LE VENIN DE LA PEUR
Una Lucertola con la Pelle di Donna - Italie - 1971
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Le Venin de la peur »
Genre : Thriller
Réalisateur : Lucio Fulci
Musique : Ennio Morricone
Image : 1.85 16/9
Son : Italien, Anglais et Français en DTS HD Mono d’origine
Sous-titre : Français (pour les pistes anglaise et italienne) et Anglais (pour la piste italienne)
Durée : 102 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 1 septembre 2015
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Le Venin de la peur »
portoflio
LE PITCH
Londres, début des années 70. Carol Hammond, fille d’un riche et célèbre avocat, est sujette à d’étranges hallucinations où elle imagine des orgies sexuelles sous LSD organisées par sa voisine, la belle Julia Durer, une actrice à la vie sulfureuse et débridée. A la mort de cette dernière dans des conditions mystérieuses, Carol voit son monde s’écrouler et les mains de la police se refermer sur elle. Arrivera-t-elle à contenir sa folie et ses désirs sexuels insatisfaits ?
Partagez sur :
La mort dans la peau

Injustement considéré comme un "artisan" de l'horreur transalpine des années 70-80, Lucio Fulci dispose pourtant d'une filmographie longue comme le bras où le réalisateur aura tâté de tous les genres (avec plus ou moins de succès), écrivant néanmoins ses lettres de noblesse avec sa trilogie des "portes de l'enfer" (L'Enfer des Zombies, Frayeurs et L'Au-delà). Le cinéaste a aussi œuvré pour le meilleur dans le giallo, (Perversion Story, La Longue nuit de l'exorcisme) et a même livré quelques perles du genre dont Le Venin de la peur fait indubitablement partie.

Présenté comme un nouvel essai "giallesque", ce Una Lucertola con la Pelle di Donna, dans sa langue d'origine, navigue pourtant à la croisée des genres. Thriller mâtiné d'érotisme, aux accents de fantastique surréaliste et aux visions d'horreur, le film ne rentre finalement dans aucune case et se permet de relier les sous-genres pour bâtir une intrigue assez remarquable dans ses jeux de chausse-trappe.
Dès l'entame du film, Fulci plonge son héroïne Carol (la belle et mystérieuse Florinda Bolkan) dans une scène fantasmagorique, où elle tente de se frayer un chemin dans un wagon de train bondé, qui devient peu à peu un couloir blanc envahi de corps nus de personnes s'adonnant à une orgie. Carol finit par chuter dans le néant. Se retrouve sur le lit d'une ravissante compagne qui la dénude progressivement... Un songe qui bascule subitement dans l'horreur lorsque Carol agresse et tue la femme à coups de couteau... avant de se réveiller. Tel un rêve dont toutes les composantes surréalistes et fantasmagoriques entrent en collision, cette première séquence donne le ton d'un film qui jouera en permanence sur la frontière entre le réel et l'imaginaire, les séquences réalistes et les plongées oniriques. Une alternance qui va contaminer peu à peu le récit pour finir par se mélanger. Car Carol apprend rapidement que la femme de son rêve, en fait sa voisine aux mœurs très libérées, a réellement été assassinée suivant un scénario proche de ce qu'elle a vu dans ses songes.
Fulci fait alors intervenir un spécialiste en psychanalyse, qui rassure la jeune femme en lui livrant avec aplomb des interprétations toutes plus symboliques les unes que les autres ("vous rêvez d'avoir des rapports intimes avec cette femme"). Des scènes censées apporter un semblant d'explication (finalement en trompe-l'œil), et permettant surtout au réalisateur d'offrir un point de vue sarcastique sur le sujet.

 

sexe et mort


Brodant sur un canevas de giallo avec enquête policière, Lucio Fulci ne s'en trouve pourtant jamais prisonnier, jouant avec les codes qu'il n'hésite pas à briser ou dévier. A ce titre, si la traditionnelle ritournelle est bien là, entêtante, tout comme les notions de voyeurisme, de sexe et de mort, il prend ses distances avec la figure du tueur ganté, et limite les meurtres au nombre de deux. Fulci se plaît à continuellement brouiller les pistes au sein d'un "whodunit" qui n'a finalement pas tant d'importance que cela.
Qu'importe l'identité de l'assassin (dont la révélation en toute dernière bobine est finalement assez audacieuse) puisque dans Le Venin de la peur, ce qui compte en premier lieu, c'est le voyage mental de son héroïne. Dans le contexte du Swinging London des années 60, utilisant des images aussi effrayantes que perturbantes (l'attaque de l'oie volante, les visions de cadavres, tous droit sortis des tableaux de Francis Bacon), le cinéaste italien développe déjà son goût pour le macabre qui fera ensuite la réussite des ses œuvres majeures (les cadavres de chien dont les entrailles sont offerts à la vue, tels des sexes féminins). A cela prêt qu'il les met au service d'une fiction non horrifique, ou tout du moins pas directement, ce qui renforce encore leur impact.

