HISTOIRES D’OUTRE-TOMBE & ASYLUM
Tales From the Crypt / Asylum - Royaume-Uni - 1972
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Genre : Horreur
Musique : Douglas Gamley
Image : 1.85 16/9
Son : Anglais & Français DTS-HD 2.0 / Anglais DTS-HD 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 180 minutes
Distributeur : ESC Distributions
Date de sortie : 18 septembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
Lors de la visite d’une crypte, cinq individus s’éloignent du groupe et se retrouvent confrontés à l’étrange gardien des lieux. Le jeune docteur Martin rencontre les pensionnaires d’un asile perdu dans la campagne anglaise.
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La fable de la grenouille

Alors que l'on attend encore la parution des classiques fondateurs de la Hammer sur notre territoire (malgré un très beau coffret de 13 films sorti chez Elephant, il reste encore quantité de titres essentiels sortis uniquement au Royaume-Uni), ESC inaugure une collection British Terrors qui met sa grande rivale à l'honneur, la firme Amicus.

Bien qu'implantée en Grande-Bretagne, la Amicus est fondée en 1962 par un duo d'américains, Milton Subotsky et Max Rosenberg. Si les deux larrons opportunistes se lancent dans la mêlée avec un film musical (It's Trad, Dad !), s'égarent dans le film d'espionnage (Danger Route) et iront même jusqu'à sortir une paire de longs-métrages inspirés de la série Dr Who (Dr Who & The Daleks et Daleks Invasion Earth 2150 A.D., avec Peter Cushing), ils comprennent assez vite que ce que le (jeune) public demande, c'est de l'horreur. La clé du succès et de la fortune. Cinéphile lui-même, Subotsky trouve l'inspiration dans un film anglais de 1945 produit par les Ealing Studios, Dead of Night, un film à sketches. Pour réduire les coûts, le producteur écrit le scénario tout seul et situe ses histoires dans un cadre contemporain, relativement éloigné du terreau gothique cher à Dracula, à Frankenstein et consorts. Quant au réalisateur, aux acteurs et à l'équipe technique, Subotsky et Rosenberg les débauchent directement chez la Hammer. Le besoin de se poser en concurrents directs ne fait alors plus aucun doute.
Sorti en 1965, Dr Terror's House of Horrors (Le Train de l'Epouvante) lance la « formule Amicus » de l'anthologie horrifique. Freddie Francis dirige Peter Cushing, Christopher Lee et Michael Gough au travers de cinq histoires reliées par un fil rouge qui débouche lui-même sur un twist final. Bizarrement, ESC a réservé ce titre fondateur pour sa deuxième vague de British Terrors prévue pour fin octobre (avec Le Caveau de la Terreur) et préfère ouvrir les hostilités avec un autre doublé Freddie Francis / Roy Ward Baker datant de 1972, cinq petites années avant que la firme ne périclite à la suite d'une brouille définitive entre Subotsky et Rosenberg.

 

Fou à lier


Asylum est, de loin, le titre le plus intéressant du lot. Sortie en novembre 1972, cette anthologie réalisée par le vétéran Roy Ward Baker (Quatermass & The Pit) et scénarisée par Robert Bloch (Psychose) entraîne le jeune Robert Powell (futur Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli) dans la spirale de la folie. Mis au défi par le directeur de l'institut (Patrick Magee, célèbre victime, l'année précédente, d'Alex deLarge et de sa bande de droogs dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick) de reconnaître parmi une poignée de patients un psychiatre ayant basculé dans la psychose meurtrière, le médecin suspicieux surveille les indices au cœur de récits invraisemblables. Derrière chaque patient, une histoire. Et derrière chaque histoire, une pathologie.
Si le défaut récurrent des films à sketches réside dans le traitement forcément inégal d'histoires aux qualités variables, Asylum se démarque toutefois par une redoutable cohérence. Si la première histoire, qui met aux prises un mari volage et sa maîtresse avec le cadavre découpés en morceaux de l'épouse éconduite, n'est pas tout à fait la hauteur en raison d'une conclusion un peu expédiée, le reste est d'un très bon niveau. Qu'un tailleur sans le sou soit confronté à un costume dont la confection et le pouvoir de résurrection évoquent les écrits de Lovecraft ou qu'une jeune femme souffre d'un dangereux dédoublement de la personnalité (improbable mais fascinant duo d'une toute jeune Charlotte Rampling et de l'affolante Britt Eckland), le spectateur est gâté par un récit à tiroirs aussi ludique qu'inquiétant et qui se conclut avec sadisme et ironie dans un éclat de rire dément. L'utilisation délicieuse d'Une Nuit sur le Mont Chauve du compositeur russe Modest Mussorgsky en ouverture et en clôture du programme renforce encore un peu plus la singularité d'un film au scénario brillant, à la mise en image solide et au casting dirigé avec soin.

