CRIMSON PEAK
Etats-Unis / Canada - 2015
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Crimson Peak  »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Guillermo Del Toro
Image : 1.85 16/9
Son : DTS X 7.2.4 anglais, DTS français, allemand…
Sous-titre : Français, anglais, allemand…
Durée : 119 minutes
Distributeur : Universal
Date de sortie : 23 février 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Crimson Peak  »
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LE PITCH
Au début du siècle dernier, Edith Cushing, une jeune romancière en herbe, vit avec son père Carter Cushing à Buffalo, dans l’État de New York. La jeune femme est hantée, au sens propre, par la mort de sa mère. Elle possède le don de communiquer avec les âmes des défunts et reçoit un étrange message de l’au-delà : "Prends garde à Crimson Peak". Une marginale dans la bonne société de la ville de par sa fâcheuse "imagination", Edith est tiraillée entre deux prétendants: son ...
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Péril en la demeure

Guillermo Del Toro et le cinéma d'épouvante c'est une véritable histoire d'amour. Un flot qui traverse presque chacun de ses films et qui donne bien souvent naissance à ses plus belles créations : de L'Echine du Diable au Labyrinthe de Pan. Confrontation directe avec ses références, Crimson Peak se voit comme un fantasme, éblouissant (visuellement) et émouvant.

Dessinateur de talent et obsessionnel, Guillermo Del Toro invente toujours ses films en premier lieu sous la forme de dessins, d'illustrations et de croquis. Une manière de coucher sur le papier les visions qui lui traversent la tête, elles-mêmes issues bien souvent de souvenirs d'enfance, de traumatismes de spectateur. Chacun de ses longs métrages s'approchent alors comme la mise à plat de fantasmes absolus, a l'instar du dernier Pacific Rim où les Keiju et les Mechas semblaient s'ébattre dans sa chambre de petit garçon. Pour Crimson Peak, il faut bien entendu allez chercher plus loin. Dans les projets manqués du cinéaste tout d'abord, entre ses adaptations sans cesse repoussées de Lovecraft ou de grands classiques de l'horreur anglaise (Les Innocents). Spectateur et lecteur compulsif, Del Toro a laissé murir toutes ses trames pour les réunir dans le décors grandioses et inquiétants d'une demeure presque vivante, ou en tout cas mourante, s'enfonçant progressivement dans le sol, laissant filtrer les feuilles mortes ou la neige, et surtout dissimulant des esprits vengeurs. Intelligent, le cinéaste ne s'efforcera ô grand jamais de cacher ses multiples allégeances, de La Maison du diable de Robert Wise au Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, mais justement les magnifie, leur donne une superbe rare que le directeur de photographie Dan Lausteen (Le Pacte des Loups) sculpte comme un drame victorien puis explore comme un tableau baroque italien. La minutie des décors, des costumes, la mélancolie à pleurer des compositions de Fernando Velázquez (L'orphelinat) donnent naissance à un cadre organique (le manoir est vivant), une résurgence romantique du cinéma de Mario Bava (Le Corps et le fouet) et de l'école des Studios Hammer. Un frère de sang de films comme La Dame en noir, Wolfman ou le Dracula de Coppola où la dimension classique du cinéma d'horreur d'antan trouve une mesure puissante avec la sophistication moderne.

 