 

toile de sang


Tel un labyrinthe mental, Le Venin de la peur est un film à la richesse visuelle et thématique énorme. Du simple point de vue formel, Fulci y développe des trésors de mise en scène, jouant avec ingéniosité des couleurs vives et symboliques (les couteaux recouverts de peinture rouge lancés sur une toile, comme autant de représentations de son art...), des cadres géométriques travaillés, et toujours ces brusques changements d'axes, ces zooms intempestifs et ce montage ne se privant jamais de ruptures de rythmes.
L'œuvre formelle qui en découle est un ravissement pour les mirettes, ainsi que pour les oreilles puisque Ennio Morricone y livre l'un de ses scores de giallo les plus majestueux. Conséquence, dès le générique de fin, le film donne envie de recommencer pour tenter d'y découvrir d'autres trésors. A la manière du venin de son titre, le film infuse doucement le spectateur, jusqu'à marquer durablement son esprit.

Nicolas Mouchel










Partagez sur :
 

Image :
Quel magnifique hommage à Lucio Fulci que ce Blu-Ray édité par Le Chat qui fume ! Doté d'un transfert absolument magnifique, le disque dévoile une image d'une beauté à couper le souffle (pour un film datant de 1971). Très peu de défauts à noter, et au contraire, un travail de restauration de premier ordre effectué afin de proposer une copie en tous points remarquable. Les couleurs éclatent littéralement à l'écran, le rouge vif, coloration dominante, se détache des images, tout comme les noirs profonds qui servent fréquemment d'arrière-plan. Les contrastes sont d'une précision redoutable et la superbe photographie du film bénéficie d'une restitution de premier ordre.

 


Son :
L'éditeur propose trois pistes audio différentes : français, anglais et italien. Toutes sont en mono d'origine, mais renforcées avec la puissance du DTS HD. Le résultat est plus que probant. Chacune des pistes bénéficie ainsi d'une dynamique exemplaire, proposant des dialogues clairs, précis. La superbe musique composée par Ennio Morricone y trouve par ailleurs une place de choix.

 


Interactivité :
L'édition combo Blu-Ray et DVD du Venin de la peur pourrait bien devenir une référence en matière de restauration et de contenu éditorial. Doté d'un triple digipack avec fourreau cartonné, le coffret contient trois disques : le blu-ray, le DVD et un CD de la bande originale composée par Ennio Morricone. A cela s'ajoute un livret de 26 pages en couleurs qui regroupe des visuels du film (affiches, photos d'exploitation), ainsi qu'une interview de Lucio Fulci menée par Robert Schlockoff et parue dans L'Ecran Fantastique en 1980.
Déjà subjugué par l'objet, le cinéphile tombera littéralement à la renverse lorsqu'il constatera que la section des bonus est remplie à ras bord de modules passionnants. De précieux entretients revenant sur le tournage avec les comédiens du film Jean Sorel et Anita Strindberg, tout d'abord. Puis des points de vue de critiques et spécialistes du cinéma aussi pointus que Jean-François Rauger, directeur de la programmation à la Cinémathèque Française, Olivier Père, responsable du cinéma sur Arte, Alain Schlockoff, rédacteur en chef de L'Ecran Fantastique ou encore Lionel Grenier, responsable du site luciofulci.fr et incollable sur le sujet. Évidemment, l'inévitable Christophe Gans, vrai passionné du cinéaste italien y déclame tout son amour et son respect pour Fulci, cinéaste trop souvent méprisé, et livre même quelques clés de lecture pour encore mieux appréhender le film. De toutes évidences, c'est à une véritable entreprise de réhabilitation du Venin de la peur, mais aussi et surtout du réalisateur Lucio Fulci, que les différents intervenants s'attaquent. Le tout est passionnant, bourré d'anecdotes et d'analyses.
D'autres bonus éclairent l'œuvre sous des angles divers : Lionel Grenier évoque tout d'abord avec beaucoup d'érudition la vie et la carrière de Fulci, avant de s'attarder sur les vilaines coupes des censeurs dans les films de l'Italien dans un autre module. Les différentes versions du film sont décortiquées un peu plus loin, tandis qu'une scène supplémentaire est proposée, tout comme les génériques alternatifs américain et italien. Enfin, cerise sur le gâteau, le film est proposé une fois de plus, mais dans sa version VHS, dans son montage français, avec ses couleurs délavées et son image instable. Une expérience étrange... mais finalement indispensable pour compléter un contenu tout bonnement gargantuesque. Un vrai bonheur !

Liste des bonus : Le Venin de Fulci par Jean Sorel (16') et Anita Strindberg (13') ; Le Venin de la peur par Lionel Grenier du site luciofulci.fr (21'), Olivier Père (26'), Jean-François Rauger (21'), Alain Schlockoff (23')et Christophe Gans (38') ; Les Vies de Lucio Fulci par Lionel Grenier (14') ; Le Venin des censeurs par Lionel Grenier (8') ; Les Version du venin (3') ; scène supplémentaire (2') ; Génériques américains et italien ; Le Venin de la peur en mode VHS ; bandes annonces, galerie de photos ; Le CD de la musique du film par Ennio Morricone (74') et un livret de 26 pages exclusif.

 
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2018