MANDINGO
Etats-Unis - 1975
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Image de « Mandingo »
Genre : Drame, Historique
Réalisateur : Richard Fleischer
Musique : Maurice Jarre
Image : 1.77 16/9 Compatible 4/3
Son : Anglais DTS HD Master Audio 2.0
Sous-titre : Français
Durée : 127 minutes
Distributeur : Studio Canal
Date de sortie : 5 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Mandingo »
portoflio
LE PITCH
En 1840, Maxwell, un riche propriétaire de Louisiane, oblige son fils Hammond à épouser Blanche, sa cousine, pour conserver la pureté génétique de son clan. Découvrant que sa femme n’est pas vierge, Hammond la délaisse et entame une liaison avec Ellen, une jeune esclave. Blanche se donne par vengeance à un jeune noir.
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Gone with the dream

Film honnie malgré (ou à cause de) un certains succès populaire, conspué largement par la critique et vite enterré par la Paramount, Mandingo fut longtemps enseveli sous les injures de film raciste, réactionnaire, pornographique et putassier. Un soi disant film d'exploitation scrutant avec perversité les pires travers de la société sudiste. Difficilement soutenable certes, mais un traitement qui pourtant ne laisse planer que peu de doute sur la vision de Richard Fleischer (Soleil Vert, Les Vikings, L'Etrangleur de Boston...).

Commandité par le producteur Dino Di Laurentis pour le compte de la Paramount, c'est cependant bien sous couvert d'une proposition fermement commerciale que fut imaginée Mandingo, devant s'intégrer à la vague naissante et très populaire de la blackploitation. Sauf que rapidement, le cinéaste mercenaire, mais toujours très doué pour se réapproprier ses commandes, Richard Fleischer apposa sa condition : faire de Mandingo LE film sur la condition des esclaves noirs dans l'Amérique sudiste. Un sujet totalement escamoté dans le payssage du cinéma US, ou alors édulcoré jusqu'à une certaine idéalisation proche de l'image d'Epinal. On pense ici à La Mélodie du sud, production Disney honteuse et invisible aujourd'hui, et surtout à l'éternel Autant en emporte le vent, fresque romanesque cinématographiquement impeccable et grandiose, mais totalement confondante dans sa manière de dépeindre de gentils et braves esclaves si fier de servir des maitres blancs si attentionnés. C'est clairement la cible privilégiée de Fleischer qui dès l'affiche en détourne les codes, remplace le mythique couple passionnel par deux autres interraciaux (encore rare en 1975) et surtout les petites scénettes faisant rêver le futur spectateur par les pires scènes de violence et d'humiliations à venir.

 

c'était le suuuuuud


Un humour très noir dont ne fera finalement que rarement preuve le film proprement dit qui préfère s'acharner à décrire frontalement et sans distance l'avilissement complet que faisaient vivre les riches propriétaires blancs sur la population noire, traitée comme de simples animaux domestiques. Combats à mains nus jusqu'à la mort, viols et sévices sexuels totalement intégrés dans les mœurs, punitions barbares, lynchages sommaires... Le summum étant d'ailleurs atteint par cette image récurrentes d'un maitre de maison presque sénile (James Mason tristement flippant) obligeant un petit garçon nu à rester à ses pieds dans l'espoirs de lui transmettre ses rhumatismes. Sordide assurément, limite soutenable parfois, en particulier parce que la mise en scène enferme l'œil du spectateur dans des compositions maitrisées, des cadres « classiques » (les quelques effets de zoom plus modernes ne sont pas forcément des réussites), une lumière à la fois suave et crépusculaire, et même une bande son signée de Maurice Jarre qui oscille entre le champêtre en contre-point et le nauséeux des films d'horreur à venir. Mandingo quête le malaise du spectateur et rejette violement les facilitées justement du cinéma d'exploitation : les scènes de violence (combat, chasse à l'homme) ne sont jamais libératoires, les scènes de sexe froides et glaçantes. Et pas question ici d'une conclusion en forme de vengeance expiatoire, et d'une ultime rébellion de l'homme noir à l'instar du Django Unchained de Quentin Tarantino (qui le cite ouvertement), car totalement assujettis à la classe dirigeante, les esclaves ne semblent même plus, ou presque, envisager la rébellion voir la liberté.

Un film aux effluves écœurantes, pourrissantes, à l'image de son décor, veille demeure en plein délabrement envahie d'herbe hautes, et de ses protagonistes WASP, sous-humanité fleuretant avec la débilitée, pratiquant généreusement l'inceste, asséché par la haine de l'autre, tout ça sous couvert, bien entendu, d'un ordre établie et d'une Bible qu'ils n'ont sans doute jamais lu. Et dire que le Mandingo que l'on connait aujourd'hui est une version édulcorée par la censure et largement amputée d'une bonne moitié de sa durée initiale !

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
La voie choisie par la collection Make My Day ! est maintenant claire : distribuer des films rares, mais cultes, en HD ou réhabiliter des productions boudées mais clairement à l'avant-garde de leur époque. Mais cela a un prix, comme le montre une nouvelle fois Mandingo avec sa copie qui n'a rien d'une restauration luxueuse et d'un transfert explosif. Peu de taches ou griffures sont visibles, le cadre est essentiellement stable et ne semble pas martyrisé par un logiciel DNR trop lourd, mas le résultat hésite bien souvent entre de la SD upscallée et de la HD faiblarde. En particulier du coté des couleurs fanées, d'une profondeur presque absente, et d'un piqué de toute façon insuffisant. Un aspect « gritty » comme disent les ricains qui fonctionne plutôt bien avec le coté crado de Mandingo mais qui ne laisse, le plus souvent, que deviner les efforts effectués sur une photographie crépusculaire.

 


Son :
Unique piste disposée ici, la version originale en DTS HD Master Audio se montre assez propre avec une frontalité directe et maitrisée. Les meilleurs moments sont essentiellement lorsque les voix chaudes entonnent un blues désespéré. Le moins percutant étant curieusement la scène du combat, mixée avec une curieuse distance (mais il semblerait que ce soit d'origine). Dans tous les cas, les dialogues sont clairs et les effets bien posés.

 


Interactivité :
Directeur de la collection, Jean-Baptiste Thoret semble bien décidé à redorer définitivement le blason de Mandingo et il le fait savoir tout d'abord par une préface au débit interrompu puis par une analyse plus poussée encore dans un second segment qui souligne fortement les liens entre ce film et Autant en emporte le vent. Passionnant et pertinent comme toujours avec le journaliste, qui fait cependant appel aux collègues Samuel Blumenfeld, Jean-Loup Bourget et Olivier Père pour un troisième supplément revenant cette fois-ci essentiellement sur le traitement de l'esclave noir dans le cinéma américain, et donc la singularité de l'opus de Richard Fleischer. Un programme bien fourni où l'on trouve en guise de digestif une longue interview carrière de James Mason à la télévision belge. Le flegme et l'élégance du bonhomme font tout le charme de la rencontre.

Liste des bonus : Préface de Jean-Baptiste Thoret (12'), Mandingo revu par Samuel Blumenfeld, Jean-Loup Bourget et Olivier Père (40'), « Autant en emporte le sang » : analyse de Jean-Baptiste Thoret (19'), Interview de James Mason pour l'émission « Cinescope » (1977 - 30'), Bande-annonce originale du film.

 
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