 

Les premiers contes de la crypte


Malgré la présence de Freddie Francis à la barre (célèbre directeur photo des Innocents et d'Elephant Man et réalisateur du très bon L'Empreinte de Frankenstein en 1963), Histoires d'Outre-Tombe amène à un constat bien plus nuancé. Premier film à adapter des histoires macabres publiées dans les pages d'E.C. Comics, Histoires d'Outre-Tombe est à la fois une source d'inspiration pour le futur Creepshow du duo George Romero / Stephen King et l'ancêtre direct de la série culte d'HBO. Un héritage prestigieux qui éclipse sans peine cette anthologie faiblarde qui a clairement souffert des tensions en coulisses entre Milton Subotsky et Freddie Francis. Le premier met en doute les capacités du second à diriger son casting ... qui réplique en taxant le producteur de pingrerie. Ambiance, ambiance. Le fait est que ça démarre mollement (la première histoire avec Joan Collins est un ratage sans équivoque) et que le gardien de la crypte incarné par Ralph Richardson suscite un ennui poli. Tournée en caméra subjective, la deuxième histoire ne fait pas plus de miracles. Il faut attendre la troisième pour que l'ensemble décolle enfin. Et encore, ce sketch intitulé Poetic Justice doit beaucoup (sinon tout) à son interprète principal, Peter Cushing. Dans le rôle d'un vieil homme sans le sou, veuf inconsolable hébergeant des dizaines de chiens et recyclant des déchets en jouets pour les offrir aux enfants du voisinage, le légendaire interprète de Van Helsing, de Sherlock Holmes et du Baron Frankenstein est incroyablement touchant, son propre deuil (sa femme Helen est morte en 1971) nourrissant son personnage.
Las, l'histoire suivante est un nouveau ratage et le dernier sketch où des aveugles se vengent du directeur cruel qui gère leur maison de retraite en l'affamant puis en l'obligeant à franchir dans le noir un couloir étroit aux parois hérissées de lames de rasoir remonte le niveau in extremis. Avant une conclusion convenue et la promesse de Freddie Francis de ne plus jamais travailler avec la Amicus. Ironie du sort, le cinéaste sera invité à mettre en scène un remake d'une des histoires de son anthologie (celle des trois vœux) pour la série Les Contes de la Crypte.

Alan Wilson












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Image :
Histoires d'Outre-Tombe s'en sort nettement mieux qu'Asylum dont la pellicule est par instants très abîmée. Dans les deux cas, le fourmillement en basse lumière est important et les couleurs sont un peu ternes. Il n'y a de toute évidence pas eu l'ombre d'une restauration à la source. Mais soyons honnêtes, l'encodage est de qualité, le format est respecté et on ne découvrira sans doute jamais ces deux films dans d'aussi bonnes conditions.

 


Son :
Oubliez les versions françaises, les versions originales, même si elles sont parfois à bout de souffle, sont de bien meilleure qualité. Et puis, qui oserait se passer des accents so british d'un casting aussi prestigieux ?

 


Interactivité :
C'est une constante, ESC réalise ses bonus en interne. Quitte à décevoir ceux qui espèrent voir l'interactivité des collectors en import reprise et traduite pour les disques français. Il faut donc faire une croix sur les commentaires audio et les featurettes des galettes de Severin Films et se contenter d'une série d'entretiens plaisants avec Laurent Aknin, historien et critique de cinéma. Les éditions sont agrémentées de très beaux livrets signés Marc Toullec, lequel s'était d'ailleurs fendu d'un excellent dossier en deux parties dans les pages de Mad Movies (les numéros 299 et 300, pour les archivistes).

Listes des bonus : livret de 16 pages par Marc Toullec intégré au boîtier, Entretien avec Laurent Aknin, Présentation de la Amicus par Laurent Aknin.

 
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