NICKELODEON
Etats-Unis / Royaume-Uni - 1976
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Nickelodeon »
Genre : Comédie
Réalisateur : Peter Bogdanovich
Musique : Richard Hazard
Image : 1.85 16/9
Son : Français & Anglais DTS-HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 125 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 28 novembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Nickelodeon »
portoflio
LE PITCH
1910. Poursuivi par un client mécontent, Leo Harrigan, un jeune avocat de Chicago, fait la rencontre de H.H. Cobb, producteur de cinéma indépendant. D’abord engagé comme scénariste, Harrigan est bombardé metteur en scène sur un tournage en Californie…
Partagez sur :
cet obscure objet de la discorde

Après les sorties récentes et luxueuses de The Last Picture Show et de Saint Jack chez Carlotta, c'est au tour de Jean-Baptiste Thoret et de son indispensable collection « Make My Day ! » chez Studiocanal de rendre hommage à Peter Bogdanovich en éditant une véritable rareté, Nickelodeon, comédie cinéphile et douce-amère sur les pionniers du 7ème Art.

Mais plus qu'un film un peu obscur dissimulé au sein d'une filmographie foisonnante, Nickelodeon marque une date importante pour le réalisateur de What's Up, Doc ?. Un tournant, comme dirait l'autre. Et celui-ci fut loin d'être agréable. Dans la relation de Peter Bogdanovich avec les studios, Nickelodeon porte l'étiquette infamante du « bide de trop » (un terme sans doute un peu exagéré car le film enregistra quelques profits, aussi maigres furent-ils), le troisième d'affilée après les tout aussi méconnus et diversement appréciés Daisy Miller et At Long Last Love. Mais les tracas ne se limitèrent pas au résultat du box-office. Outre un conflit ouvert avec Irwin Winkler qui accusa Bogdanovich d'avoir ruiné un scénario fabuleux avec ses réécritures multiples, le casting cristallisa l'essentiel des tensions. Dans les rôles principaux, le triangle amoureux de tête, Bogdanovich voulait voir sa muse Cybill Shepperd entourée de John Ritter (qui hérita finalement d'un rôle secondaire) et Jeff Bridges mais fut contraint de les remplacer par la débutante Jane Hitchcock er d'autres habitués, Ryan O' Neal et Burt Reynolds. Un autre rôle essentiel changea d'interprète à la dernière minute : écrit pour Orson Welles (qui avait pourtant accepté de participer), le producteur survolté et un peu escroc sur les bords H.H. Cobb échut finalement à Brian Keith, vu l'année précédente dans le rôle de Theodore Roosevelt dans Le Lion et le Vent de John Milius. Un acteur à la présence indiscutable mais dont la carrière n'a pas la même puissance symbolique que celle du réalisateur de Citizen Kane. Frustré jusqu'à l'os, Peter Bogdanovich conserve à ce jour un souvenir mi-figue mi-raisin d'un tournage tantôt agréable, tantôt électrique.

 

Il était une fois le cinéma


Les problèmes du cinéaste se poursuivirent malheureusement en salle de montage. Déjà contraint de couper quatre minutes essentielles à ces yeux (puisqu'elles éclairaient considérablement les relations entre le personnage de Ryan O'Neal et de Stella Stevens), Bogdanovich dut subir un ultime crève-cœur. Eclairé avec soin par le génial Laszlo Kovacs, Nickelodeon aurait dû être développé et étalonné en noir et blanc, épousant ainsi formellement l'époque et l'art qu'il est censé dépeindre. Refus de la Columbia qui préféra sortir le film en couleurs, dénaturant totalement les intentions de départ. Ecœuré, Peter Bogdanovich prit un congé de trois ans, cassant son rythme de travail habituel avant de revenir par la petite porte avec Saint Jack en 1979.
L'affaire est close ? Pas tout à fait. A l'occasion d'une sortie en DVD en 2009 et de l'appui d'une Columbia repentante, Bogdanovich put enfin restaurer son film dans sa version d'origine et tourner la page. L'occasion pour le spectateur de redécouvrir une œuvre qui préfigure largement The Artist, le trip nostalgique et multi-récompensé de Michel Hazanavicius. Si l'on met de côté un premier acte un peu trop frénétique et laborieux dans sa mise en place, Nickelodeon capture avec un mélange de fébrilité et de tendresse l'enthousiasme de ces apprentis cinéastes pour qui tout un langage restait encore à inventer. Passionné par le cinéma muet et les expérimentations à la chaîne des origines du cinéma, Bogdanovich nourrit son intrigue de milliers d'anecdotes recueillies auprès des cinéastes Allan Dwan, Leo McCarey, Raoul Walsh et John Ford et célèbre avec une poésie irrésistible la révolution stylistique de Naissance d'une Nation de D.W. Griffith en 1915 (évitant assez habilement la polémique lié au racisme de cette œuvre). Parfois franchement hilarant (le combat interminable entre un Burt Reynolds au sommet de sa forme et un Ryan O'Neal titubant, l'opiniâtreté du personnage de Tatum O'Neal), souvent touchant (les projections de rushes en fin de journée, le monologue solennel de Brian Keith), Nickelodeon rend compte d'un âge d'or perdu avec ce qu'il faut de lucidité. Trop en révéler reviendrait à déflorer ce qu'il est permis d'appeler un « grand petit film ». Laissez-vous séduire, le voyage en vaut la chandelle.

Alan Wilson






Partagez sur :
 

Image :
Présentée à titre de comparaison, la copie couleur n'a de toute évidence pas été restaurée et conserve quantité d'accidents de pellicule avec une définition correcte mais à peine digne du support. Tout le contraire du director's cut en noir et blanc avec son image immaculée. Sans doute un peu trop d'ailleurs avec un rendu numérique qui a souvent tendance à lisser le grain cinéma là où il ne faut pas. Conforme à ce que l'on peut atteindre d'un blu-ray en 2018, il se peut toutefois que le résultat soit sujet à débat chez les ayatollahs du support.

 


Son :
La version française est réservée à la version courte en couleurs et s'avère très agréable à l'oreille avec un doublage réussi. Mais elle ne fait pas le poids en comparaison d'une version originale nettoyée et plus équilibrée.

 


Interactivité :

Bien sûr, le choix entre les deux versions est le supplément le plus important en soi. Mais la collection réaffirme son extraordinaire cohérence éditoriale en proposant un documentaire précieux d'une vingtaine de minutes où Peter Bogdanovich revient sur ses projets avortés avec un humour qui masque mal les regrets d'une carrière atypique. Le même livre un commentaire audio soutenu et bien construit pour la version longue. Enfin, monsieur Thoret se fend d'une présentation riche en informations essentielles. La preuve que la qualité est toujours préférable à la quantité.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret / Commentaire audio du réalisateur Peter Bogdanovich sur la version longue / Peter Bogdanovich : Les Films Invisibles / Bande-annonce

 
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2018