L'EVADé DE L'ENFER
Angel On My Shoulder - Etats-Unis - 1946
Image plateforme « DVD »
Image de « L'Evadé de l'enfer »
Genre : Fantastique
Réalisateur : Archie Mayo
Musique : Dimitri Tiomkin
Image : 1.33 4/3
Son : Anglais 2.0 Mono
Sous-titre : Français
Durée : 100 minutes
Distributeur : Artus Films
Date de sortie : 4 décembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « L'Evadé de l'enfer »
portoflio
site officiel
LE PITCH
Le gangster Eddie Kagle est abattu à sa sortie de prison par un ami devenu son rival. Son âme atterrit en enfer mais le Diable lui propose un marché : il lui permettra de se venger s'il accepte d'abord de détruire la réputation d'un juge bienveillant qui se trouve être son sosie parfait…
Partagez sur :
le ciel peut attendre

L'Évadé de l'enfer (auquel on préférera son titre original, moins sombre, Angel On My Shoulder, littéralement « Un ange sur mon épaule ») est l'un des représentants méconnu d'un sous-genre quelque peu tombé en désuétude : le conte fantastique. En effet, à l'exception des traditionnelles fiction de Noël et d'une poignée de comédies modernes (Bruce Tout Puissant et sa suite, Click ou Little Nicky avec Adam Sandler, pour ne citer qu'eux),ce courant plutôt exclusif au cinéma américain n'a pas produit une seule œuvre marquante depuis les magnifiques Jusqu'au bout du rêve de Phil Alden Robinson avec Kevin Costner en 1989 et Always de Steven Spielberg (la même année).

Co-scénariste de L'Evadé de l'Enfer avec le débutant Roland Kibbee, Harry Segall fait en quelque sorte autorité en matière de conte fantastique puisqu'il en a signé l'un des fleurons avec Le défunt récalcitrant que réalise Alexander Hall en 1941. Et d'ailleurs, au fait, c'est quoi le conte fantastique ? Pour simplifier, disons qu'il s'agit le plus souvent d'une histoire où le héros, qu'il soit vertueux ou non, est confronté à la Mort, au Diable, à Dieu et à ses envoyés, et se retrouve face à des choix qui feront émerger des valeurs fortes telles que la bonté, l'altruisme ou l'honnêteté. Ou, pour reformuler, des fables judéo-chrétiennes teintées d'Americana à la Norman Rockwell avec une structure narrative à la Charles Dickens. Si il y en a parmi vous, chers lecteurs et cinéphiles avisés, qui souhaitent briller en société, on ne saurait que trop vous recommander de vous pencher sur l'excellent La Mort prend des vacances, un film sorti en 1934 et réalisé par Mitchell Leisen et dont le remake se trouve être Rencontre avec Joe Black (1998), agréable véhicule - quoiqu'un peu longuet, avouons-le - avec Brad Pitt dans le rôle de la Mort.
Mais revenons à nos moutons. L'Evadé de l'Enfer est donc le dernier film d'un cinéaste un peu oublié et dont le patronyme fera se bidonner tous les amoureux de condiments : Archie Mayo (désolé). D'origine mexicaine, Archibald L. Mayo fut l'un des artisans les plus productifs du vieil Hollywood. Venu du théâtre, il rejoint le Septième Art en 1915 comme scénariste et passe à la réalisation en 1928 avec Crimson City avant de connaître un certain succès avec Au Seuil de l'Enfer (décidément!), classique du film de gangster avec James Cagney datant de 1930. Ce qui tombe bien puisque L'Evadé de l'Enfer fait ouvertement référence à cette branche du film noir, ne serait-ce que par la présence de Paul Muni dans le rôle principal.

 

les salauds vont en enfer


Tête d'affiche du Scarface original de Howard Hawks en 1932 et croisement (pour le spectateur qui le découvrirait aujourd'hui) de Benicio Del Toro et d'Al Pacino, Paul Muni est l'attraction principale de L'Évadé de l'Enfer. Dans le rôle du gangster Eddie Kagle, il mêle charisme et sens de la réparti et flirte habilement avec l'auto parodie sans tomber dans le piège de la caricature pour autant. L'humour, millimétré, né du décalage constant entre des réflexes et un vocabulaire de crapule confrontés au train de vie un peu trop sage et respectable d'un juge conservateur, populaire et incorruptible. Forcez le Diable à revêtir la soutane d'un curé respectable et observez-le se débattre auprès de sa très pieuse congrégation. Tout simplement irrésistible.
Puisqu'on parle de ce bon vieux Belzébuth, le rôle échoue ici à Claude Rains. L'acteur britannique vu (ou pas) dans L'Homme Invisible de James Whale échappe à la tentation du cabotinage qui lui pendait au nez et impose au contraire une partition subtile, usant de son timbre distingué pour donner l'image d'un Prince des Ténèbres discret, aimable et diplomate et dissimulant sa malice derrière un sourire flatteur de vil politicien. Ses échanges avec Paul Muni, fondés sur un rapport de force qui ne cesse de s'inverser, font mouche du début à la fin.

En revanche, point de compliments pour la pauvre Anne Baxter, cliché ambulant et insipide de la blonde angélique. Son personnage ayant pour fonction de faire basculer notre (anti) héros dans le camp du Bien, autant dire que tout le deuxième acte s'en trouve considérablement affaibli. Ajoutez à cette contre-performance un empilement de bondieuseries assénés au marteau piqueur et il est regrettable que L'Evadé de l'Enfer ait toutes les peines du monde à retomber sur ses pattes, sauf lors d'un épilogue à l'ironie savoureuse (ou comment négocier habilement sa position dans la hiérarchie des enfers). Une impression finale en demi-teintes, donc. Mais rien que pour sa vision des enfers (minimaliste mais transcendée par un découpage étouffant, le score païen de Dimitri Tiomkin et une imagerie Gay/SM discrète mais palpable) et le rythme impeccable de la première demi-heure, la découverte ne peut décemment pas se refuser.

Alan Wilson








Partagez sur :
 

Image :
Un master très endommagé, pas loin d'être catastrophique, et à la compression problématique que l'on ne peut s'expliquer que par les moyens limités de l'éditeur (Artus Films est une petite structure indépendante). C'est tout juste regardable mais on aura pas mieux quoi qu'il en soit.

 


Son :
Le film est sorti sur les écrans français en août 1947 mais il semble qu'aucun doublage dans la langue de Molière n'ait survécu. Souffrant un peu de son grand âge et d'une absence de restauration notable, la piste originale offre une écoute confortable et c'est amplement suffisant.

Liste des bonus : Bande annonce de la collection « Les Classiques ».

 
Crédits - Publicité - Nous contacter
Copyright Frenetic Arts 2009-2019