UNDER THE TREE
Undir trénu - Islande - 2017
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Musique : Daniel Bjarnason
Image : 2.35 16/9
Son : Islandais Dolby Digital 5.1
Sous-titre : Français
Durée : 89 minutes
Distributeur : Bac Films
Date de sortie : 15 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Under The Tree »
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LE PITCH
Expulsé du domicile conjugal par sa compagne qui l'accuse d'adultère, Atli retourne vivre chez ses parents. Il ignore tout du conflit qui les opposent aux voisins au sujet d'un arbre dont l'ombre est jugée trop imposante …
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nos pires voisins

Pour le public français, l'Islande, c'est avant tout un idéal de tourisme sauvage. Et, au passage, le décor de choix d'un nombre croissant de blockbusters en mal de grands espaces insolites (Prometheus et Rogue One y ont planté leurs caméras). Mais il existe aussi une industrie local et à la vue de cet excellent (et glaçant) Under The Tree, il serait sans doute bon d'y jeter un regard plus fréquent.

Son nom a beau nous être totalement inconnu, Hafsteinn Gunnar Sigurdsson n'en est pourtant pas à son coup d'essai. Faisant suite à A annan veg (2011) et Paris of the North (2014), deux inédits que l'on aimerait bien voir dans nos contrées, Under The Tree révèle un cinéma minimaliste, précis et d'une intelligence redoutable. Métaphore impitoyable d'une époque troublée, cette querelle de voisinage à priori banale est rendue mémorable par l'alliance de plus en plus rare d'un scénario au cordeau, d'une mise en scène discrète et d'acteurs impeccables. On regrettera tout simplement un certain manque de personnalité d'un point de vue formel (c'est parfois à deux doigts du téléfilm façon Arte, la chaîne franco-allemande ayant d'ailleurs participé au financement).
Mais ici, seule compte l'histoire. Et alors que l'on cherche un humour salvateur, elle demeure, à de rares exceptions près, d'une noirceur étouffante et cruelle. Scène après scène, Sigurdsson (également co-scénariste) dresse le constat d'un échec. Les hommes et les femmes s'invectivent, s'accusent mutuellement, se menacent mais finissent par oublier l'essentiel : se parler. Et les non-dits - comment en douter ? - peuvent tuer. L'apaisement ne peut venir que d'une parole construite, claire et sincère, débarrassée des tabous que l'on a le malheur de s'imposer. Deux scènes viennent nous offrir un espoir éphémère : Atli discutant autour d'un verre avec son père, un homme bon mais renfermé et soumis aux caprices d'une femme dépressive et rongée par la haine, et ce même Atli proposant à sa compagne l'arrêt des hostilités et une séparation raisonnable, entre adultes. L'espoir, il fallait s'y attendre, sera balayé par la bêtise, le hasard et la violence.

 

parle avec elle


Faux personnage principal menant sa propre quête (revoir sa fille et expliquer sa mauvaise conduite), Atli n'agit qu'en périphérie de l'intrigue centrale. Le véritable centre de gravité d'Under The Tree, c'est Inga, superbement interprétée par Edda Bjorvingsdottir, ni plus ni moins que la Meryl Streep islandaise (s'il fallait trouver un point de comparaison). Mère acariâtre niant le suicide de son fils aïné, envieuse de l'histoire d'amour (même impafaite) que vivent ses voisins et capable des pires horreurs, elle symbolise, par son inflexibilité, toute la tragédie de l'espèce humaine. Cet arbre qu'elle refuse d'élaguer, c'est sa propre colère et le deuil qu'elle refuse de faire. Et à partir de ce geste anodin, de cette triste fin de non recevoir, Sigurdsson va dérouler méticuleusement les ingrédients du drame. Des pneus crevés, pour commencer. Puis la disparition du chat d'Inga. Et c'est au final la vengeance gratuite sur le chien des voisins qui va mettre le feu aux poudres. Le point de non-retour a été franchi.
Au-delà de cette montée de la tension digne d'un thriller hitchcockien (on pense, toutes proportions gardées à Fenêtre sur cour ou à Complots de famille), le cinéaste revient donc périodiquement vers Atli et ses déboires. Des vignettes plus pathétiques qu'humoristiques et, en creux, le portrait d'un trentenaire déboussolé et triste et le trait d'union très improbable entre ces voisins qui ne demandent qu'à s'entre tuer. Qu'il force sa petite fille à faire l'école buissonnière pour un picnic improvisé sur le parking d'un Ikea, qu'il assiste à une réunion de colocataires tendue pour renouer le dialogue avec sa compagne ou qu'il rende visite à son ex pour lui parler d'une sex-tape conservée par nostalgie, il expose le malaise d'une génération immature et en décalage avec ses aînés. L'absence de dialogue, encore et toujours.

Vendu un peu abusivement comme une comédie noire (y a du sang et des nains de jardins, c'est sûrement l'explication), Under The Tree vogue plutôt et avec une belle assurance vers la fable et la critique acide d'une société où la réaction et la violence priment sur la réflexion et la compréhension. Jusqu'à un plan final certes prévisible mais à la logique imparable.

Alan Wilson












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Image :
La compression respecte le velouté d'une photographie moderne, c'est à dire grisâtre et abusivement numérique. L'absence de grain est toutefois compensée par une poignée de séquences lumineuses (le bain de soleil de la voisine d'Inga, l'excursion d'Atli et de sa fille) aux contrastes bien négociés.

 


Son :
Une seule version et un mixage sans coups d'éclat inutiles. Les dialogues sont mis en avant et les ambiances, simples et naturelles, sont restituées avec clarté. On en demandait pas moins.

Liste des bonus : Bande annonce

 
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