LITTLE BIG MAN
Etats-Unis - 1970
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Little Big Man »
Genre : Aventure, Western
Réalisateur : Arthur Penn
Musique : John Hammond Jr.
Image : 2.35 16/9
Son : DTS HD Master Audio 5.1 anglais, DTS HD Master Audio 1.0 anglais et français
Sous-titre : Français
Durée : 140 minutes
Distributeur : Carlotta
Date de sortie : 19 octobre 2016
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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site officiel
LE PITCH
Interviewé par un journaliste, Jack Crabb, 121 ans, raconte l’histoire de sa vie : le massacre de ses parents par les indiens pawnees, son adoption par les Cheyennes, son retour parmi les blancs et sa rencontre avec le Général Custer lors de la sanglante bataille de Little Big Horn.
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pierre angulaire

Œuvre charnière, inclassable... indétrônable. Little Big Man est l'un des premiers grands westerns à traiter de front la question des Indiens d'Amérique. Cette fresque grandiose d'Arthur Penn ressort en salles dans une version entièrement restaurée. L'occasion rêvée de se pencher sur un monument à la fois épique, picaresque et contestataire, qui bouscula en profondeur les codes et les légendes du cinéma hollywoodien.

1970. La Guerre du Vietnam est à son apogée. En « direct live » à la télé : les bombardements au napalm, les massacres de masse, les mines anti-personnelles et les exécutions sommaires. De leur côté, les mouvements pour les Droits Civiques comptent leurs morts tandis que, partout dans le monde, souffle un vent de musique, de liberté et de révolution. Logiquement ébranlée par cet ouragan déflagrateur, « l'Usine à Rêves » est à un tournant de son histoire. Les grands cinéastes classiques (Walsh, Ford, Hawks...) sont, comme qui dirait, en fin de carrière et une bande de trublions s'amuse à dynamiter la machine de l'intérieur. Parmi eux, un certain Arthur Penn, l'un des pères fondateurs du «Nouvel Hollywood». Formé au théâtre et à la télévision, l'homme est déjà un habitué des coups d'éclat. A chacun de ses films, il a su faire preuve d'originalité en captant l'air du temps avec une sensibilité héritée de la « Nouvelle Vague » européenne. Qu'il s'agisse de Le Gaucher (western introspectif et psychanalytique consacré au mythe de Billy The Kid), de La Poursuite Impitoyable (drame explosif sur fond de racisme et de lutte des classes) ou de Bonnie and Clyde (fulgurante histoire d'amour « à mort » qui fit couler beaucoup de sang et s'attira les foudres de la censure), l'œuvre de Penn est marquée par la nouveauté, l'esprit critique et la prise de risques.

Des risques, Little Big Man en prend pas mal. Pour la toute première fois, un artiste dirige sa caméra du côté des Indiens, de leurs croyances et de leurs coutumes. Certes, quelques pionniers comme John Ford avaient déjà un peu ouvert la voie mais Little Big Man ressemble à un cri du cœur. Les tribus originelles des Etats-Unis n'y sont plus perçues comme des hordes barbares, primitives et analphabètes mais comme un grand et beau peuple, vaillant, digne et humaniste. Adapté du roman éponyme de Thomas Berger paru en 1964, le scénario est signé Calder Willingham (qui collabora, entre autres, avec Stanley Kubrick sur Les Sentiers de la Gloire) et suit la destinée hors-du-commun de Jack (Dustin Hoffman), un petit blanc enlevé puis élevé par des Cheyennes.

 

elixir chamanique


Fidèle à ses principes de renouveau et d'exploration, Arthur Penn orchestre ce récit d'apprentissage et d'initiation en empruntant tout un tas de directions. Il y a dans Little Big Man plusieurs films en un. C'est à la fois une épopée lyrique, une tragédie sanglante, une comédie burlesque et une réflexion philosophique. Penn y glorifie les grands espaces et le souffle d'aventure (ces vastes plaines interminables, les chevauchées exaltées, les campements nomades qui se déplacent au rythme des saisons...), il y dénonce la violence de l'époque (lors des scènes terribles des tueries perpétrées par les Tuniques Bleues) tout comme il ponctue certains passages de savoureux effets comiques, notamment lors de cette rencontre inattendue entre Jack, pitoyable « gunfighter », et Wild Bill Hickok, légendaire gâchette de l'Ouest. A bien des égards, le personnage de Jack (génial Dustin Hoffman, attachant et pittoresque) évoque un candide voltairien. Un jeune naïf qui se forgera une personnalité au contact des autres : Peau de Vieille Hutte, son grand-père adoptif (incarné par un véritable chef indien), la séductrice et désopilante Louise Pendrake (Faye Dunaway) ou le tristement risible Général Custer (Richard Mulligan), principal responsable de la défaite de Little Big Horn qui opposa, en 1876, le 7ème régiment de cavalerie de l'armée américaine à une coalition de Cheyennes et de Sioux rassemblés sous l'influence de Sitting Bull.

