THE FOG
Etats-Unis - 1980
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Image de « The Fog »
Réalisateur : John Carpenter
Musique : John Carpenter
Image : 2.35 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 5.1, Anglais 2.0 LPCM
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 7 novembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
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LE PITCH
La petite ville côtière de San Antonio Bay, Californie, s’apprête à fêter son centenaire et à honorer ses fondateurs. Mais à minuit, des évènements étranges surviennent et un brouillard qui semble doué de raison menace à l’horizon…
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fantômes dans la brume

Mine de rien, cette nouvelle édition de The Fog, pas loin d'être définitive, arrive à point nommé pour réparer une injustice. Indigne du support, le blu-ray nu comme un ver édité en 2008 par Studiocanal traitait l'un des meilleurs films de John Carpenter comme un vulgaire fond de catalogue pour bac à soldes. On était alors bien loin du dvd collector de 2003, de sa copie soignée et de son très beau coffret cartonné rempli de suppléments passionnants.

Sans pousser le bouchon jusqu'à parler d'œuvre maudite ou de vilain petit canard, The Fog ne possède manifestement pas la même aura culte et populaire qu'Halloween, Escape From New York, The Thing ou même Big Trouble in Little China. C'est au contraire un film à la modestie revendiquée. Une histoire de fantômes tout ce qu'il y a de plus classique, racontée sans chichis dans le cadre d'une production indépendante à petit budget.
Le succès phénoménal d'Halloween aurait pu propulser John Carpenter aux commandes d'un grand film de studio. Il n'en fut rien. Si le cinéaste affirme, encore aujourd'hui, ne pas avoir été submergé de propositions, on l'imagine sans peine se réjouir intérieurement de pouvoir garder sa liberté. Il faut dire qu'à cette époque, Carpenter se considère toujours comme un débutant, un artisan à qui il reste beaucoup à apprendre. Alors, il bosse, et dur. Il écrit scénario sur scénario et réalise deux téléfilms, le thriller Someone's Watching Me ! (baptisé Meurtre au 43ème Etage pour sa diffusion française) et le biopic Elvis où il inaugure sa collaboration avec Kurt Russell. Fort de ces nouvelles expériences, Carpenter signe dans la foulée un contrat pour deux long-métrages avec Avco Embassy, petite compagnie de production spécialisée dans le cinéma de genre et dirigée par Robert Rehme (futur producteur de Jeux de Guerre et Danger Immédiat).

 

petite malédiction entre amis


Pour succéder officiellement au carton d'Halloween, le réalisateur imagine avec sa complice Debra Hill une histoire qui s'inspire à la fois d'une série B anglaise des 50's, The Crawling Eye de Quentin Lawrence (avec sa menace dissimulée dans les nuages), et du naufrage criminel et authentique (et du pillage qui s'en suivit) d'un bateau au large des côtes californiennes au 19ème siècle. La citation du poème d'Edgar Allan Poe, « A Dream Within a Dream », placée juste avant le prologue, éloigne d'emblée The Fog du réalisme (supposé) et de la brutalité contemporaine d'Halloween et inscrit le film dans la grande tradition de la littérature et du cinéma fantastique. Outre Poe, John Carpenter se fend d'un hommage très à propos aux terreurs innommables (et maritimes) d'H.P. Lovecraft, un auteur qu'il affectionne tout particulièrement et vers lequel il reviendra plus ou moins directement avec The Thing, Prince des Ténèbres et L'Antre de la Folie. Et c'est vers la structure du conte que penche la narration de The Fog, avec une première scène d'une beauté sidérante où, à l'approche des douze coups de minuit, un vieux loup de mer raconte une histoire macabre à un petit groupe d'enfants rassemblés autour d'un feu de camp sur une plage. Combinée aux nappes synthétiques d'un score très atmosphérique (composé par Carpenter himself), la prestation à l'ancienne de l'acteur John Houseman donne le ton d'une œuvre humble, visant à la fois l'épure et une incroyable sophistication.

 

à travers le temps


Comme pour ses efforts précédents (et à venir), le style de « Big John » Carpenter fonctionne sur un classicisme hérité d'Howard Hawks, un découpage limpide et dynamique, tranchant comme une lame de rasoir, une science du cadre visant à l'essentiel et sublimée par le luxe du cinémascope et la photo inégalable de Dean Cundey, ... ainsi qu'une cinéphilie discrète. Dans les manifestations paranormales qui agitent le premier acte, l'ombre du Steven Spielberg des Dents de la Mer et de Rencontres du Troisième Type plane subtilement. Et la gestion du suspense et de la tension, magistrale, évoque bien évidemment Hitchcock. Une parenté renforcée par la présence au générique de Janet Leigh (mère de Jamie Lee Curtis et icône éternelle de la scène de douche la plus anxiogène de l'histoire du 7ème Art) et l'emprunt conscient de certains des lieux de tournage des Oiseaux. La seule maladresse vient toutefois du scénario. En annonçant à mi-parcours son bodycount final (« 6 must die ! »), Carpenter et Debra Hill amoindrissent quelque peu l'ampleur de la menace qui pèse sur la petite communauté d'Antonio Bay, dans le seul but de se ménager un dernier sursaut avant le générique de fin. Une peccadille et la seule trace visible (mais indirect) d'une post-production compliquée qui força Carpenter et son équipe à tourner de nouvelles scènes, à composer un nouveau score et à revoir le montage de fond en comble. Un mois de travail intense pour revoir sa copie et livrer non pas un chef d'œuvre mais un petit classique dont la rigueur et l'efficacité peuvent encore mettre à genoux la totalité de la production horrifique de ces dix dernières années. Respect, Big John !