La splenduer des âmes


Crimson Peak est esthétiquement une réussite inattaquable, le réalisateur combinant ses tableaux gothiques et maniéristes avec une mise en scène particulièrement fluide, comme combattant la rigidité apparente des personnages. C'est là que les avis font souvent scissions, beaucoup reprochant au métrage une absence d'épaisseur humaine et un classicisme reposant sur un scénario trop prévisible. L'histoire même est en effet presque cousue de fil blanc entre la romance malhonnête affichée, la menace attendue qui pèse sur la pauvre et vaporeuse Edith et les regards cruels et inquiétants de la sœur, Lucille. Guillermo Del Toro rejoue les ingrédients des contes moraux (les pièces interdites de la demeure, le secret de famille, les décors qui reflètent l'effondrement psychologique), les berce avec la délicatesse d'un drame victorien (Le Temps de l'innocence) et va regarder ce qui se cache derrière les portrait figés à la manière d'un Conan Doyle (entre Sherlock Holmes et sa passion pour l'au-delà). L'image récurrente des papillons, l'omniprésence de la mort, les esprits qui traversent les couloirs pour délivrer un message et surtout cette argile rouge sang qui suinte de partout... La tragédie est physique et laisse alors au trois acteurs principaux le soin d'incarner leurs personnages avec une belle et logique subtilité où certes Mia Wasikowska ne s'écarte que très peu de sa figure innocente d'Alice au Pays des merveilles, mais où surtout Tom Hiddleston (inoubliable Loki des films Marvel) et Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, A Most Violent Year), emportent le film vers une dimension trouble, un érotisme en sourdine, qui en devient déchirant plus que désenchanté. Jamais Grand Guignol malgré quelques jaillissements gores percutants, Crimson Peak est une authentique beauté noire, où même les monstres finissent par attendrir.

Nathanaël Bouton-Drouard










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Image :
Idéalement, pour porter une telle expérience visuelle, Crimson Peak aurait dû être filmé sur pellicule. Dommage que, sans doute pour des questions de budget, le film ait été capturé en numérique entrainant forcément une profondeur légèrement en dessous des attentes et un effet de bruit symptomatique du dispositif. Cela étant dit, le master proposé par Universal n'en est pas moins magnifique avec un piqué très pointu et des couleurs sublimes, poussant les contrastes avec élégance, soulignant chaque percée du rouge avec force. Les noirs sont extrêmement profonds et agrippent peut-être un peu trop généreusement le reste du cadre.

 


Son :
Nouveau système sonore, le DTS X censé apporter des sensations plus impressionnantes encore est ici présent pour la version originale. Même si le résultat est effectivement des plus généreux, fluide et dynamique, nos petites oreilles ne ressentent pas forcément la différence avec un DTS HD Master Audio, mais cela ne retire rien au confort du spectateur. Les ambiances sont riches en détails et l'ouverture des canaux est totale, délivrant avec limpidité la jolie BO de Fernando Velázquez, plaçant admirablement les dialogues, et surtout donnant constamment corps aux mouvements de la demeure. Les murs craquent, les portes claquent, les esprits se glissent alentour, les notes de piano résonnent... Impeccable.

 


Interactivité :
En réalisateur passionné, Guillermo Del Toro aime à partager avec son publique les diverses expériences de ses films, et c'est encore une fois le cas ici. Le disque est chargé de nombreuses featurettes qui certes ne remplacent pas un Making of complet, mais délivrent des informations pertinentes sur tous les sujets attendus : la construction de la demeure des premiers croquis à la réalisation, les costumes, la photographie, les effets spéciaux, les thèmes... A cela s'ajoutent quelques visites sur le tournage de scènes clefs ou une déambulation dans les décors en compagnie de Tom Hiddleston. Une édition agréable surtout si on décide de lancer le commentaire audio du réalisateur. Excessivement loquace et didactique, Del Toro explore de A à Z tous les éléments qui constituent son film sans un seul temps mort, et sans oublier de tacler un peu au passage les responsables du marketing. Passionnant. L'édition s'achève sur une courte série de jolies scènes coupées mais qui effectivement n'auraient pas apporté grand-chose au montage final.

Liste des bonus : Commentaire audio de Guillermo Del Toro, Scènes coupées (5'), « Je Me souviens de Crimson Peak » (19'), « Une première pour une romance gothique » (5'), « La lumière et les ténèbres de Crimson Peak » (8'), « Du gothique fait main » (9'), « Une chose vivante » (12'), « Prenez garde à Crimson Peak » (8'), « Les fantômes de Crimson Peak » (7').

 
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