Semblable à un élixir de chamane, Little Big Man brille de mille feux sacrés. En authentique franc-tireur, Arthur Penn propose une œuvre totale. Ample, romanesque et politique. En dénonçant le génocide des Amérindiens et en remettant en cause l'imagerie traditionnelle du western, le metteur-en-scène démythifie la légende de la conquête de l'Ouest, traditionnellement abordée du point de vue des colons. Le « sauvage » n'est plus l'Indien mais plutôt le blanc, symbolisé par le mégalomane et sanguinaire Custer ou le charlatan opportuniste Merriweather. Selon ses propres dires, Arthur Penn souhaitait « que les spectateurs portent un regard critique sur les différentes étapes de l'histoire et sur les protagonistes, des prêtres aux vendeurs ambulants, des bandits armés aux femmes de l'Ouest. » Ses vœux sont exaucés. Little Big Man est un chef-d'œuvre dont la puissance d'évocation demeure intacte. Les thèmes y sont doubles : le massacre des Indiens bien sûr, et en filigrane, l'effroyable réalité de la Guerre du Vietnam. A l'instar du cinéma de Sam Peckinpah, l'œuvre de Penn fut l'un des points déclencheurs de l'Hollywood des années 70, où bon nombre de réalisateurs (de Martin Scorsese à Francis Coppola, en passant par William Friedkin, Hal Ashby, Alan J. Pakula ou Sidney Lumet) s'en donnèrent à cœur joie pour dynamiter les codes de la narration et tirer à boulets rouges sur les fondements mêmes de l'Amérique. L'influence de Little Big Man reste immense. Dans son sillage, bon nombre de tours de force, parmi lesquels Un Homme nommé Cheval (avec Richard Harris dans le rôle d'un Lord anglais capturé par les Sioux), Jeremiah Johnson, sublime fable écologique de Sidney Pollack ou Le Convoi Sauvage de Richard Sarafian, « survival movie » dont s'inspire avec vigueur le récent The Revenant. Sans bien évidemment omettre Danse avec les Loups, film-fleuve de Kevin Costner qui rendait lui-aussi un vibrant et déchirant hommage à la civilisation indienne. Ugh !

Gabriel Repettati










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Image :
Au premier abord le master de Little Big Man peut surprendre. Loin d'être parfaitement nettoyé, de se découvrir comme une copie virginale, elle laisse passer tout au long du métrage (en particulier dans les 5 premières minutes, mais aussi dans certains plans d'ensemble ou inserts) quelques griffures, taches et points blancs fermement incrustés. Pourtant, le Bluray n'est en rien une déception tant le travail sur les couleurs, chaudes et puissantes, se révèle à la hauteur, tout autant que les contrastes ou la tenue des noirs. Une très belle copie en définitive qui semble vouloir préserver le rendu initial du film, ce qui se sent tout particulièrement dans le doux et léger grain de pellicule, toujours présents, mais admirablement géré.

 


Son :
La piste sonore a elle aussi été restaurée, épurée, offrant une clarté totalement inédite permettant dans son DTS HD Master Audio mono de reconstituer fermement le dispositif d'origine, sobre, direct et frontal. Les inconditionnels des nouvelles spatialisations peuvent toutefois se diriger vers le tout nouveau DTS HD Master Audio 5.1 qui tente d'insuffler une dynamique pas toujours des plus efficaces. Quelques scènes de batailles y gagnent avec des échanges de balles et de flèches plus dynamiques, quelques ambiances, mais ce sont surtout les enceintes avant qui disposent des meilleures sollicitations.

 


Interactivité :
Toujours aussi belle, la collection d'objet ultra collector livre / Bluray / DVD de Carlotta atteint aujourd'hui son quatrième opus. Après Body Double, L'Année du dragon et Panique à Needle Park c'est au tour du grand Little Big Man de profiter de ce format limité à seulement 3000 exemplaires. Penser la spontanéité est le titre du livre qui mélange une fois encore des documents issus de plusieurs sources : un entretien avec Robin Wood sur le tournage du film, mais dans lequel Peen et le journaliste parlent surtout de ses œuvres précédents, un compte rendu de ce dernier de sa visite de quelques jours sur le tournage, une réflexion sur la réorientation du western par le cinéaste parue dans Positif et enfin un article universitaire sur la représentation des amérindiens dans le cinéma américains. Le tout est bien entendu agrémenté de nombreuses photos du film ou d'images du tournage, et constitue à l'arrivée un portrait assez précis des enjeux du film et de la méthode, de la personnalité, du cinéaste.

Sa constante recherche d'une authenticité dans le jeu et l'image, il en est encore beaucoup question dans l'excellent reportage d'époque, capturé en plein tournage, où Arthur Penn se dévoile volontiers face caméra, mais aussi en se laissant suivre dans son travail au jour le jour. Un segment réalisé par le célèbre photographe Eliott Erwitt qui part ensuite à la rencontre de Dustin Hoffman pour un nouveau portrait tout aussi sensible. De très pertinents documents que Carlotta complète en demandant au journaliste Philippe Rouyer (Positif) d'enregistrer une préface ainsi qu'une analyse plus complète du métrage autour des questions de la forme narrative, du mélange tragicomique, de la vision inédites des indiens avec quelques anecdotes au passage sur les origines du film et les liens tissés avec l'actualité de l'époque (mouvements hippies, écolo, anti-Vietnam...).

Doté d'une superbe peinture signée Robert Hunt comme visuel, ce coffret de Little Big Man est tout à fait à la hauteur du superbe film qu'il accompagne, et les français peuvent clairement se vanter d'avoir la meilleure édition au monde.

Nathanaël Bouton-Drouard

Liste des bonus : Le livre « Penser la spontanéité : Little Big Man d'Arthur Penn » analyses et archives sur le film dont 60 photos inédites (160 pages), Préface de Philippe Rouyer, critique à Positif et historien du cinéma (7'), « Une épopée picaresque » (25'), « Arthur Penn : sur le tournage de Little Big Man » (26'), « Les multiples facettes de Dustin Hoffman » (14'), Bandes-annonces

 
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