LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME
Non sevizia un paperino - Italie - 1972
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Réalisateur : Lucio Fulci
Musique : Riz Ortolani
Image : 2.35 16/9
Son : Italien et français DTS HD Master Audio 2.0 mono
Sous-titre : Français
Durée : 108 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 15 juin 2017
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « La Longue nuit de l’exorcisme »
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site officiel
LE PITCH
Début des années 70, dans le sud de l’Italie, un petit village de montagne est plongé dans la terreur : de jeunes garçons se font mystérieusement assassiner et la police semble avoir du mal à identifier le meurtrier. Les pistes sont nombreuses, mais aucune ne semble réellement aboutir. La tension monte au sein de cette petite communauté et les habitants commencent à désigner des coupables. Pendant ce temps, les crimes odieux continuent.
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Le temps de l'innocence

Invisible en France depuis trente ans et totalement éclipsé chez nous par ses réalisations macabres des années 80 (de L'Enfer des zombies à L'éventreur de New York), La Longue nuit de l'exorcisme et son titre débile, est pourtant l'une de ses plus fortes réalisations. Noir, dérangeante, brillante... unique.

Fulci avait coutume de dire, et ce malgré les succès commerciaux et la frénésie créatrice qui suivront, que les années 70 sont celles où il aura profité de la plus grande liberté possible. C'est donc là que se cache ses films préférés, ses petites fiertés comme le giallo Le Venin de la peur, le film d'aventure familial Croc Blanc ou le western 4 de l'apocalypse, mais aussi ses authentiques joyaux noirs que son Beatrice Sensi (aka Liens d'amour et de sang en France) et La Longue nuit de l'exorcisme, titre choisi par un distributeur demeuré espérant profiter de l'aura du film de Friedkin. Si l'on rattache souvent Non sevizia un paperino (soit « on ne torture pas un petit canard ») à l'école du giallo, dont il reprend en effet quelques codes et effets de manches, sa proximité avec Beatrice Sensi, film frère, creuse plus encore ces particularismes. Les fameux meurtres ne seront en l'occurrence jamais sensationnels, évitant volontairement le glissement dans la séquence virtuose, pour préserver une nature rude, frontale et âpre à une évocation sans concession d'un fait divers sordide. A la tragédie historique, Fulci opte ici pour une contemporanéité directe et froide, scrutant le microcosme d'un petit village pauvre des Pouilles, marqué par les morts successives de jeunes garçons. L'important ici est sans doute moins le whodunit (très efficace cependant) ou le rituel des exécutions (quasiment hors-champs), mais bien l'étude des personnages, dans un film choral profitant au passage d'une interprétation générale de très haute tenue.

 

tribunal populaire


Un casting imposant, de Tomas Milian (déjà dans Beatrice Sensi) au grand Georges Wilson en passant par la pin-up Barbara Bouchet, auxquels le réalisateur offre des caractères systématiquement troubles, en tout cas jamais éclairés avec chaleur et bonté. Que ce soit les gens de la campagne, décrits comme un peuple arriéré, enfermé dans ses croyances et sa masse, les visiteurs de la ville soit journaliste opportuniste soit allumeuse à la limite de la pédophile, ou les figures d'autorité représentés par une église obscurantiste et une police aussi impliquée que Ponce Pilate. Un film misanthrope, particulièrement cruel dans son illustration de la nature humaine et de la société italienne, qui associe à ses volontés de cinéma néo-réaliste une mise en scène particulièrement inspirée, toujours fine et relativement discrète, mais diablement inspirée. A la traumatisante, et centrale, séquence de lynchage de la « sorcière » (impressionnante Florinda Bolkan) aux faux airs de western crépusculaire, jusqu'à une explosion étrangement gore dans le final, La Longue nuit de l'exorcisme ne cesse d'étonner par sa mélancolie désenchantée (les enfants en pleine prière dans l'église), sa sorcellerie païenne (l'omniprésence de la terre, boueuse ou sèche) et une splendide utilisation d'un paysage en apparence nostalgique (la belle campagne de notre enfance) dont la transformation en cauchemar bien réel est annoncée par une autoroute bétonnée qui surplombe froidement les lieux. En dessous les animaux sont déjà prêts à s'entre-tuer.

