridicule) qui va alerter le monde de la critique et Scanners véritable carton populaire en particulier grâce à la vidéo.

 

Monde Intérieur


Le tournage des deux métrages n'aura que très peu de points communs, le premier se déroulant dans un professionnalisme à toute épreuve, le second dans un désordre total, mais à l'arrivé chacun démontre définitivement de ses talents de réalisateur (choix des cadres, caméra fluide, esthétique faussement froide) autant que de ses thématiques primordiales, en particulier l'exultation de l'esprit sur le corps. Il faut dire que The Brood est directement inspiré de la vie personnelle de Cronenberg, en pleine séparation avec sa moitié partie vivre dans une secte new age, où il n'hésitera pas à aller « kidnapper » sa propre fille. Le film est alors un incroyable thriller intime, éprouvant, où une adepte (Samantha Eggar totalement hallucinée) d'une nouvelle exploration psychanalytique, le psychoprotoplasme, donne naissance via des excroissances à même son corps, de représentations physiques de ses pulsions et de sa colère. Des monstres à corps d'enfants qui massacrent avec une violence commensurable les objets de sa thérapie, comme une haine physique, organique et monstrueuse. Sain d'esprit, le solide Art Hindle (L'Invasion des profanateurs) rejette cette dégénérescence autant psychologique qu'organique, pour sauver coûte que coûte sa fille, petit ange qui sera forcément transformée par les traumas de son arbre généalogique, comme impactant directement sur sa propre génétique. Aussi effrayant que puissant, The Brood culmine forcément dans une confrontation définitive en huis-clos, autant par le verbe que par un affrontement plus directe entre le gourou joué par le massif Oliver Reed, victime de sa propre expérimentation.

 

rage against the machine


Et c'est une autre expérience scientifique amorale (comme La Mouche, Videodrome, eXistenz...) qui est à l'origine de la naissance des fameux Scanners. Là encore, Cronenberg pioche dans le réel, un scandale sanitaire des années 40 dans lequel l'administration a laissé un médicament expérimental être prescrit à des femmes enceintes, résultant à des malformations cérébrales terrible. Dans Scanners l'effet de l'éphémérole est plus spectaculaire encore, puisque tel les origines des X-Men, il provoque d'authentiques pouvoirs télépathiques. L'esprit qui malmène encore et toujours la chair (bien qu'ici il y a une idée de réciprocité), qui va jaillir de manière spectaculaire, et audacieusement gore, avec veines qui explosent sur tout le corps, combustion spontanée, projection à travers la pièce et... explosion cérébrale. Une image culte, traumatisante et fascinante qui démontre de la méfiance du réalisateur face à une science incontrôlée et d'une certaine façon, une certaine idée du progrès. Ce dernier prend d'ailleurs le visage d'un consortium tentaculaire (la tête ne connaissant plus ses filiales) fait de bureaux et de couloirs froids, d'hommes de main impassibles, que la monstruosité, la mutation, est prête à avaler. On oubliera poliment la prestation invisible du fade Stephen Lack dans le rôle principal, totalement dévoré par la confrontation en arrière plan de Patrick McGoohan (Le Prisonnier) et Michael Ironside (Total Recall), deux figures d'autorité, de père (puisqu'ici encore toute est une question de famille) l'un répondant par une présence froide et cérébrale, l'autre par une personnalisation de... la rage. L'un des opus les plus accessibles de son metteur en scène, de par sa structure et son exploitation ébouriffante d'effets spéciaux aussi viscéraux que spectaculaires, Scanners est pourtant l'un de ses essais les moins maitrisés, alternant entre phases de creux (l'enquête type espionnage trop ronronnante) et des morceaux de bravoures inoubliables. Il initie pourtant au passage la révolution à venir, autant dans la filmographie du maitre (Videodrome est le suivant) et dans une vision décomplexée de la SF technologique menant jusqu'à un certain Matrix, qui ne s'est pas gêné pour en reprendre les grandes largeurs.

