EMMANUELLE ET FRANçOISE
Emanuelle e françoise - Italie - 1975
Image plateforme « Blu-Ray »
Image de « Emmanuelle et Françoise »
Réalisateur : Joe D’Amato
Musique : Gianni Marchetti
Image : 1.85 16/9
Son : DTS HD Master Audio 2.0 italien et français
Sous-titre : Français
Durée : 97 minutes
Distributeur : Le Chat qui fume
Date de sortie : 19 novembre 2018
Artistique : note
Technique : note
Interactivité : note
Jaquette de « Emmanuelle et Françoise »
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site officiel
LE PITCH
Humiliée jour après jour par son petit ami Carlo, Françoise finit par se suicider. Venue reconnaître le corps de sa sœur, Emmanuelle récupère une lettre dans laquelle Françoise relate toutes les souffrances endurées auprès de l’homme qu’elle aimait. Dès lors, Emmanuelle va tout mettre en œuvre pour retrouver Carlo et se venger de la plus cruelle des façons !
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Emmanuelle, emmanuelle, goodbye

Avec sa filmo hallucinante de presque 200 films et un débordement de production bis, Z, fauchées, oscillant entre l'exploitation pure, le sexe et le gore craspec, Joe D'Amato n'a pas forcément bonne presse. Mais dans ce flot interrompu se cachent tout de même quelques vraies réussites, comme Emmanuelle et Françoise premier de ses films à mélanger aussi sauvagement les genres.

Ancien chef op plutôt solide, Aristide Massaccesi a sobrement débuté sa carrière de metteur en scène en 1969, mais a déjà dépassé la dizaine de réalisation six ans plus tard, bien occupé entre petits films d'horreur gothiques et western signés en sous-main. Rien de véritablement notable jusqu'à finalement cette première collaboration avec le roi du gerbos Bruno Mattei (crédité comme coscénariste mais a priori en partie coréalisateur) et l'imposant acteur George Eastman (à priori aussi coscénariste) qui laissera plus tard le souvenir inoubliable d'un dégénéré s'auto dévorant dans Anthropophagous. Sans atteindre les sommets vomitifs et scabreux de ce dernier, il y a déjà l'embryon naissant de ce cinéma de l'extrême qui sera la marque de fabrique du signataire d'Emmanuelle chez les cannibales, Blue Holocaust, Caligula La Véritable histoire et... les trips machistes et pornos de Rocco Siffredi. Emmanuelle et Françoise est donc bel et bien un film malsain, perturbant, mais pas forcément là où on l'attend puisque l'opus ménage habilement ses effets.

 

n'a pas appris à aimer dans les manuels


Ceux d'un grand drame mélodramatique dans un premier temps, s'attachant au triste destin de la jolie Françoise (Patrizia Gori vue dans Nathalie rescapée de l'enfer) poussée jusqu'au suicide par les maltraitances de son grand amour. On y découvre pas à pas sa lente chute, et surtout la manière dont, manipulée par Carlo le phallocrate, elle va se retrouver livrée en pâture à un producteur de cinéma adipeux, à deux partenaires de poker totalement tarés puis à l'industrie du sexe. La fille trop naïve et le salopard de base, qui a son tour ne réalise pas qu'il tombe dans la toile de la prédatrice Emmanuelle (Rosemarie Lindt vue dans Salon Kitty)... qui n'est autre que la sœur de Françoise. Le spectacle vrille vers le thriller, le rape and revenge, lorsque cette dernière enchaine l'ancien bourreau dans une pièce dissimulée derrière un miroir sans teint. Un jeu sadique s'installe, l'homme réduit à une loque affamée et frustrée sombrant peu à peu dans la folie en assistant aux festins et aux parties de jambes en l'air, avec hommes ou femmes, de sa geôlière. Poussé à bout, sous une bonne dose d'hallucinogène inoculée par Emmanuelle, le bougre dévisse totalement et offre au film sa séquence la plus célèbre : une vision orgiaque et trash d'un repas où les convives se transforment en animaux, en cannibales en rut, alorsque la maitresse de maison s'offre littéralement à ses convives qui lui enfoncent une bouteille de champagne dans le sexe. Une mise en forme des pulsions les plus perverses et déviantes d'un Carlo sans défense, métaphoriquement vécu comme un viol psychologique. Film jusqu'au-boutiste, livrant aussi bien les corps que la santé mentale de ses personnages, Emmanuelle et Françoise réussit sa lente mutation jusqu'au pur cinéma d'horreur, en renvoyant au passage les deux tortionnaires face à face, l'un monstre par nature, l'autre par nécessité.

Nathanaël Bouton-Drouard




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Image :
Un cran en dessous par rapport aux dernières sorties de l'éditeur, la copie du film de D'Amato est certes très propre et plus soutenue dans sa palette de couleurs, mais le master d'origine a manifestement été retouché avec un logiciel réducteur de bruit entrainant un lissé par toujours très gracieux et quelques plans sombres un peu baveux. Les gros plans affichent un joli piqué, mais la profondeur est souvent en berne. Propre mais pas à la pointe... ce qui est déjà beaucoup mieux que tous les autres Joe D'Amato distribués en France.

 


Son :
Les stéréos d'origines répondent présents avec un rendu tout à fait honorable diffusés par un DTS HD Master Audio clair et stable. On préfèrera certainement la version italienne, bien plus crédible dans son interprétation et un poil plus dynamique.


 


Interactivité :
Avec Emmanuelle et Françoise, Le Chat qui fume frappe un grand coup, proposant une édition des plus complètes. On retrouve forcément les interviews maisons habituelles avec en ouverture les témoignages directes de George Eastman (qui a l'air tout sage mais ne mâche pas ses mots) et de l'actrice principale, mélangeant évocations de leurs carrières respectives et regards portés sur le film en question. Ils sont rejoints par Sébastien Gayraud, auteur du livre Joe D'Amato Le Réalisateur fantôme, qui se fend d'un long traveling sur la carrière du metteur en scène, et un regard plus analytique sur Emmanuelle et Françoise. Un programme déjà généreux, auquel il faut pourtant ajouter le film documentaire « Une expérience de l'horreur », où Joe D'Amato Totally Uncut dans son montage évacuant la période purement porno. Datant de 1999, ce dernier contient le dernier, et sans aucun doute le plus exhaustif, témoignage du bonhomme, revenant sur presque toutes ses « œuvres », ses collaborations, ses plus gros succès et ses échecs, sans oublier son regard tout particulier sur l'industrie. Lucide quand a son approche et le cinéma italien dans son ensemble, il fut d'une certaine façon le témoin privilégié de la grandeur et la décadence de ce désormais lointain âge d'or.

Liste des bonus : « Une expérience de l'horreur », documentaire sur Joe D'Amato (79'), « De l'autre côté du miroir » avec Luigi Montefiori (24'), « Trois femmes et un miroir » avec Maria Rosalba Riuzzi (15'), « Emmanuelle, Françoise et Joe », par Sébastien Gayraud (49'), Bandes-annonces.

 
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