MEN OF HONOR
Journey’s End - Royaume-Uni - 2017
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Men of Honor  »
Genre : Guerre
Réalisateur : Saul Dibb
Image : 2.35 16/9
Son : Anglais et français DTS HD Master Audio 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 107 minutes
Distributeur : Swift Productions
Date de sortie : 23 octobre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Men of Honor  »
portoflio
LE PITCH
Mars 1918. La compagnie C du Capitaine Stanhope prend la relève dans les tranchées de la Somme. Dans cette guerre de position qui s’éternise, une dernière offensive majeure des Allemands pour percer les lignes alliés semble imminente. Les officiers attendent le déluge de feu quand ils sont rejoints par le jeune Lieutenant Raleigh, qui a fait un long voyage pour retrouver Stanhope, son ami d’enfance. Mais celui-ci est devenu un homme sombre, dévoré par l’alcool et l’angoisse. Alor...
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c'était pas leur guerre

Un réalisateur labellisé « drame historique », un casting solide, un épisode tragique de la Grande Guerre situé en France.... Tous les arguments étaient réunis pour une sortie salle en grande pompe. Au lieu de ça, Men of Honor sort dans une édition labellisé « Mission Centenaire » en direct-to-vidéo. Mauvais signe ?

Saul Dibb n'est pas un cinéaste de l'emphase. Il a même parfois une tendance à jouer une partition trop subtile qui finit par rendre certains de ses essais inoffensifs (voir l'ennuyeux The Duchess). Néanmoins, dans Suite française, son précédent effort, il trouvait déjà un équilibre entre la grande Histoire (la résistance française dans toutes ses contradictions) et le drame intime (un amour impossible entre une résistante et un lieutenant de la Wehrmacht). Fidèle à la thématique qu'il file film après film - des personnages issus de classes sociales différentes forcés de cohabiter durant des évènements dramatiques -, il trouve avec Men of Honor un sujet parfait. En évitant l'écueil d'un décorum trop lourd, il simplifie sa mise en scène et parvient à s'épanouir dans l'exercice ô combien difficile du film de groupe.

 

un jour sans fin


Dans les tranchées de la Somme, la compagnie du capitaine Stanhope (Sam Claflin) prend la relève. Bientôt rejoint par son ami d'enfance, le Lieutenant Raligh (Asa Butterfield), et accompagné par le Lieutenant Osborne (magnifique Paul Bettany), ils attendent d'un jour à l'autre l'offensive des Allemands. En adaptant la célèbre pièce de théâtre de R.C. Sheriff  Journey's End (titre original du film) et le roman qui en a découlé, Saul Dibb et son scénariste Simon Reade choisissent un parti pris casse-gueule : faire un film de guerre pas guerrier, et sans héroïsme. Adaptation théâtrale oblige, le film doit faire avec des décors limités (ici la tranchée et le QG souterrain des gradés) et une matière très dialoguée. Et Dibb se tire admirablement de ce qui aurait pu être un pensum verbeux. Car si la parole est extrêmement présente, elle a une fonction fondamentale. Elle est tout ce qu'il reste à ces soldats. Tout ce qui leur permet de combler le vide, de tenir tant bien que mal à distance la boucherie à venir. Le sentiment de résignation qui les habite rend chaque mot, chaque geste, lourd de sens. Point de figures iconisées ici, ni de héros va-t-en-guerre, mais juste des soldats destinés à l'abattoir. Le dénuement dans lesquels ils évoluent - la reconstitution, toute en petits détails, est impressionnante - et la logique comptable abjecte de l'Etat-Major, renforcent la dramaturgie et tissent un lien (humble, rassurez-vous) avec le vénérable Les Sentiers de la gloire.

 

les tranchées de la perdition


Emaillé çà et là de très belles séquences (le cauchemar du Capitaine Stanhope voyant la tranchée s'embraser, le dernier rayon de soleil sur le visage du Lieutenant Osborne) le film souffre par moments du manque de maîtrise de son réalisateur. Si les scènes de tranchées, dans lesquelles semblent s'affronter ciel blanc plombant et boue noire de crasse, sont sublimes, les intérieurs, baignés d'une lumière jaune-orangée très artificielle, trahissent un emploi du numérique inappropriée. On aurait en effet apprécié que la mise en image de cette époque bénéficie d'une image granuleuse, vivante, apanage inégalable du support photochimique. Saul Dibb - on ne se refait pas - retombe également dans certains de ses travers. La caméra portée sait toujours trouver sa place dans des décors exigus et faire ressentir la claustrophobie, mais se montre trop sage dans les scènes de combat. Car il ne suffit pas de secouer sa caméra comme si elle était un personnage pour créer du spectaculaire. Ces séquences, trop courtes mais pas assez sèches, échouent à rendre vraiment touchante la perte de certains personnages auxquels on s'était pourtant attachés. C'est peut-être dû à des limites budgétaires, mais sans doute aussi aux limites de Saul Dibb en tant que cinéaste. À trop vouloir être dans la retenue, il propose dans ces séquences une approche qui manque d'ampleur, et qui freine par conséquent une émotion prête à jaillir. C'est d'autant plus dommage que la façon dont il filme la vie dans les tranchées, les traumas sur les visages fatigués des soldats, est magnifique.