Nathanaël Bouton-Drouard












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Image :
Les masters des deux films proviennent de la même source, l'éditeur anglais Second Sight (et non Criterion), et proposent à l'arrivée un rendu très équivalent. Et c'est une belle surprise puisque ces deux métrages jusque-là souvent proposés dans des copies fatiguées et neigeuses, se découvrent une beauté inédite avec une image précieusement restaurée, une photographie ré-étalonnée (plus lumineuse et contrastée) et un piqué littéralement inédit. Plus tout jeunes et filmés sans la protection d'un grand studio, les films ne peuvent cependant pas toujours cacher leur âge avec quelques plans composites encore très marqués (l'ouverture de Chromosome 3 par exemple), un bruit qui provoque de légers amas de pixels sur de rares arrières plans et un réducteur de bruit qui peut créer quelques textures trop lissées à certains endroits. Mais à chaque fois le tableau d'ensemble rattrape aisément ces petites faiblesses.


 


Son :
Plutôt solides, les versions françaises des films ont été préservées au format DTS HD Master Audio 2.0 pour un rendu propre et efficace. La version originale, elle, n'est disponible qu'en DTS HD Master Audio 5.1, c'est-à-dire avec forcément quelques « triturages » du mixage initial. Les pistes ont été intégralement nettoyées, résonnant avec beaucoup plus de pureté, est restent pour l'essentiel concentrées sur les avants avec de petites dynamiques latérales. L'apport du 5.1 permet la mise en place de quelques travaux sur les ambiances (le vent et la neige dans Chromosome 3, les rues de la ville dans Scanners) mais avec toujours un soupçon d'artificialité.

 


Interactivité :
Etrangement (ou pour des questions de budget alloué), Pathé ne s'est pas tourné vers Criterion (Scanners déjà dispo, The Brood annoncé) pour confectionner une édition française des deux films de Cronenberg. Et mine de rien, l'anglais Second Sight n'a pas les mêmes épaules et a donc dû, lors de la production de ces bonus, revoir ses ambitions à la baisse. Ainsi, la seule interview disponible du réalisateur se concentre uniquement sur ses débuts, de Stereo à Rage, s'arrêtant justement avant la production de Chromosome 3. Un peu dommage tout de même. Heureusement, d'autres intervenants vont tenter d'éclairer les coulisses des deux films, avec par exemple les acteurs Robert Silverman (figure régulière des films de Cronenberg), Art Hindle, Cindy Hinds, Lawrence Dane ou Stephen Lack qui évoquent leurs collaborations avec le cinéaste et délivrent quelques anecdotes sympathiques sur les tournages. Mais les segments véritablement indispensables sont ceux consacrés au producteur Pierre David et au directeur photo Mark Irwin. Clairement pas des adeptes de la langue de bois, les deux plongent avec bonheur dans leurs souvenirs pour révéler souvent quelques détails croustillants, évoquer le contexte très particulier de l'industrie du cinéma canadien de l'époque, une production compliquée pour Scanners, les relations conflictuelles avec certains acteurs et actrices, le comportement chaotique d'Oliver Reed, mais aussi de vrais regards sur ce cinéma. La méthodologie extrêmement carrée du cinéaste, ses réflexions combinées avec Irwin sur l'esthétique de ses films... Tout cela traverse des entretiens véritablement éclairant.
Manquent tout de même à l'appel le principal intéressé, une rencontre avec Michael Ironside et pourquoi pas des documents d'archives sur Oliver Reed et Patrick Patrick McGoohan.


Liste des bonus Chromosome 3 : David Cronenberg, les premières années, Un style enragé, La production de Chromosome 3, Rencontre avec les Carveth, Un personnage pour Cronenberg.
Liste des bonus Scanners : Un tournage épique, L'œil du film, Les effets spéciaux, Dane le méchant, Mon art me fait garder la raison, Bande annonce.

 
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