Nathanaël Bouton-Drouard








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Image :
Invisibles dans nos contrées depuis de longues années (les fans devaient se tourner vers l'import), La Longue Nuit de l'exorcisme s'offre une résurrection de taille avec une édition évènement signée Le Chat qui fume. Et les festivités se doivent de commencer avec une nouvelle copie restaurée, au minimum scannée en 2K. Le travail fourni ici est particulièrement soigné avec un master resplendissant, qui avec ses tout petits points blancs restants et ses quelques plans légèrement plus éreintés, souligne la volonté de l'éditeur de préserver la nature purement 70's du film et des aspérités pellicules. Le film reste un objet de son époque, rugueux, mais se dote désormais d'une palette de couleur riche et chaude, de noirs ultra profonds et d'un piqué de haute volée. Jamais parfait mais presque, idéal pour une création de Fulci donc.

 


Son :
Censuré et victime de petites coupes moins logiques encore, La Longue Nuit de l'exorcisme nous revient avec son doublage français d'époque, pas forcément mémorable, mais surtout avec des segments manquant, remplacés alors par la version originale sous-titrée. Raison de plus de préférer cette dernière, en DTS HD Master Audio, qui restitue le mono d'origine avec autant de clarté que possible. Les films italiens de l'époque étant systématiquement postsynchronisés, la limpidité et le naturel ne sont pas toujours idéaux.

 


Interactivité :
Toujours plus loin, toujours plus fort, Le Chat qui fume déborde d'amour pour le cinéma de Lucio Fulci et les belles éditions collector. Deux ans après le superbe Le Venin de la peur, voici un nouveau cadeau de taille avec un packaging toujours aussi chic, les trois galettes attendues (bluray et les deux DVDs) et une pléthore de suppléments inédits atteignant les quatre heures de visionnage !
Un menu complet, cela va sans dire, où l'on peut retrouver pas moins de quatre interventions de critique / spécialiste qui évoque chacun à leur manière les particularités de l'objet en question. Lionel Grenier du site luciofulci.fr, Olivier Père (Arte), Jean-François Rauger et Fathi Beddiar, replacent le film dans la filmographie du maître, soulignent ses thèmes, ses élans de mise en scène, son contextes et apporte chacun leurs petits moments d'analyse. Forcément les propos se recoupent parfois (pourquoi pas un montage croisé ?), mais il serait malvenu de faire la fine bouche.
L'autre moitié des suppléments proposés semble plus essentielle encore avec les interviews de quelques membres de l'équipe du film. Les deux actrices Florinda Bolkan et Barbara Bouchet tout d'abord, l'une permettant de rattraper son absence de l'édition du Venin de la peur, explorant ses souvenirs des deux rencontres avec Fulci, l'autre traversant assez rapidement sa carrière bis (pourtant fournie) et s'arrêtant régulièrement sur quelques anecdotes croustillantes, un poil people. Plus techniques Sergio d'Offizi (directeur photo) et Bruno Micheli (monteur), racontent leur collaboration avec le metteur en scène et une partie de leur filmographie, mais surprennent surtout pour leur didactisme et leur envie de décortiquer leur métier et leurs techniques. Enfin, bonus central, l'éditeur a mis la main sur un long enregistrement audio de Lucio Fulci (le même que celui sur le disque de Beatrice Cenci chez Neo Publishing ?) répondant à des questions envoyées par un journaliste américain. Une longue diatribe qui traverse ni plus ni moins que toute la carrière du bonhomme, s'arrête forcément sur La Longue nuit de l'exorcisme, alterne entre désolation et anecdotes, avec un débit un peu chaotique mais forcément incontournable pour les amateurs du cinéaste.

Liste des bonus : Ces jours avec Lucio avec Florinda Bolkan (28'), Qui a tué Donald ? avec Barbara Bouchet (18'), Entre noirceur et lumière avec le chef opérateur Sergio d'Offizi (48'), Le maître du montage avec le monteur Bruno Micheli (27'), Interviews Lucio Fulci (36'), Le temps de l'innocence avec Lionel Grenier du site luciofulci.fr (19'), La longue nuit de Lucio Fulci par Olivier Père (24'), Les brûlures de la frustration par Jean-François Rauger (16'), Ne tuez pas les canards par Fathi Beddiar (22'), Films annonces

 
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