Un film bancal donc, mais émotionnellement puissant, dont on se demande comment il a pu passer sous le radar des distributeurs cinémas hexagonaux. Et dont on regrette qu'il soit par conséquent condamné à une injuste confidentialité.

François Willig










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Image :
Très très impressionnant. Le master est superbe, notamment dans les scènes d'extérieurs. La variété des teintes, des textures (boue, crasse, fumées, fumigènes, etc) est rendue avec une précision hallucinante.

 


Son :
Parfait aussi. A la fois respectueux des ambiances intimes des scènes d'intérieurs, et jouant allégrement des canaux surround pour livrer des séquences guerrières très immersives. Ce mixage DTS HD Master Audio 5.1 précis fait également honneur au superbe score de Hildur Guðnadóttir.

 


Interactivité :
Le disque est rempli de bonus, misant malheureusement plus sur la quantité que sur la qualité, et axant uniquement la réflexion sur les questions historiques, au détriment d'une approche cinéphilique. C'était attendu sur une édition de ce type. Tout d'abord, Nous avons une « Présentation du film » ... qui n'en est en réalité pas une ! Juste un petit making-of introductif et assez anecdotique. On continue avec un module de deux minutes sans intérêt intitulé « Beyond the trenches » et constitué de plans de tournage bruts, sans aucune explication. On passe ensuite à une série d'interviews des trois comédiens principaux (Paul Bettany, Asa Butterfield, Sam Claflin) ainsi que du réalisateur Saul Dibb et de son scénariste Simon Reade. On y piochera quelques infos çà et là, mais c'est dans sa globalité assez redondant, les questions étant peu ou prou les mêmes pour chaque intervenant. On arrive ensuite à la partie plus historique avec une présentation des grandes périodes de la guerre. Intéressante contextualisation bien que trop rapide pour être véritablement digeste. Des bandes-annonces complète la partie bonus du DVD. Le blu-ray bénéficie de bonus supplémentaires, avec en premier lieu un documentaire « Men of Honor, mars 1918 ; contexte historique et chronologie de la bataille ». Il s'agit d'un module qui permet un regard plus macro sur le moment de la Grande Guerre évoqué dans le film. Informatif et plaisant à suivre grâce notamment à quelques belles archives. « Les tranchées vues du ciel » rend hommage au régiment Newfoundland qui est au cœur du film. Le mélange de plans en drone, d'images d'archives (malheureusement recadrées, comme dans les autres bonus) et de la (belle) musique du film, rend ce supplément assez hypnotisant à défaut d'être passionnant.
Enfin, nous avons une interview d'Alexandre Lafon, Directeur adjoint de la Mission Centenaire, qui fait une explication pédagogique sur le rôle de la « Mission Centenaire » dans la valorisation des initiatives mémorielles. Un module de communication publique instructif mais tout à fait plat dans le propos et dans la mise en forme (une interview dans un bureau, sans aucune archive). En règle générale, nous avons eu l'impression que ces bonus auraient gagnés à ne pas être juste pédagogiques et vulgarisateurs, mais à proposer en plus une approche pointue à destination des historiens ou des amateurs éclairés. On a ici le fâcheux sentiment de rester à la surface des choses. Dommage, il y avait tant à dire...

Liste des bonus : Présentation du film (6') - Beyond the trenches (2') - Interviews de Saul Dibb (réalisateur), Simon Reade (scénariste), et des acteurs Sam Claflin, Asa Buttefield et Paul Bettany (30') - Les Grandes périodes de la Guerre 14-18 par l'historien Jean-Yves Le Naour - Bandes annonces (VO et VF) - Men of Honor, mars 1918 : contexte historique et chronologie de la bataille (40') - Les tranchées vues du ciel (2') - Interview d'Alexandre Lafon, Directeur adjoint de la Mission Centenaire (10')

 
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