Alan Wilson








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Image :
Assez maltraité en vidéo et souvent surtout distribué par d'autres éditeurs à travers le monde, The Fog revient dans l'escarcelle d'un Studio Canal qui semble enfin décidé à célébrer le talent de John Carpenter. La preuve avec cet objet qui contient sur le Bluray et l'UHD un tout nouveau, et impressionnant, master 4K. Une exclusivité européenne pour l'instant et une vraie prouesse tant la copie était restée assez abimée (taches, griffures, compositions fatiguées) et que le pari de la très haute définition est forcément malmené par le dispositif initial : le brouillard. La restauration s'en sort avec tous les honneurs et si quelques plans sombres ou des zones faisant apparaitre des nappes ajoutées en post-production restent encore marqué par un grain neigeux, l'ensemble du métrage est une véritable merveille de précision, de profondeur et de limpidité. Un constat plus évident encore avec le disque UHD qui révèle sur chaque plan toute la richesse de le pellicule avec une matière organique et fluide et surtout des couleurs à la fois subtiles et puissantes, et des jeux de lumières presques invisibles jusque-là. Difficile de faire mieux.

 


Son :
Sortie "made in 2018" oblige le film est proposé dans des DTS HD Master Audio 5.1 qui profitent de la restauration de la bande sonore pour ajouter quelques effets de spatialisation. Cela reste assez discret et plutôt équilibré, mais les vrais fans préfèreront sans doute retrouver la rugosité initiale avec une stéréo d'origine pimpante et puissante disposée en plein débit.

 


Interactivité :
On attaque fort avec une paire de commentaires audio riches en informations de première main. Sur le premier, John Carpenter et Debra Hill égrainent leurs souvenirs avec une belle complicité. Un supplément qui commence à dater puisque Debra Hill, productrice et scénariste inestimable, nous a quitté en 2005, emportée par un cancer. RIP de circonstance pour une grande dame du cinéma américain. Sur une autre piste, le fanboy Sean Clark dirige une conversation dans la bonne humeur avec Tommy Lee Wallace, Adrienne Barbeau et Tom Atkins.
Le reste des suppléments est regroupé sur un deuxième disque bluray plein à craquer. Uncovering John Carpenter's The Fog constitue un excellent making-of rétrospectif qui aborde tous les aspects de la production avec l'apport d'intervenants extérieurs au film. Sean Clark, toujours lui, nous propose de revenir sur les lieux du tournage dans un bonus touristique agréable mais anecdotique. Un documentaire un peu trop court s'attarde sur les projets abandonnés de John Carpenter entre le milieu des années 70 et le début des années 80. Le réalisateur n'est réellement à l'honneur que sur deux autres modules hérités de l'édition collector de 2003. Soit une présentation enjouée et informative et une analyse de séquences poussive et cheap où Big John se retrouve seul face à une télé qui diffuse des bouts de scènes de son film. On préfèrera nettement la featurette d'époque extraite de Fear on Film, l'émission de Mick Garris. Non seulement, c'est plus court mais la nostalgie des 80's fonctionne à plein régime. Ne reste plus qu'un petit bêtisier composé de chutes montages (sous l'appellation trompeuse de « scènes coupées »), une comparaison film/storyboard et tout le matériel promotionnel du film. Soit une interactivité relativement complète mais dont on regrettera tout de même qu'elle ne contienne aucun sujet précis sur le premier montage du film et son score abandonné. Quant au CD de la bande originale, il n'est malheureusement présent que sur l'édition anglaise disponible en import et c'est carrément rageant.

Liste des bonus : Commentaire audio de Debra Hill et John Carpenter / Commentaire audio de Tommy Lee Wallace, Adrienne Barbeau et Tom Atkins / Révélations sur le film / The Shape of Things to Come : les œuvres non filmées de John Carpenter / Introduction de John Carpenter / Analyse de scènes par John Carpenter / Au Cœur de Fog / Fog : du scénario au film / Scènes Coupées / Horror's Hallowed Grounds with Sean Clark : les lieux du tournage de Fog / Spots Télévisés / Bandes annonces / Galerie de photos

 
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